Florent Marciacq, secrétaire général adjoint du Centre franco-autrichien pour le rapprochement en Europe, analyse l’influence de la Chine dans les Balkans occidentaux (l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro, la Serbie et le Kosovo) et ses conséquences pour les pays de la région ainsi que pour l’Union européenne.

Malgré l’indéniable ancrage européen des Balkans, depuis quelques années les fragilités du « ventre mou » de l’Europe constituent autant d’opportunité et d’enjeux géopolitiques et géostratégiques pour la Chine d’ancrer à son tour sa présence dans la région.

Il est plus facile pour la Chine de prendre pied dans une région où sont bafoués les principes de bonne gouvernance et de responsabilité politique comme c’est souvent le cas dans les pays des Balkans, selon Florent Marciacq, qui se caractérisent également par une défiance envers l’Union européenne (UE).

L’intérêt que porte Pékin aux Balkans tient en premier lieu à leur proximité géographique avec l’UE, premier partenaire commercial de la Chine. C’est l’accès à cet important marché que vise avant toute chose la stratégie chinoise dans les Balkans occidentaux.

Pour cela elle s’appuie sur l’initiative « 17+1 » pour promouvoir la nouvelle route de la soie qui réunit l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Macédoine du Nord, le Monténégro et la Serbie. L’intérêt de la Chine dans la région montre également ses aspirations globales.

En s’implantant ainsi dans les Balkans, la Chine tente de prévenir la constitution d’un front occidental pro-américain dans la bataille globale qui l’oppose aux États-Unis en matière de leadership politique, commercial et technologique.

Le renforcement des positions économiques chinoises dans les Balkans s’illustre par un accroissement des échanges commerciaux et des investissements directs à l’étranger. Les secteurs des infrastructures de transports autoroutier et ferroviaire et les énergies fossiles et les industries lourdes sont particulièrement visés.

Cependant cette forte influence est assez corrosive au niveau politique. En effet, selon Florent Marciacq, les conditions offertes par Pékin aux pays des Balkans sont du pain béni pour les processus de captation de l’État. L’opacité des procédures d’attribution de marchés publics est une source avérée de corruption.

De plus, la Chine intensifie également son engagement dans le domaine hautement politique des infrastructures numériques par l’intermédiaire de l’entreprise Huawei. Mais l’opacité qui entoure cet engagement numérique suscite des craintes quant à la protection des données sensibles et la cyber sécurité.

La diplomatie chinoise dans cette région est très importante notamment grâce à des coopérations entre universités, instituts de recherche etc. Le relais d’information positives au sujet de la Chine est ainsi facilité dans les Balkans par le contrôle exercé par le pouvoir politique sur les médias et par des accords d’agences d’informations.

Au final, le défi pour l’Union européenne est donc moins de chercher à établir un rapport de force avec la Chine qu’elle espère chasser des Balkans que de s’assurer de la solidité de leur ancrage en Europe. Pour Florent Marciacq cela passe par un réengagement économique et politique de l’UE dans la région.

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