Le Premier ministre britannique Boris Johnson a décidé d’interdire les biens fabriqués par la travail forcé de la minorité musulmane de Chine, Ouïgoure.

Alors que le ministre des affaires étrangères, Dominic Raab, avait engagé une proposition pour interdire les importations du Xinjiang, Londres a dévoilé des mesures visant à interdire les biens liés au travail forcé de cette minorité musulmane du Xinjiang, dans le grand nord-ouest chinois.

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Dominic Raab parle de « barbarie »

Le chef de la diplomatie britannique a dénoncé devant les députés une «barbarie que l’on espérait reléguée dans le passé qui est pratiquée aujourd’hui», évoquant «la détention arbitraire, la rééducation politique, le travail forcé, la torture et la stérilisation forcée» des Ouïgours.

Le tout pratiqué «à une échelle industrielle», a assuré Dominic Raab, qui a dénoncé ces «violations inacceptables des droits humains». Le Royaume-Uni a le «devoir moral» de réagir, a poursuivi le ministre.

Les mesures adoptées par Londres visent à interdire les importations et exportations liées au travail forcé des Ouïgours. Il s’agit pour le gouvernement britannique de s’assurer que «les entreprises britanniques ne participent pas aux chaînes d’approvisionnement qui mènent jusqu’aux portails des camps d’internement dans le Xinjiang».

De plus, «les produits issus des violations des droits humains ne finissent pas dans les rayons des supermarchés» britanniques. Car si elles ne peuvent démontrer que leurs approvisionnements ne sont pas liés au travail forcé dans le Xinjiang, les entreprises se verront sanctionner.

Peu convaincu de l’impact de ces mesures, des députés conservateurs souhaiteraient que le gouvernement introduire des sanctions de «type Magnitsky» contre des responsables chinois, à l’instar de celles imposées par l’administration Trump.

Ces sanctions visent des personnes accusées de violations des droits de l’homme et portent le nom de Sergei Magnitsky, un avocat russe mort en prison après avoir été arrêté en 2008 pour avoir dénoncé la corruption de hauts responsables russes. Londres a pour l’instant refusé d’imposer de telles sanctions, mais Dominic Raab a affirmé qu’il gardait cette possibilité en réserve.

Zhang Jun dénonce l’attaque politique de Londres

Zhang Jun, ambassadeur de Chine auprès des Nations unies

L’annonce de ces mesures va détériorer les relations entre la Chine et le Royaume-Uni. L’ambassadeur de Chine à l’ONU, Zhang Jun, a demandé au Royaume-Uni «de cesser de s’ingérer dans les affaires intérieures de la Chine», après une intervention de Londres sur les Ouïghours lors d’une réunion du Conseil de sécurité sur la lutte antiterroriste.

Le diplomate chinois a dénoncé une « attaque purement politique » du Royaume-Uni, après l’allocution du secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères James Cleverly, critiquant la violation des droits humains au Xinjiang au prétexte de la lutte antiterroriste.

« Le représentant du Royaume-Uni s’est écarté du thème du débat d’aujourd’hui et a lancé des attaques sans fondement contre la Chine que nous rejetons fermement et que nous réfutons », a insisté Zhang Jun.

« En tant que victime du terrorisme, la Chine a pris des mesures décisives pour lutter fermement contre le terrorisme et l’extrémisme » et « nos actions sont raisonnables, basées sur nos lois, et en conformité avec la pratique établie par les pays du monde« , a-t-il ajouté.

« Nos actions contiennent des sauvegardes claires pour les droits légitimes des différentes ethnies de notre pays, qui ont produit des résultats visibles et ont été largement bien accueillies par notre population », a affirmé l’ambassadeur chinois.

Lors de la visioconférence organisée par la Tunisie, le président en exercice du Conseil de sécurité, James Cleverly, a reconnu que la lutte contre le terrorisme justifiait « de prendre des mesures extraordinaires ».

« Mais, trop souvent la lutte antiterroriste est utilisée pour justifier des violations flagrantes des droits de l’homme et l’oppression », a-t-il précisé en prenant l’exemple des Ouïghours.

« Bien que ce ne soit pas le seul cas dans le monde, un exemple typique est la situation au Xinjiang où les Ouïghours et d’autres communautés ethniques minoritaires font face à des mesures sévères et disproportionnées, avec jusqu’à 1,8 million de personnes détenues sans jugement », a déclaré le ministre britannique.

De son côté, James Cleverly, a indiqué que « ces mesures bien documentées sont incompatibles avec les obligations de la Chine liées au droit international des droits de l’Homme, dont la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale ».