Le gouvernement chinois a confirmé le 6 février avoir privé de liberté l’éditeur-libraire suédois d’origine chinoise Gui Minhai.

Gui Minhai commercialisait à Hong Kong des ouvrages satirique contre le parti communiste et ses figures. Il a été arrêté par des policiers en civil le 20 janvier 2018 dans un train chinois, en présence de deux diplomates suédois.

« En raison de violations de lois chinoises, les autorités compétentes ont adopté des mesures judiciaires coercitives à l’encontre de Gui Minhai« , a indiqué Geng Shuang, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, sans autres précisions.

La Suède monte au créneau

Raison pour laquelle, le libraire a été placé en détention ou en résidence surveillée. Stockholm avait dénoncé le 5 février une interpellation « brutale » réalisée alors que Gui Minhai était accompagné de diplomates, et donc « contraire aux règles internationales fondamentales sur le soutien consulaire« , selon un communiqué virulent de la ministre suédoise des Affaires étrangères Margot Wallstrom.

Celle-ci a de nouveau demandé la libération du ressortissant suédois, comme exigé par l’Union européenne et les Etats-Unis. Des réactions rejetées par le ministère chinois des affaires étrangères. Neijing et Stockholm « maintiennent une communication fluide sur l’affaire« , a assuré Geng Shuang.

Ce dernier a dénoncé des « remarques irresponsables » de la part de la Suède méconnaissant « la souveraineté judiciaire de la Chine« . « Même si M. Gui est ressortissant suédois, son cas doit être jugé conformément au droit chinois. La Suède doit prendre conscience que les faits en question sont graves« , a ajouté le porte-parole lors d’une conférence de presse.

« Nous enjoignons fortement (à Stockholm) de ne rien faire qui puisse détériorer notre respect mutuel et nos liens bilatéraux« , a avertit Geng Shuang.

Gui Minhai travaillait à Hong Kong pour la maison d’édition Mighty Current, qui publiait des livres salaces sur la vie privée des dirigeants chinois, interdits en Chine continentale. En 2015, lui et quatre autres employés avaient disparu.

Gui Menhai est réapparu dans un centre de détention chinois et a dû « avouer » à la télévision son implication dans un accident de la route meurtrier plusieurs années auparavant.  En octobre 2017, il est relâché, mais sa fille Angela Gui a affirmé que, depuis, son père résidait sous surveillance dans un appartement de la police à Ningbo.

Sous surveillance

Angela Gui a récemment expliqué à l’Agence France Presse qu’elle s’entretenait régulièrement avec son père. Celle-ci a assuré qu’il pouvait circuler librement dans Ningbo, mais était suivi par la police.

Il a aussi été autorisé à se rendre à Shanghai pour renouveler son passeport. Gui Menhai a été interpellé en décembre 2017 dans le train reliant Ningbo à Beijing, où il avait pris rendez-vous avec un médecin spécialiste suédois.

« Les vagues annonces du gouvernement (du 6 février, ndlr) n’ont rien de rassurant. Il est très probable que Gui Minhai subit (…) une forme de détention secrète où les tortures et mauvais traitements sont affreusement banalisés« , a réagi auprès de l’AFP, William Nee, chercheur de l’ONG Amnesty International.

Or, « il est crucial qu’il puisse recevoir des soins médicaux, une aide consulaire, et rencontrer des avocats de son choix. La Chine ne peut pas ignorer le droit international simplement parce qu’elle a arbitrairement qualifié le cas de ‘grave’« , a déploré William Nee.

De son côté, Angela Gui craint un jugement contre son père et une longue condamnation de prison, au péril de sa santé. Elle a appelé la communauté internationale à sortir de sa « léthargie ».