De jeunes Hongkongais se sont confrontés à la police anti-émeutes, romptant avec une stratégique pacifique de ces dernières années de mobilisations.

En effet, les jeunes ont décidé de faire front aux forces de l’ordre lors des manifestations. Dans une série d’entretiens avec l’Agence France Presse, plusieurs d’entre eux ont expliqué qu’ils avaient « perdu leurs illusions sur les manifestations bon enfant et les campagnes de désobéissance civile ».

Alors que certains leaders des mouvements prodémocratie sont en prison, les jeunes sont désormais sans chef de file et organisés en petites cellules.

Hong Kong a vécu des violences sans précédent le 12 juin quand des jeunes se sont affrontés aux policiers pour protester contre un projet de loi autorisant les extraditions vers la Chine.

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Sur la ligne de front, Sharon, étudiante de 18 ans. Elle dit avoir réalisé trois jours plus tôt que les manifestations pacifiques ne servaient à rien.

Sur sept millions d’habitants, un million de protestataires – un record – se sont rassemblé pour demander le retrait du projet de loi, selon les organisateurs.

Interrogée par l’Agence France Presse, une jeune femme a expliqué s’être « rendue compte que même si un million de personnes défilaient, cela n’aurait aucune répercussion ». Cette dernière a indiqué que « le mouvement (promémocratie) était dans l’impasse, les gens ont compris que les manifestations pacifiques ne marchaient pas vraiment ».

Un groupe de jeunes gens ont expliqué que la décision de charger les forces de l’ordre pour essayer de prendre le Conseil législatif (LegCo, Parlement local) « fut spontanée, sans ordre venu d’en haut ».

« Ce n’était un choix délibéré mais le résultat des dynamiques de groupe à l’oeuvre », explique l’un des membres du groupe. Les manifestants ont été emportés par la « passion des foules et les actions de policiers » qui les ont mis en colère.

Hormis des affrontements sporadiques avec les policiers, le « Mouvement des parapluies » de 2014 a été largement pacifique, porté par des leaders clairement identifiés. Mais le mouvement a échoué à obtenir la moindre concession et plusieurs figures du mouvement, comme le leader étudiant Joshua Wong et l’universitaire chrétien Benny Tai, sont en prison.

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« Ce que nous avions fait jusque là était insuffisant pour faire ressentir au gouvernement la colère et le mécontentement du peuple. C’est pourquoi on a choisi de charger », l’un d’eux.

La police hongkongaise et les autorités chinoises ont qualifié cette manifestation d’émeute. Le chef de la police de Hong Kong a de son côté défendu ses troupes, arguant qu’elles avaient été ciblées par des projectiles potentiellement mortels comme des pavés.

Carrie Lam, cheffe de l’exécutif, avérée comme partisane de la Chine continentale, a aussi parlé d’émeutiers, refusant de s’excuser pour la dispersion musclée des manifestants. Cette dernière a annoncé le 15 juin la suspension du projet controversé.

Cette dernière et les forces de l’ordre sont accusées d’usage excessif de la force. Les défenseurs des droits humains et des groupes de juristes et avocats influents ont jugé la réaction policière excessive.

Les images et vidéos montrant les passages à tabac les plus violents fait par la police sont devenues virales. Des parents ont manifesté avec des pancartes demandant: « Ne tirez pas sur nos enfants« .

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Pour l’un des manifestants, « l’opinion hongkongaise d’ordinaire plutôt conservatrice a radicalement changé ». « Ceux qui hésitaient un peu ou résistaient face aux tactiques plus radicales commencent à les accepter lentement », dit-il à l’agence française.