jeudi, mai 23

Les maladies mentales enfin prises en charge

Plus de 16 millions de chinois auraient des troubles mentaux graves, selon les autorités. Les conditions de vie de ces personnes malades sont très souvent précaires et dangereuses pour leur santé physique et mental. Le gouvernement a voté sa première loi en 2012, il s’agit d’une première saluée, mais la tâche est longue et difficile pour aider, soutenir et soigner des millions de personne.

Dans le village de Beishibao de la commune de Fuzuo (Canton de Suning, dans le Hubei), Li Liying, un homme âgé de 55 ans, a assassiné ce mois-ci son père puis brûlé son corps, pour mettre fin aux maltraitances qu’il subissait.

Li Liying, atteint de maladie mentale, a été mit en cage par sa famille, durant 24 ans. Ce n’est que le 12 octobre qu’il a pu sortir de sa prison, lorsque l’Hôpital municipal Anding de Cangzhou l’a prit en charge, et décidé de lui administrer un traitement médical gratuit. Cette histoire n’est pas la première, mais elle ne finit pas toujours de manière tragique.

Un documentaire poignant sur un hôpital psychiatrique

A la folieEn 2013, Wu Yuanhong, homme de 42 ans a été placé derrière des barreaux par sa propre famille, après avoir battu à mort un adolescent. Son histoire avait fait grand bruit dans la presse internationale, car les malades mentaux ne reçoivent pas de traitement adéquat, faute de moyens et de personnel qualifié, surtout dans les campagnes.

Ainsi, cet homme s’est retrouvé les pieds attachés par une lourde chaîne, en sous-vêtements, enfermé dans une cage depuis onze ans. Diagnostiqué schizophrène à l’âge de 15 ans, il avait frappé à mort un enfant de 13 ans, en 2001. Un an plus tard, les autorités de la province du Jiangxi l’ont relâché, parce que Wu Yuanhong a été considéré comme irresponsable de ses actes.

En mars 2015, Wang Bing, dévoile son nouveau documentaire, « A la folie », dans lequel il montre la vie quotidienne d’ouvriers aliénés, d’étudiants dépressifs ou de malades mentaux dans un hôpital psychiatrique du Yunnan. Réalisé entre janvier et avril 2013, ce documentaire réaliste montre le quotidien difficile des personnes internées, certaines contre leur volonté et d’autre sans raison médicale.

D’ailleurs, le cinéaste Wang Bing et son équipe ont enregistré à l’étage des hommes leur vie dans un espace fermé, avec pour celle distraction, une salle de télévision. Le documentaire met en avant les conditions d’internement : saleté, stress, manque d’intimité et de soin, absence totale d’hygiène alimentaire et sanitaire.

Wang Bing a également rédigé un libre d’entretiens, intitulé « Alors, la Chine », dans lequel il explique que les internés sont généralement des gens pauvres, souvent ouvriers immigrés ayant fait une crise de nerf sur leur lieu de travail ; des étudiants angoissés et déprimés à la veille de passer le concours d’admission à l’université ; des gens sans nom ni domicile ; ou encore « des personnes arrivées là pour tapage nocturne, bagarre, dépression nerveuse, pratique trop intense de la religion, participation récurrente à des pétitions ou opposition aux lois du planning familial », a révélé Libération.

Le documentaire a été réalisé au moment où la loi visant à protéger les Droits des malades mentaux est entrée en vigueur. Un témoignage de la nécessité de réformer le système de santé et de répondre aux besoins des personnes réellement malades.

Une loi visant à protéger les malades

Rédigée en 1985, la première loi sur la santé mentale a été votée par le Comité permanent de l’Assemblée populaire nationale, le 26 octobre 2012 et a été appliquée en mai 2013, selon Simeng Wang (China Analysis, n°41. Février 2013).

Après 28 ans de débat, le texte a connu de nombreux changements, en raison des évolutions de la société, entre les demandes des patients, les prises de position des juristes et sociologues, le texte a finalement été adopté.

Homosexuels, étudiants dépressifs, ouvriers fatigués, les cas de personnes enfermées sont divers et variés, d’autant plus que beaucoup ont été envoyé dans des institutions contre leur gré.

Ainsi, un employeur peut faire interner son employé après des litiges concernant le salaire, d’autres par leur famille pour des raisons d’argent, parfois par la police pour faire taire leurs griefs contre des responsables locaux, sans oublier les défenseurs des Droits de l’Homme.

D’après le site officiel CCTV, l’enferment sans consentement, ni raison médicale est « une source continuelle d’outrage public et une épine dans le pied du gouvernement ». Raison pour laquelle, « tout le monde espère que la situation va se résoudre », avec cette loi. Celle-ci impose le consentement de la personne pour des examens et des traitements médicaux, sauf si la personne est considérée comme un danger pour elle-même ou pour les autres.

Dès lors, les psychiatres seront les seuls à pouvoir ordonner un internement, qui devra être obligatoire en cas de pathologie sévère. Auparavant, force de l(ordre, famille, employeur, pouvaient ordonner l’internement.

La loi impose également une standardisation des services de soin et exhorte les hôpitaux à installer des cliniques spécialisés et à fournir des conseils en la matière, selon CCTV. Face à la pénurie de médecin spécialisé en psychiatrie, le loi prévoit la formation des médecins.

Encadrer les personnes malades

Suite à la mise en vigueur de la loi, la Commission nationale de la santé et du planning familial a décidé d’enregistrer dans une base de donnée nationale, les patients souffrant de graves troubles mentaux. Le but selon la commission est de s’assurer qu’« ils bénéficient de meilleurs soins médicaux et qu’ils ne représentent pas un danger pour autrui ».

Ouvert du 10 octobre jusqu'au 3 janvier 2016 à Shanghai, une exposition sur la maladie mentale "vise à développer un sens de compréhension et d'acceptation chez le grand public à l'égard de ceux qui sont atteints de troubles mentaux".
Ouvert du 10 octobre jusqu’au 3 janvier 2016 à Shanghai, une exposition sur la maladie mentale « vise à développer un sens de compréhension et d’acceptation chez le grand public à l’égard de ceux qui sont atteints de troubles mentaux ».

Un rapport sur la gestion des malades souffrant de troubles mentaux (schizophrénie, trouble délirant, etc.) atteste que les patients et personnes violentes seront enregistrés dans « un système national de gestion de l’information des maladies mentales », d’après l’agence de presse Xinhua.

Xinhua a expliqué que désormais les hôpitaux vont recevoir les rapports médicaux des patients souffrant de graves troubles mentaux avant de les inscrire dans le système national. Il est également indiqué qu’une fois le patient libre, un rapport sera soumit au département chargé de la prévention et du traitement des maladies mentales situé dans le district de l’hôpital.

Par la suite, le département devra informer l’institution médicale, la plus proche du domicile du patient, afin qu’il bénéficient d’un suivi médical et faciliter sa réinsertion. La société chinois a évolué ses dernières années, particulièrement sur le plan social.

Pour Simeng Wang, les préconisations de la commission et cette loi témoignent « d’une progression remarquable dans le domaine de la santé mentale en Chine », bien qu’elle « n’aborde toujours pas le sujet de la prise en charge non hospitalière des patients ».

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