La Chine est le deuxième plus grand marché obligataire au monde mais elle doit faire face à une série de défauts de paiements par des entreprises soutenues par l’État chinois.

Tsinghua Unigroup, grand fabricant de semi-conducteurs et un grand constructeur automobile, a annoncé être incapables de faire face à une échéance de remboursement, élargissant la liste des entreprises d’État (SOE) ou semi-publiques en pleine tourmente.

Le fabricant Tsinghua Unigroup a longtemps été considéré comme bénéficiant d’un soutien solide de la part de la Chine, recevant ces dernières années des milliards de yuans de subsides publiques alors que la Chine a fait de l’indépendance technologique une priorité.

Or Tsinghua Unigroup a déclaré ne pas être en mesure de faire face à une échéance obligataire de 1,3 milliard de yuans (170 millions d’euros). Le même jour, Brilliance Auto Group, géant public de l’automobile et partenaire de BMW en Chine, a annoncé faire défaut sur 6,5 milliards de yuans (230 millions d’euros) de dette, évoquant une «liquidité serrée».

«D’autres défauts de paiement arrivent alors que les autorités chinoises se recentrent sur le désendettement des entreprises publiques maintenant que le pire de la pandémie est passé», a indiqué Chang Li, spécialiste de la Chine chez S & P Global Ratings dans une note.

D’ailleurs, le brutal défaut obligataire de 1 milliard de yuans (130 M€) du groupe énergétique Yongcheng Coal & Electricity, appartenant à la province du Henan, avait déclenché un mouvement de vente sur les titres de dette émis par des entreprises soutenues par la Chine.

Lire aussi : Les entreprises publiques creusent la dette

Par la suite, le non-paiement de Yongcheng de plus de 20 milliards de yuans (2,5 milliards d’euros) d’émissions obligataires prévues ont été annulés. Or de nombreux investisseurs en Chine supposaient que la dette de Yongcheng, comme celle de la plupart des entreprises d’Etat (SOE), était sûre car soutenu par le gouvernement et/ou les gouvernements locaux.

Cependant, les autorités du Hunan n’ont pas promis publiquement de reprendre le passif obligataire de la SOE locale. Elles «autorisent ou tolèrent ces défauts obligataires dans l’objectif d’assainir le marché corporate, dominé à 90 % par les entreprises d’Etat. Cette domination a pour conséquence une préférence des investisseurs pour le papier émis par les SOE et une éviction des émetteurs privés», selon un expert.

Souhaitant épurer le marché et inciter les investisseurs à être plus sélectifs, la Chine veut attirer progressivement les investisseurs étrangers qui se portent actuellement pour l’essentiel sur les emprunts d’État et les obligations des banques.

Ce nouvel axe de l’économie chinoise nécessite une plus grande transparence et un travail plus approfondi des agences de notations chinoises. A l’instar de Standard & Poor’s, JP Morgan anticipe une augmentation des défauts des entreprises publiques de Chine dans une économie se relançant progressivement après l’épidémie de Covid-19.

Lire aussi : Les entreprises publiques chinoises font dérailler les ventes d’obligations

Certains analystes assurent qu’il n’y aura pas de «thérapie de choc», pour ne pas déstabiliser la reprise économique et le système bancaire, a indiqué le journal français Les Échos. «Les taux de défaut sont toujours bas dans l’ensemble et n’entraîneront probablement pas de risque systémique», a indiqué S&P.

Pour l’heure, le taux de défaut obligataire ne dépasse pas 1,8 % des encours émis, soit un niveau comparable à celui des créances douteuses (NPL) bancaires. Alors que les SOE sont aussi un facteur de stabilité sociale et de maintien de l’emploi, la Chine s’assurera d’éviter une hausse trop brutale des défauts.