La rencontre entre Vladimir Poutine et Xi Jinping était le premier entretien en face à face depuis juin 2019, et a été l’occasion pour la Chine et la Russie de faire front commun sur le dossier ukrainien.

Moscou et Pékin ont publié une déclaration faite le 5 février présentant un accord sur une série de questions lors de la visite du président russe Vladimir Poutine pour les Jeux olympiques d’hiver.

Moscou y déclare soutenir la position de la Chine sur Taïwan et s’opposer à l’indépendance de l’île. Et de son côté, la Chine soutient la position de la Russie en Ukraine.

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Cet accord sino-russe intervient dans un contexte de tensions autour de l’Ukraine, où la Russie est accusée par les Etats-Unis de vouloir envahir le pays, ce que dément Moscou.

D’après le Kremlin, les discussions entre Xi Jinping et Vladimir Poutine se sont avérées « très chaleureuses » et constructives. Vladmir Poutine est le premier dirigeant d’une puissance mondiale à rencontrer Xi Jinping en personne au cours des deux dernières années.

En effet, le président chinois a refusé de voyager à l’étranger et a rencontré peu d’étrangers depuis le début de la pandémie. Toutefois, ce dernier a participé de nombreuses visioconférence, entre dirigeants et au sein de différentes organisations.

Dans leur déclaration commune, la Chine et la Russie accusent l’OTAN de faire perdure l’idéologie de la guerre froide. Les deux pays sont également préoccupés par le pacte de sécurité Aukus conclu entre les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie.

Ces derniers jours, Pékin a appelé au calme des deux côtés et à la fin de la mentalité de la guerre froide, tout en indiquant clairement qu’elle soutient les préoccupations de Moscou.

En effet, le ministre chinois des affaires étrangères, Wang Yi, a qualifié les préoccupations de la Russie en matière de sécurité de « légitimes », déclarant qu’elles devaient être « prises au sérieux et traitées ». 

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Le 31 janvier 2022, l’ambassadeur de Chine auprès des Nations unies, Zhang Jun, a déclaré que la Chine n’était pas d’accord avec les affirmations américaines selon lesquelles la Russie menaçait la paix internationale. Il a également critiqué les États-Unis pour avoir convoqué une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU, qu’il a comparée à une « diplomatie du mégaphone » qui n’était « pas propice » aux négociations.

Pour des observateurs chevronnés de la politique chinoise, la ligne officielle de la Chine sur la crise est prudente et nuancée, et ne soutient pas vraiment le recours à la force militaire par la Russie contre l’Ukraine.

Mais certains médias chinois couvrant la crise ont été beaucoup plus directs en assurant que la crise ukrainienne est un nouvel exemple des échecs de l’Occident. Un argumentaire qui fait mouche chez les chinois, dont le sentiment anti-occidental est en plein essor.

Selon ces médias chinois, l’OTAN dirigée par les États-Unis agit comme une brute en refusant de respecter le droit souverain d’autres pays, comme la Russie et la Chine, de défendre leur territoire.

Le journal Global Times affirme que c’est « la relation et le lien toujours plus étroits entre la Chine et la Russie [qui] constituent la dernière défense qui protège l’ordre mondial », tandis qu’un rapport de l’agence de presse nationale Xinhua affirme que les États-Unis tentent de « détourner l’attention nationale » et de « raviver leur influence sur l’Europe ».

Jessica Brandt, directrice politique de la Brookings Institution, a expliqué sur le site de la BBC qu‘une partie des arguments des médias chinois est diffusée en plusieurs langues sur les réseaux sociaux occidentaux, afin de façonner la façon dont les États-Unis et l’OTAN sont perçus par le reste du monde.

« Je pense que l’objectif est de saper le soft power des États-Unis, de ternir la crédibilité et l’attrait des institutions libérales et de discréditer les médias ouverts », a-t-elle expliqué à la BBC, ajoutant que c’est un exemple de la façon dont Pékin « amplifie régulièrement les points de discussion du Kremlin sur l’Ukraine » lorsque cela sert ses intérêts.

La Chine et la Russie sont aujourd’hui proches – peut-être plus proches que jamais depuis l’époque de Staline et Mao, ont indiqué certains experts. Mais pour certains le lien entre la Chine et la Russie reste fragile, car ils ne sont des alliés naturels, bien que l’ennemi commune reste les Etats-Unis.

Cependant, la crise de la Crimée en Ukraine en 2014 a poussé la Russie plus loin dans les bras de la Chine, et des pays orientaux, offrant à Moscou un soutien économique et diplomatique dans un contexte d’isolement international.

Depuis lors, la relation s’est encore intensifiée. La Chine est le premier partenaire commercial de la Russie. Le commerce bilatéral ayant atteint un nouveau record de 147 milliards de dollars (132,3 milliards d’euros) en 2021. La Chine et la Russie ont également signé une feuille de route pour des liens militaires plus étroits l’année dernière, tout en intensifiant les exercices militaires conjoints.

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Le renforcement des relations entre la Chine et la Russie ces dernières années s’explique en partie par le fait que les deux pays entretiennent actuellement des relations particulièrement tendues avec l’Occident.

« Pékin et Moscou ont un intérêt commun à se défendre contre les États-Unis et l’Europe et à jouer un rôle plus important dans la politique internationale », a expliqué Chris Miller, professeur adjoint d’histoire internationale à l’université Tufts, à la chaîne BBC.

D’ailleurs en cas d’intensification du conflit entre la Russie et les Etats-Unis, pouvant alors entraîner des sanctions occidentales à l’encontre des russes, les experts estiment que la Chine est susceptible de venir en aide à l’économie russe comme elle l’a déjà fait par le passé.

Il pourrait s’agir de fournir des systèmes de paiement alternatifs, des prêts aux banques et aux entreprises russes, d’acheter davantage de pétrole russe, mais aussi de rejeter purement et simplement les contrôles américains des exportations.

Cette aide aurait cependant un coût financier important pour la Chine. Raison pour laquelle, certains analystes estiment que la Chine reste encore très prudente et se contente d’amender la ligne de Moscou. « Le soutien rhétorique à la Russie est un geste peu coûteux pour Pékin », a souligné le Dr Miller.

Toutefois, un conflit militaire en Ukraine serait une distraction pour les États-Unis, et une aubaine pour la Chine, car Washington se concentrait sur cette situation, laissant de côté la rhétorique et le lobbying anti-Chine menés depuis la présidence de Donald Trump.

Cependant, la Chine a rappelé à mainte reprise sa volonté de paix. Un vœu qui a convaincu la quasi majorité des experts car ils croient la Chine quand elle dit qu’elle ne veut pas la guerre.

En effet, l’objectif de la Chine est de stabiliser ses relations avec les États-Unis en ce moment, a précisé Bonnie Glaser, directrice du programme Asie du German Marshall Fund. Si Pékin apportait un soutien plus fort à Moscou, cela « pourrait créer davantage de tensions avec les États-Unis, y compris un clivage plus net entre démocratie et autocratie », a expliqué cette dernière à la BBC.