Le ministre japonais des Affaires étrangères et le ministre de la Défense ont exprimé leur inquiétude à leurs homologues britanniques face à la nouvelle loi maritime chinoise entrée en vigueur le 1er février.

Une nouvelle loi

Gardes-côtés chinois

La loi votée par le Comité permanent de l’Assemblée populaire nationale, le plus haut organe législatif chinois, autorise les garde-côtes à expulser les navires étrangers entrés illégalement dans les eaux territoriales, avec un recours possible aux armes en cas de refus d’obtempérer.

La nouvelle loi habilite donc les garde-côtes à «prendre toutes les mesures nécessaires, y compris l’utilisation d’armes, lorsque la souveraineté nationale, les droits souverains et la juridiction sont illégalement enfreints par des organisations étrangères. ou des individus en mer.»

Un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a souligné le fait que cette loi vise à clarifier le rôle et les pouvoirs des garde-côtes, assurant que la politique maritime de la Chine demeure inchangée.

«Le nombre de navires de la garde-côtière chinoise opérant dans les eaux entourant les îles Senkaku, la durée de leur présence continue dans cette zone et le nombre d’incidents avec des bateaux de pêche japonais ont augmenté en 2020. Les activités du gouvernement chinois aggravent la situation», a résumé Tsuruta Jun, professeur agrégé de droit international à l’Université Meiji Gakuin, dans les colonnes de «The Diplomat», en décembre 2020.

Le texte permet également à la garde-côtière d’effectuer des «frappes préventives sans avertissement préalable» si nécessaire. Enfin, cette dernière pourra aussi «démolir» des installations construites par des «puissances étrangères» dans les eaux contestées.

D’après le South China Morning Post, cette loi est ambigüe dans la mesure où elle ne précise pas si ces dispositions s’appliqueront ou non dans les zones qui, revendiquées par la Chine, font l’objet d’un contentieux. En tout cas, à Tokyo, on dit suivre cette affaire de «très près

Cependant, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hua Chunying, a assuré que cette loi «est conforme aux conventions et pratiques internationales de diverses nations», attestant que «nous continuerons à travailler avec les pays concernés pour résoudre les contentieux par le dialogue et la consultation afin de garantir la paix et la stabilité régionales»

Pour le chercheur Collin Koh, de l’Université technologique de Nanyang (Singapour), l’ambiguïté de ce texte pose un problème. «Bien que la promulgation d’une loi sur les garde-côtes soit une pratique partagée par d’autres pays, celle de la Chine contient un langage ambigu qui demande une définition correcte, comme par exemple la mention ‘eaux sous juridiction nationale’», a-t-il déclaré au SCMP, craignant un risque accru «d’erreurs de calcul».

Le Japon s’inquiète

Navire américain en fond, en compagne d’un navire japonais, lors d’un exercice conjoint

«Le Japon reste vigilant et prête une attention particulière à ses effets sur nous», a déclaré le ministre des Affaires étrangères, Toshimitsu Motegi, lors de discussions en ligne entre la Chine et le Royaume-Uni. «Je pense que la loi ne doit pas être utilisée d’une manière qui viole le droit international», a indiqué ce dernier.

Le Japon considère l’intensification de l’influence et de l’activité militaire de la Chine dans la région comme une menace pour la sécurité et a intensifié sa coopération en matière de défense avec les États-Unis, l’Australie, les pays d’Asie du Sud-Est et la Grande-Bretagne.

Il autorise également les garde-côtes à démolir les structures d’autres pays construites sur les zones revendiquées par la Chine et à saisir ou à ordonner aux navires étrangers entrant illégalement dans les eaux territoriales chinoises de partir.

«Nous aimerions partager notre vive préoccupation avec vous» au sujet de la loi, a déclaré Toshimitsu Motegi, accompagné du ministre de la Défense Nobuo Kishi, à leurs homologues britanniques Dominic Raab et Ben Wallace, qui les ont rejoints depuis Londres.

La garde côtière chinoise est active près des îles contestées de la mer de Chine orientale contrôlées par le Japon mais revendiquées par la Chine. La Chine revendique également la quasi-totalité de la mer de Chine méridionale. Ces activités l’ont amenée à des contacts fréquents avec les garde-côtes et les forces aériennes japonaises.

Le Japon et la Grande-Bretagne contre la Chine

Mer de Chine

Dans une déclaration conjointe publiée à l’issue des pourparlers, les ministres ont exprimé «de sérieuses préoccupations» face à la montée des tensions dans les mers régionales et ont exhorté toutes les parties «à faire preuve de retenue et à s’abstenir d’activités susceptibles de susciter des tensions, en particulier la militarisation et la coercition».

Les ministres ont également convenu d’approfondir la coopération en matière de défense et de sécurité entre le Japon et la Grande-Bretagne pour garantir une vision «indo-pacifique libre et ouverte» que le Japon promeut avec les États-Unis, l’Australie et l’Inde pour contrer la Chine.

Le Japon et la Grande-Bretagne développent conjointement un système de défense antimissile air-air et accroissent l’interopérabilité des équipements et technologies de défense à mesure que leurs troupes collaborent plus étroitement.

Nobuo Kishi s’est félicité de l’envoi prévu cette année d’un groupe d’attaque de porte-avions britannique en Asie de l’Est dans le cadre de l’engagement croissant de la Grande-Bretagne dans la région.

De son côté, Ben Wallace a déclaré que la visite en Asie du groupe de frappe, dirigé par le porte-avions HMS Queen Elizabeth, était «le déploiement de la Royal Navy le plus important depuis une génération».

Le gouvernement britannique a déclaré que la réunion entre le Royaume-Uni et le Japon faisait partie d’une «inclinaison indo-pacifique» vers les alliés asiatiques. Dominic Raab a lui déclaré que cette nouvelle orientation «démontre nos priorités communes et nos intérêts stratégiques communs, de la sécurité maritime au changement climatique et au libre-échange».