Foly Ananou staticien l'afrique des idéesDans une interview accordée à Chine-Magazine, Foly Ananou, statisticien économiste et responsable du pôle économie du think-tank l’Afrique des Idées*, a expliqué que  l’influence de la Chine sur l’économie et la société africaine. Une influence pour l’instant plus économique que sociétale, mais la situation pourrait changer. Explications.

Comme évoqué dans les paragraphes précédents, les investissements privés majeurs de  sociétés privées chinoises sont encore rares. La présence privée chinoise en Afrique est pour l’heure de personnes physiques qui se sont aventurés sur le continent et ont entamé une activité (notamment dans le commerce ou dans l’exploitation de quelques ressources locales – bois par exemple). Les investissements majeurs chinois ne sont pas en fait des investissements chinois. Il s’agit de projet publics africains financés par la Chine, par des prêts, et donc de la dette.

La mise en œuvre de ces projets, qui échappent souvent aux conditions imposées par les partenaires classiques des pays africains, ont permis aujourd’hui de refaçonner l’image du continent. La carte routière ou ferroviaire de certains pays s’est améliorée contribuant à améliorer l’environnement des affaires.

En outre, ils ont permis de créer un effet de concurrence entre partenaires de l’Afrique. C’est ainsi que les pays africains voient divers types de programme, avec financement à l’appui, pour les aider à se développer ; chacun voulant être le plus présent pour pouvoir mieux bénéficier des ressources du continent.

Il serait encore trop tôt pour parler d’une influence chinoise sur le continent mais elle se dessine. La Chine finance la formation de cadre africain, le mandarin est introduit dans les formations (Cas de l’Afrique du Sud), des chaines de télé chinoises se créent (au Cameroun par exemple), des centres culturels chinois se créent, etc.

Très certainement à termes, la présence chinoise sera plus marquée, pas seulement dans l’exécution de travaux de BTP mais même dans les relations diplomatiques etc.

Il est souvent reproché aux chinois de ne pas employer des locaux ; critique auxquels ils répondent en invoquant la question de langue. Cette situation ne peut donc pas permettre d’asseoir une certaine influence mais au vu de toutes les manœuvres mis en place par Beijing pour lever cet obstacle linguistique, on pourrait bien penser que la Chine tente effectivement d’asseoir une relation économique, culturelle, sociale durable – très certainement pas politique – en Afrique.

Pour les dirigeants, la Chine constitue une bonne alternative face aux conditions imposées par les partenaires classiques mais une certaine méfiance semble de rigueur de la part des deux parties.

Les chinois ne veulent pas prendre trop de risque mais veulent toutefois avoir un pied sur le continent et les autorités africaines ne veulent pas non plus trop de « made in China » sachant bien que ce qui intéresse Beijing ce sont les ressources naturelles. Cela se traduit même dans les relations entre les deux populations.

Quand la Chine réalise des infrastructures qui affectent directement le bien-être des populations, c’est un partenaire mais vu qu’elle ne contribue pas directement à améliorer le pouvoir d’achat des populations (en employant pas de locaux) et ne poussent pas les autorités vers un système plus démocratique, il apparaît plus comme un « nouveau » colon.

Cette situation profite aux deux parties. Pour le premier, la Chine permet de réaliser des travaux concrets qui militent pour lui en période d’élections et pour le second, c’est une façon de maintenir sa présence sur le continent afin de pouvoir se servir de ces réserves de matières premières.