A l’occasion d’une conférence de presse, le ministre des finances, Lou Jiwei, a fait part des dernières données économiques du pays, confirmant un net ralentissement de l’économie. D’ailleurs, l’indice des directeurs d’achat reste stable, ne parvenant pas à maintenir la progression des mois précédents,

Contraction du secteur manufacturier

Le gouvernement a annoncé une stabilité de l’activité manufacturière en juin, avec un indice des directeurs d’achat (PMI) établi à 50,0 le mois dernier, contre 50,1 en avril et en mai. Ce PMI officiel publié par le Bureau national des statistiques (BNS), répond aux estimations des experts de Bloomberg.

Le repli de juin « suggère que les activités industrielles commencent à perdre leur élan », alors que « la demande extérieure se détériore » pour les petites et moyennes entreprises, a indiqué  Raymond Yeung, analyste de la banque ANZ, à l’Agence France Presse. En effet, un PMI supérieur à 50 marque une expansion de l’activité manufacturière, et un indice inférieur signale une contraction du secteur.

acier économie industrie

L’indice des directeurs d’achat (PMI) s’est établi à 50,0 le mois dernier, contre 50,1 en avril et en mai

De son côté, le cabinet de recherche Caixin Insight Group, lié au groupe de médias Caixin, a publié ses propres statistiques, mettant en avant une contraction bien plus forte.

L’indice PMI Caixin s’est ainsi établi à 48,6 en juin contre 49,2 en mai. Pour le cabinet, le fort recul de l’indice traduit « une contraction aggravée de l’activité manufacturière« , qui d’ailleurs pas cessé de s’enfoncer depuis l’été 2015 jusqu’à une stabilisation précaire début 2016, notent les analystes.

« C’est le rythme de détérioration le plus sévère observé depuis quatre mois« , ont commenté les experts de Caixin Insight. Ces derniers mettent en cause la baisse drastique de la production et la diminution des ventes à l’export.

Raymond Yeung a indiqué que les piliers traditionnels de la croissance, que sont les industries lourde et manufacturière et les exportations, s’effritent, « sans que le secteur des services soit encore capable de prendre le relais, malgré le rééquilibrage » économique engagé par Beijing.

De son côté, le PMI non-manufacturier publié par le BNS reste robuste, avec un niveau situé à 53,7 en juin, contre 53,1 en mai. Cette accélération s’explique par le rebond du secteur de la construction (PMI de 59,4), reflétant selon Capital Economics « un marché immobilier dynamique et la hausse des investissements étatiques pour soutenir le secteur ».

« Certes, le PMI manufacturier reste décevant. Mais avec très peu de signes de détérioration dans le reste de l’économie, moins dépendant de la demande étrangère, il est trop tôt pour sonner le tocsin« , a indiqué Julian Evans-Pritchard, analyste du cabinet Capital Economics.

Des recettes budgétaires insuffisantes

La conjoncture reste difficile, mais les dirigeants assurent qu’ils vont engager une série de mesures pour booster l’activité et surtout terminer le rééquilibrage engagé depuis trois ans. D’autant que « le gouvernement redouble d’efforts pour atteindre ses objectifs budgétaires annuels« , a déclaré le ministre des finances, Lou Jiwei. Entre janvier et mai, la trésorerie centrale a reçu 2’968 milliards de yuans (environ 400 milliards d’euros), soit une croissance de 0,6% en glissement annuel, qui reste inférieure au taux de croissance budgétaire de 2%.

Lou Jiwei, ministre des finances

Lou Jiwei, ministre des finances

D’ailleurs, les recettes budgétaires totales ont atteint 6’988 milliards de yuans (905 milliards d’euros) entre janvier et mai 2016, en hausse de 8,3% en glissement annuel. « L’économie chinoise se développe généralement à un rythme stable dans une fourchette raisonnable cette année, et une série de politiques ont créé davantage de facteurs économiques positif« , a indiqué Lou Jiwei. Pour ce dernier, « l’économie est encore confrontée à un grand ralentissement ».

« Dans la situation actuelle, la perspective pour atteindre l’objectif budgétaire national annuel n’est pas optimiste, et il faut redoubler d’efforts« , a souligné Lou Jiwei, assurant que son ministère allait stabiliser et améliorer les politiques macroéconomiques financières, en se concentrant sur la réforme structurelle du côté de l’offre et en élargissant de manière modérée la demande pour promouvoir le développement stable et sain de l’économie.

De plus, le ministère des finances va accélérer la réforme sur le système fiscal et mettre en œuvre la loi sur le budget, et renforcer la gestion budgétaire pour prévenir des risques. Lou Jiwei s’est engagé à renforcer la gestion de la dette des gouvernements locaux en établissant des limites pour contrôler les niveaux de la dette.

 Certains analystes craignent que la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne ne « présente des dangers supplémentaires pouvant plomber la demande extérieure« . D’autant que l’UE est le 1er partenaire commercial de la Chine, alors pour faire face à la tourmente actuelle, Beijing pourrait « accélérer les dépenses publiques dans les infrastructures et les plans d’urbanisation » pour stimuler l’activité, a indiqué Raymond Yeung.