Dans une interview à Atlantico, Denis Ferrand, docteur en économie de l’Université Pierre Mendès-France de Grenoble, et Directeur Général de Coe-Rexecode, a expliqué que la Chine possède peut-être de la dette américaine de manière très indiscrète.

Entre janvier et mai 2018, les parts du Royaume-Uni, de France, de la Belgique et de la Norvège ont augmenté. Alors que la Chine, la Russie et la Turquie en ont vendu.

« Au global, on est dans une période pendant laquelle le reste du monde achète des titres du Trésor américain. La Chine à rebours réduit son exposition en direct, mais cela n’a pas de conséquences sur la dynamique d’ensemble« , a expliqué Denis Ferrand.

En effet, en mars 2019, la Chine a vendu 10 milliards de dollars (8,8 mds €) d’emprunts d’Etat américain en court et long terme. Malgré cela, la Chine reste le premier créancier des Etats-Unis avec un stock de 1.150 milliards de dollars (1.012 mds €) d’emprunts américains.

L’économiste a expliqué qu’il faut tout de même porter attention aux « phénomènes de substitution qui peuvent s’effectuer », mentionnés par Brad Stetser, un économiste américain du National Economic Council.

Denis Ferrand explique ainsi que lorsque « la Chine baisse, la Belgique monte, car des acteurs chinois peuvent passer par des fonds résidents belges. Avec de fonds résidents de paradis fiscaux type îles Caïmans ou Bermudes les Chinois peuvent détenir de la dette américaine sans le montrer ».

« Après il y a la réalité« , a précisé ce dernier : la Chine détient à elle seule 17% (1150 milliards) de la dette globale des Etats-Unis, soit 6.500 milliards. Beijing possède aussi 7% des titres du Trésor américain.

En pleine guerre commerciale, la dette américaine ne serait pas une arme aussi facile à utiliser par la Chine contre les taxes douanières imposées par l’administration Trump. Il s’agit surtout selon lui d’une arme à double tranchant.

« Imaginons que les Chinois du jour au lendemain décidaient de ne plus détenir des titres du transport américain. Les conséquences seraient désastreuses en premier pour l’économie créancière. Ils ne peuvent vendre d’un coup 1100 milliards de titres en un jour. S’ils agissaient rapidement, on verrait en premier lieu les taux américains remonter. Et cela entraînerait une perte de valeur des titres détenus par la Chine qu’elle continuera à détenir ».

Denis Ferrand

Ce dernier a assuré que « d’un point de vue patrimonial, la Chine n’a pas intérêt à le faire. Si en plus, vous avez une vente de dollars contre du yuan, vous auriez une pression très forte sur la monnaie chinoise qui renverserait l’équilibre de taux de change. La Chine n’a pas intérêt à engager un mouvement trop important. A partir du moment où vous êtes créancier, vous êtes plus redevable que vous n’êtes débiteur. Ce jeu de rapport de force est une forme d’équilibre de la terreur ».