« Les allégations récemment portées par certains responsables politiques américains contre la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, mettent à nu leur hystérie anti-Chine, et pourraient menacer le multilatéralisme de cette institution et la stabilité financière mondiale », a estimé l’expert américain Jeffrey Sachs.

Kristalina Georgieva est accusée d’avoir falsifié un rapport en faveur de la Chine quand elle était en fonction à la Banque mondiale, selon une enquête du cabinet WilmerHale pour le compte de la Banque Mondiale.

Selon le cabinet, des irrégularités ont été découvertes dans la rédaction des éditions 2018 et 2020 du rapport « Doing Business » de la Banque Mondiale, qui étudie le cadre réglementaire des pays pour savoir quels sont ceux qui sont les plus favorables au lancement d’entreprises.

«Que ce soit clair : les conclusions sont fausses. Je n’ai fait pression sur personne pour modifier les rapports», a affirmé Kristalina Georgieva dans un communiqué publié le 24 septembre par le cabinet en communication, SKDK. «La directrice générale a engagé un cabinet externe pour traiter les questions relatives aux événements antérieurs à son arrivée au FMI», a indiqué un porte-parole du FMI.

Le rapport de WilmerHale fait état d’une réunion au cours de laquelle Kristalina Georgieva aurait demandé à ses équipes de changer la méthodologie du rapport pour que le classement soit plus favorable à la Chine. La directrice du FMI a rétorqué que «l’examen de l’intégrité de ces rapports relevait de mes responsabilités professionnelles à ce moment-là».

«Contrairement à ce qui a été rapporté, j’ai suivi tous les protocoles pour éditer le rapport», 2018, a ajouté cette dernière, soulignant que la méthodologie utilisée dans le rapport «Doing Business  «fait l’objet de préoccupations depuis de nombreuses années».

«Comme d’autres membres de la Banque mondiale avant et depuis, je considérais fondamentalement que mon rôle consistait à superviser la protection de l’intégrité de la méthodologie du rapport, et non sa mise en oeuvre technique», a précisé la directrice.

«L’intégrité des données est au coeur des institutions que j’ai dirigées au cours de ma carrière dans la fonction publique, et je ne serais jamais complice de toute modification des données à des fins politiques», a assuré Kristalina Georgieva, qui rappelle ses 40 années d’expérience en tant qu’économiste.

La patronne du FMI a reçu le soutien d’un ancien économiste de la Banque mondiale, Shanta Devarajan, qui a expliqué avoir « raconter ma version des faits aux avocats de la Banque mondiale, qui n’ont inclus que la moitié de ce que je leur ai dit ».

Le rôle de Kristalina Georgieva «était de vérifier les chiffres de la Chine, en veillant à ce que la Chine soit reconnue pour les réformes qu’elle a entreprises, sans compromettre l’intégrité de Doing Business. Les avocats de la Banque ont omis cette dernière phrase».

A contrario, l’ancien chef économiste de la Banque mondiale et prix Nobel d’économie, Paul Romer, avait dénoncé au contraire le «manque d’intégrité» de l’ancienne équipe dirigeante de l’organisation, y compris de Kristalina Georgieva. Ce dernier a expliqué à l’Agence France Presse avoir dû démissionner en 2018 après avoir critiqué la méthodologie de ce même rapport.

De son côté, Jeffrey Sachs, directeur du Centre pour le développement durable de l’Université de Columbia à New York, a expliqué que ces attaques « ne concernent pas vraiment le caractère présumé sacré des données de la Banque mondiale ou la qualité de sa gestion », mais « le rôle de la Chine dans une institution multilatérale basée à Washington ».

Dans une tribune parue dans le Financial Times, Jeffrey Sachs a souligné que « le multilatéralisme du FMI sera menacé si les responsables politiques américains parvenaient à évincer Mme Georgieva de son poste avec leurs accusations ténues ».

« Si le gouvernement américain, à l’instigation de têtes brûlées au Congrès, fait tomber Mme Georgieva, ça prouverait de manière concluante que le FMI est une institution dirigée par les Etats-Unis (seulement) parée de minces oripeaux du multilatéralisme », a estimé ce dernier.

Ce scénario serait « dévastateur » pour la confiance mondiale et la stabilité financière, ajoute l’expert. « On en reviendrait bientôt au nationalisme financier et monétaire éhonté des années 1930 qui a aggravé la Grande Dépression et placé le monde sur le chemin de la guerre totale. »

Aussi Jeffrey Sachs a appelé le FMI à « ne pas capituler devant l’hystérie anti-Chine du Congrès (américain) ».

Source Photo : CMC