L’ONG Portes ouvertes vient de publier son Index 2021 sur la « surveillance d’État, extrémisme religieux et covid-19 », attestant que « la persécution des chrétiens s’accroît une nouvelle fois ».

Ce nouvel Index mondial de persécution met en évidence les 50 pays dans lesquels les chrétiens sont le plus durement persécutés. « L’Index mondial de persécution 2021 le démontre : la pression sur les minorités chrétiennes s’est renforcée dans le monde entier », a écrit l’ONG. « Cela est dû notamment à une surveillance accrue de l’État en Chine, à la radicalisation de l’extrémisme hindou en Inde, à l’islamisme au Sahel et à la pandémie de coronavirus ».

Malgré ce tableau noir, « des améliorations ont également été enregistrées, par exemple au Soudan. Plus de 309 millions de chrétiens sont persécutés dans les pays du top 50 ».

En Chine, des logiciels de reconnaissance faciale seraient installés dans les églises

La Chine (rang 17, précédent 23) « cherche à surveiller et à contrôler tous ses citoyens par le biais d’un système de crédit social. Les chrétiens sont visés parce qu’ils adorent Jésus, ce qui va à l’encontre de la doctrine du parti communiste. Son introduction a accru la pression sur les églises enregistrées et non enregistrées ».

Les caméras équipées d’un logiciel de reconnaissance faciale sont obligatoires lors des services religieux et il est interdit aux enfants comme aux adolescents d’y assister, selon Portes ouvertes. De plus, les croix et les dix commandements bibliques doivent céder la place aux images de Xi Jinping et aux slogans de propagande du parti, a assuré l’ONG suisse.

« Au moins 3080 églises et locaux à usage religieux supplémentaires ont été fermés, attaqués ou détruits. Depuis 2013, le total atteint 18’000. Dans plusieurs provinces, les responsables du PCC ont menacé les chrétiens de couper leurs prestations sociales, y compris leurs pensions, si ces derniers refusaient de remplacer les symboles chrétiens tels que les croix par des images du président Xi Jinping », ont écrit les rapporteurs.

Une version de Bible « corrigée » selon les valeurs socialistes fondamentales serait en élaboration, selon l’ONG. De plus, l’organisation suisse atteste que les églises n’ont été autorisées à rouvrir après la pandémie de covid-19 qu’à condition qu’elles fassent l’éloge du gouvernement dans sa lutte victorieuse contre le virus.

Ces dernières années, les échanges diplomatiques entre la Chine et le Vatican ont donné des résultats positifs pour les deux parties. En octobre 2020, la Chine et le Vatican ont renouvelé leur accord historique sur la nomination des évêques, malgré les mises en garde des Etats-Unis qui dénoncent la répression dont feraient l’objet les catholiques de Chine.

« La Chine et le Vatican ont décidé, après des consultations amicales, de prolonger pour deux ans l’accord temporaire sur la nomination des évêques », avait annoncé lors d’un point presse un porte-parole de la diplomatie chinoise, Zhao Lijian.

Reconduction d’un accord historique entre la Chine et le Vatican

La Chine et le Vatican avaient signé en septembre 2018 un accord mettant fin à près de 70 ans d’un différend centré autour de la nomination des évêques. Le texte, d’une durée provisoire de deux ans, prévoyait une reconduction en octobre 2020.

En confirmant son rapprochement avec la Chine, le Saint-Siège passe outre les critiques des Etats-Unis, qui lui avaient demandé de ne pas renouveler l’accord bilatéral. « L’accord entre la Chine et le Vatican n’a pas protégé les catholiques contre les agissements du Parti » communiste chinois, a dénoncé en septembre 2020, le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo.

Avant la reconduction officielle de l’entente avec la Chine, le n°2 du Pape, le cardinal Pietro Parolin, avait déclaré que le Vatican en était « content ». « Bien sûr, il existe de nombreux problèmes que l’accord ne se proposait pas de résoudre », a-t-il ajouté, tout en refusant de parler de « persécutions » contre des catholiques chinois.

Les catholiques de Chine sont tiraillés de longue date entre une Église « souterraine », illégale aux yeux de la Chine et traditionnellement fidèle au pape, et une Église « patriotique », placée sous l’égide du gouvernement chinois.

Aux termes de l’accord de 2018, le pape François a reconnu huit évêques initialement nommés par la Chine sans son approbation. Inversement, au moins deux anciens évêques de l’Église clandestine ont été reconnus par la Chine.

Les catholiques de Chine font face depuis plusieurs années à une politique de « sinisation », qui s’est traduite par la destruction d’églises ou de croix placées au sommet des édifices, ainsi que la fermeture d’école maternelle confessionnelle.

Malgré tout, le pape François, qui « rêve » de se rendre en Chine, tente de rétablir les liens avec la Chine, rompus sur le plan diplomatique en 1951. D’ailleurs, La Chine et le Saint-Siège « poursuivront la communication et des consultations étroites, et continueront à faire avancer le processus d’amélioration des relations », avait assuré Zhao Lijian.