Des géants chinois du numérique, dont Tencent, Alibaba et ByteDance, ont remis aux autorités des détails sur leurs algorithmes. Il s’agit d’une démarche sans précédent dans un contexte de remaniement du secteur par Pékin, a fait savoir le régulateur.

Les algorithmes servent de cerveau à de nombreux services et applications sur internet et sont généralement un secret bien gardé des géants du numérique. Ces outils permettent d’analyser des quantités d’informations récoltées sur un utilisateur et de lui faire des recommandations automatiques en fonction de ses habitudes ou préférences.

Le travail de réglementation du secteur numérique engagé depuis 2021 s’étend. Après la protection des données des utilisateurs, avec la loi PIPL, des réglementations antitrust, des mesures pour limiter les introductions en Bourse à l’étranger, Pékin se concentre désormais sur les algorithmes.

Consciente de l’opacité des géants du numérique vis-à-vis de la récolte des données, les autorités cherchent à davantage encadrer les algorithmes. En vertu d’une réglementation publiée en mars, les entreprises doivent s’assurer auprès du régulateur de la conformité de leurs algorithmes et de fournir des détails techniques.

Le 12 août, l’Administration chinoise du cyberespace a publié pour la première fois une liste décrivant la façon dont les géants de la tech utilisent les algorithmes. Ainsi, il a été montré comment le n°1 de l’e-commerce Alibaba recommande par exemple de nouveaux produits en fonction de l’historique de navigation et de recherche de ses utilisateurs.

L’application de vidéos courtes Douyin (version chinoise de TikTok) fait des suggestions de contenu en fonction du temps passé par ses utilisateurs sur de précédents contenus.

« A ce stade, les autorités n’ont pas demandé explicitement aux entreprises de modifier leurs algorithmes », a indiqué à l’AFP Angela Zhang, spécialiste du droit chinois à l’Université de Hong Kong. Selon elle, « les régulateurs en sont plutôt au stade de la collecte d’informations ».

La réglementation vise ainsi à limiter le pouvoir des recommandations algorithmiques. Les entreprises ne pourront pas favoriser des contenus violant les lois chinoises, devront être transparents sur leurs principes de base et leurs objectifs, favoriser la protection des publics vulnérables face aux fraudes.

Pour les algorithmes d’actualités, des licences seront nécessaires et auront l’interdiction de promouvoir de fausses informations, ou, en tout état de cause, celles qui déplairont à Pékin.

Les autorités chinoises se montrent depuis près de deux ans particulièrement intransigeantes contre le secteur de la tech, pour des pratiques jusque-là tolérées mais qui se sont largement répandues.

La loi souhaite ainsi redonner le contrôle aux utilisateurs sur ce qu’ils verront s’afficher dans le fil de leurs réseaux sociaux, agrégateurs de contenu ou site d’e-commerce favori. Ils pourront sélectionner et supprimer les balises utilisées pour proposer des suggestions ou refuser purement et simplement de recevoir des recommandations algorithmiques.

Ziyang Fan a expliqué à CNBC, qu‘ »étant donné que ces règles sont assez étendues et techniques dans certains domaines, il s’agira d’un processus d’apprentissage à la fois pour les organismes d’application et pour les entreprises, qui auront la responsabilité principale de se conformer à ces règles ».

Plusieurs mastodontes du secteur ont ainsi été épinglés en matière, notamment, de données personnelles, de concurrence et de droits des utilisateurs. Le mois dernier, Didi, leader en Chine de la réservation avec chauffeur (VTC) a reçu une amende de quelque 1,2 milliard d’euros pour des infractions en matière de données personnelles.