La RDC, avec ses ressources stratégiques, s’invite dans la guerre commerciale USA-Chine. Une guerre qui prend une autre dimension. Dans la capitale congolaise, les diplomaties des grands géants se confrontent. Quand l’ambassadeur américain en poste en RDC, Michael Hammer, annonce le 23 décembre 2020 le retour, sur décision de la Maison Blanche, de la RDC dans l’AGOA[1], quelques heures après, l’ambassadeur chinois, Zhu Jing, annonce l’ouverture du grand marché chinois aux « made in Africa » et « made in DRC ».[2]

Il ne fait aucun doute que la RDC est aux prises avec le duel engagé pour le leadership mondial entre la Chine et les Etats-Unis. Un duel sans merci et susceptible d’embraser l’ensemble de la sous-région des Grands Lacs Africains – si l’on n’y prête pas attention. Pour cause, il y a bien évidemment la course pour le contrôle des ressources stratégiques. Le monde en veut énormément, au moment où explose le marché des véhicules électriques et d’autres gadgets électroniques. Or, la Chine contrôle à elle seule 80% (ou selon Bloomberg, 99%) de la production congolaise. Les Etats-Unis s’agacent. Ils veulent récupérer le grand retard par rapport à la Chine.

 En 2008, Kabila avait fait un grand volte-face et recentré l’économie de la RDC vers les gros parias du bloc Est, à savoir les chinois, les arabes du Moyen et Extrême-Orient et les indo-pakistanais. Et pour sa protection internationale, Kabila a ouvert le secteur d’exploitation minière aux russes, aux chinois et aux nord-coréens.[3] Félix Tshisekedi en succédant à Kabila, devait hériter en principe des actifs et des passifs de la diplomatie de son prédécesseur. Or depuis la prise de fonction de Félix Tshisekedi à la tête de la RDC, les verrous diplomatiques semblent bouger, d’autant qu’il avait été élu sur la base d’une promesse de rupture avec le passé. Pour rappel, la chine contrôle près de 80 % de minerais critiques au niveau mondial et serait sur le point de gagner la guerre des batteries grâce au partenariat stratégique avec la RDC. [4]

Mais fort malheureusement, un pays qui semblait acquis pour le développement futur de la Chine, ne semble plus l’être depuis l’alternance politique de 2018. Pour les deux ans de son quinquennat, on a vu un Felix Tshisekedi de plus en plus “Trumpiste“ et l’ambassadeur américain en poste à Kinshasa de plus en plus dérangeant pour le FCC (le clan Kabila pro chinois)…[5] Quoi qu’il en soit, au-delà du raffermissement des liens diplomatiques, ce sont les enjeux sécuritaires qui s’affrontent. Pour les Etats-Unis, l’accès aux immenses ressources naturelles de la RDC, principalement le cobalt, est aussi un enjeu sécuritaire de taille. Mr Michael Hammer a effectivement une mission en RDC : endiguer la menace chinoise en garantissant l’approvisionnement de l’Amérique en matières premières critiques et stratégiques. Le Décret Présidentiel américain du 30 septembre dernier est un signe de la volonté manifeste de Donald Trump de freiner l’engagement de la Chine en Afrique en général et la RDC en particulier.[6] La Chine encaisse mais ne tergiverse pas.

L’élection de Joe Biden est une nouvelle donne dans cette confrontation sino-états-unien. Entre « made in All of America” de Biden et “America First” de Trump, nous verrons bien si la problématique de l’endiguement du partenariat sino-congolais prendra quelle tournure en 2021. Mais pour l’heure, la Chine, contre vents et marées, se montre beaucoup plus entreprenante sur terrain. Elle a notamment finalisé une des transactions commerciales les plus importantes du siècle à ce jour (2,65 milliards de dollars pour l’acquisition de la mine Tenke-Fungurume en RDC).[7] Aussi, dans son deuxième discours sur l’état de la Nation devant les deux chambres du parlement réunies en congrès, Félix Tshisekedi avait promis de poursuivre la coopération en 2021 avec la Chine pour la construction de nouvelles infrastructures en RDC.

Ce 5 janvier 2021, le ministre chinois des Affaires étrangères est attendu à Kinshasa en visite officielle pour le renforcement du dialogue, de la confiance politique mutuelle sur des sujets d’intérêt commun y compris aux plans régional et international. La RDC courtisée de part et d’autre par les deux géants de la politique internationale, se doit d’évaluer les nouvelles donnes géopolitiques et géostratégiques afin de bien définir les axes de coopération au bénéfice de son peuple mais aussi pour l’équilibre du système international. Il faudra donc de l’anticipation aux acteurs congolais afin d’éviter des collisions.  La sagesse d’un proverbe kongo dit : « lorsque deux éléphants se battent, c’est l’herbe qui en paie le frais ».  

NOTES :

[1] L’AGOA (African Growth and Opportunity Act) est la loi commerciale américaine qui facilite le commerce entre les Etats-Unis et l’Afrique Subsaharienne. La RDC est maintenant réintégrée et peut désormais bénéficier d’importantes opportunités économiques. https://twitter.com/USAmbDRC/status/1341627268964167680?s=20

[2] https://twitter.com/Amb_ZhuJing/status/1341758075674316800?s=20

[3] RDC dans le tourbillon de la guerre commerciale usa-chine, https://www.rcongonews.com/2019/05/21/la-rdc-dans-le-tourbillon-de-la-guerre-commerciale-usa-chine/

[4] John Xie, “How China Dominates Global Battery Supply Chain”, September 01, 2020, https://www.voanews.com/silicon-valley-technology/how-china-dominates-global-battery-supply-chain, accessed, January 2, 2021.

[5] RDC: raisons cachées de la “guerre psychologique et hybride” de Mike Hammer, contre le clan Kabila, 26 octobre 2020, https://congovirtuel.com/information/rdc-raisons-cachees-de-la-guerre-psychologique-et-hybride-de-mike-hammer-contre-le-clan-kabila/.

[6] USA, White House, “Executive Order on Addressing the Threat to the Domestic Supply Chain from Reliance on Critical Minerals from Foreign Adversaries”, Sept. 30, 2020, https://www.whitehouse.gov/presidential-actions/executive-order-addressing-threat-domestic-supply-chain-reliance-critical-minerals-foreign-adversaries/, accessed January 2, 2021.

[7] AFP, China group buys DR Congo copper mine for USD 2.65 billion, May 9, 2016, https://www.business-standard.com/article/pti-stories/china-group-buys-dr-congo-copper-mine-for-usd-2-65-billion-116050901381_1.html.

 

Joseph MIMBALE MOLANGA,

Assistant chercheur en relations internationales

Université de Kinshasa.