Les gardes-côtes chinois, dont l’arsenal militaire a été renforcé, ont menacé des bateaux de pêche japonais dans les eaux des îles Senkaku-Diaoyu.

Le différend au sujet des îles Diaoyu (nom chinois) / Senkaku (nom japonais) en mer de Chine orientale, à 600 kilomètres à l’ouest d’Okinawa, empoisonne les relations sino-japonaises.

Depuis 2012, les incursions de navires chinois dans les cinq îlots de Diaoyu/Senkaku se multiplient. Les 6 et 7 février, deux navires des gardes-côtes chinois ont de nouveau pénétré dans les eaux convoitées, simulant l’accostage de bateaux de pêcheurs, pour les 4e et 5e fois de l’année.

Cette incursion dans les îles Diaoyu/Senkaku préoccupe les autorités nippones plus qu’à l’accoutumée. Il s’agit des premières incursions depuis l’adoption de la nouvelle loi sur la police maritime en Chine, promulguée début février.

Le chapitre 6 de cette loi est craint par le Japon et des pays possédant une frontière maritime disputée avec la Chine, car le texte muscle l’arsenal des gardes-côtes chinois, et les dotent d’armes de poing contre l’incursion de navires étrangers, et d’«armes lourdes» pour répondre à des «incidents de violence graves» dans les eaux qu’ils revendiquent.

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«Les gardes-côtes chinois se montraient déjà très agressifs. Il y a désormais la crainte d’un passage à un stade supérieur, avec un recours systématique à la force. Les Chinois ont l’intention de tester le sang-froid des gardes-côtes et de la marine japonaise, on va peut-être entrer dans une nouvelle dimension. Cela vaut pour la zone des Senkaku, mais aussi pour celle de la mer de Chine du Sud (face aux Philippines, au Vietnam, à l’Indonésie…) où il y a déjà eu de graves incidents perpétrés par cette véritable milice maritime», a indiqué Marianne Péron-Doise, chercheur en sécurité maritime internationale à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire

Le gouvernement japonais a vivement protesté, ce lundi, exhortant les autorités chinoises à «cesser immédiatement leurs manœuvres». Pour la Chine, contrôler les Diaoyu/Senkaku est d’un intérêt stratégique majeur car «il s’agit de faire sauter un verrou d’accès pour permettre à sa marine, et à ses sous-marins, de s’assurer d’un accès plus discret vers le Pacifique et les États-Unis», a estimé Marianne Péron-Doise.

Lors du premier appel téléphonique entre Joe Biden et le premier ministre nippon, Yoshihide Suga, il a été question de ces îlots disputés. «L’administration américaine et les autorités japonaises ont confirmé que leur alliance comprenait le soutien autour des îles Senkaku», a de son côté expliqué Céline Pajon, chercheur responsable des activités Japon de l’Ifri, l’institut français des relations internationales.

Cette dernière a estimé que le risque d’accrochage reste limité : «cela serait extrêmement risqué pour la Chine d’ouvrir le feu étant donné le soutien des Américains et les capacités navales du Japon».

Le nombre de navires patrouillant dans les eaux des Diaoyu/Senkaku devrait augmenter au fil du temps. «Il y a déjà un groupement de 12 navires japonais dédiés à la protection permanente des îlots mais les intrusions deviennent telles qu’ils comptent déployer 10 nouveaux vaisseaux d’ici 2023», a souligné Céline Pajon.