Par Agnès Bourahla-Farine – L’hépatite E est plus fréquente en Asie qu’en Europe. Si plus de 90 % des personnes infectées sont dépourvues de symptômes, les formes graves comme les hépatites fulminantes s’avèrent mortelles. Il existe un vaccin, actuellement commercialisé en Chine.

L’hépatite E, maladie qui touche le foie, est due à un virus, le VHE. Organe abdominal de l’appareil digestif, le foie remplit plus de 300 fonctions vitales, parmi lesquelles le stockage des nutriments ou l’épuration d’alcool et de médicaments. Chez l’homme, il existe quatre formes (ou génotypes) de virus de l’hépatite E.

Le VHE 1 et VHE 2 se transmettent surtout via des eaux destinées à la boisson : ils sont répandus dans les pays en voie de développement dont les conditions d’assainissement sont mauvaises. Les virus excrétés dans les selles des sujets infectés parviennent dans les eaux destinées à la consommation humaine.

Les VHE 3 et VHE 4 sont transmis via les animaux, par exemple par ingestion de viande contaminée insuffisamment cuite. Il s’agit des formes majoritaires dans les pays développés.

« Nous avons longtemps pensé que le virus de l’hépatite E était surtout présent en Asie et en Afrique. De fait, il est également répandu en Europe », affirme Jacques Izopet, responsable du centre national de référence du virus de l’hépatite E, et professeur de virologie à Toulouse.

En Chine, durant les dernières décennies, la contamination est passée de fréquentes épidémies causées par le VHE 1 à des cas sporadiques d’infections au VHE 4 : une tendance liée aux meilleures conditions sanitaires. Ces hépatites E liées à l’infection au VHE 4 sont, chez les chinois, majoritairement observées chez des hommes d’âge moyen.

Dans les fermes de cochons, la contamination des élevages peut s’élever à 100% au sein de plusieurs régions de Chine (et d’Europe également). VHE 3 et VHE 4 sont aussi détectés dans le lait de vaches infectées. En outre, d’autres souches montrent des comportements zoonotiques occasionnels : c’est le cas du VHE du lapin, très proche du VHE 3, qui circule notamment en Chine et peut infecter l’homme. Récemment, un cas de transmission du VHE du rat vers l’homme a même été décrit à Hong Kong. « Il reste à confirmer », nuance cependant le professeur Izopet.

La transmission entre humains existe également à travers des produits sanguins contaminés. Ainsi, en Chine, l’infection au VHE associée à la transfusion a été décrite pour le VHE 1 et le VHE 4. Seule une minorité des personnes transfusées avec ces produits contaminés développe une hépatite E symptomatique.

De fait, le risque de développer une infection chronique au VHE important concerne essentiellement chez les individus immunodéprimés : les patients dont l’immunité est diminuée en raison d’un traitement immunosuppresseur pour éviter un rejet de greffe, ou les porteurs du virus du sida.

L’issue de l’infection aiguë au virus de l’hépatite E est en effet liée à la réponse immunitaire : la plupart des individus ont une bonne récupération. Les patients immunodéprimés peuvent développer une infection chronique, et le risque de développer des défaillances hépatiques est augmenté avec la présence de maladies chroniques du foie préexistantes : la mortalité s’élève à 67%. Des manifestations rénales ou neurologiques peuvent être observées.

Le risque de mortalité est également important chez les femmes enceintes atteintes par le VHE 1 ou le VHE 2 : 15 à 25% d’entre elles décèdent. Le risque de transmission au fœtus est fort.

Un traitement existe : la ribavirine a prouvé sa capacité à éliminer rapidement l’ARN du virus (soit, la molécule qui exprime son patrimoine génétique et permet sa multiplication), ainsi qu’à normaliser les valeurs des enzymes du foie.

Un vaccin a été développé. Commercialisé uniquement en Chine, il a démontré son efficacité à protéger contre les génotypes 1 et 4 du virus, et à produire des anticorps contre les quatre génotypes. L’OMS vient de recommander une quatrième phase de test afin de vérifier sa sécurité pour les populations fragiles (enfants, personnes âgées…).

Ce vaccin Hecolin, développé par la firme chinoise Xiamen Innovax Biotech, pourrait alors devenir un important moyen de prévention dans plusieurs pays.