Li Qiang est l’un des hommes de confiance les plus proches de Xi Jinping. Les analystes s’accordent à dire qu’il va devenir le prochain Premier ministre chinois après avoir été propulsé au rang de numéro deux du PCC.

Le responsable du parti à Shanghai a éclipsé deux autres candidats ayant des compétences considérées plus traditionnelles pour ce poste. Cette présence est un geste fort marquant le placement par Xi Jinping de ses alliés au Comité permanent, le plus haut échelon du pouvoir.

La position de Li Qiang n’était pas certaine, notamment après sa gestion chaotique d’un confinement sévère de deux mois à Shanghai, durant lequel les 25 millions d’habitants de la ville avaient connu des difficultés d’approvisionnement en nourriture et en soins médicaux essentiels.

« S’il fallait une preuve (montrant) que la loyauté l’emporte sur la méritocratie dans la Chine de Xi Jinping, la promotion de Li Qiang en est une », a indiqué Richard McGregor de l’institut Lowy de Sydney, en Australie. « Li Qiang est peut-être suffisamment compétent et pourrait faire un bon Premier ministre, mais il est difficile de comprendre comment il en est arrivé là autrement que par les faveurs personnelles de Xi Jinping », a-t-il ajouté.

La promotion d’un ancien chef du parti à Shanghai à un échelon aussi élevé du parti est un évènement rare, car Li Qiang n’a aucune expérience au niveau du gouvernement central, contrairement à la quasi-totalité des ex-Premiers ministres.

Cependant, il possède un parcours riche au sein de l’administration locale, et a endossé d’importantes fonctions de direction dans les provinces de Zhejiang (est) et de Jiangsu (est). De plus, il était le chef de cabinet de Xi Jinping lorsque celui-ci était à la tête du parti dans le Zhejiang entre 2004 et 2007.

Ses promotions rapides depuis reflètent le haut niveau de confiance que lui accorde Xi Jinping. En effet, Li Qiang a été parachuté dans le Jiangsu par le président chinois en 2016 après qu’une affaire de corruption a conduit à la chute de plusieurs responsables provinciaux, avant de devenir l’année suivante secrétaire du parti à Shanghai.

Le Premier ministre chinois est à la tête du Conseil d’Etat, considéré le gouvernement chinois. Sa fonction est traditionnellement associée à la gestion quotidienne du pays et à la conduite de la politique macroéconomique.

Li Qiang « était vu comme un responsable local favorable aux entreprises mais on peut se demander si ces compétences se prêteront bien à la supervision de la (gestion) macroéconomique et aux politiques de régulation (menées) en tant que Premier ministre », s’est interrogé Neil Thomas, spécialiste de la Chine chez Eurasia Group.

S’il est nommé Premier ministre, Li Qiang prendrait ses fonctions à un moment où la deuxième plus grande économie du monde fait face à un net ralentissement, en raison notamment de l’inflexible politique « zéro Covid ».

D’ailleurs, la publication des chiffres de la croissance trimestrielle a été reportée sans motif officiel. Or le FMI anticipe une croissance de 3,2% cette année, soit la plus faible depuis 1976, à l’exception de l’année 2020 marquée par la pandémie.
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La loyauté de Li Qiang envers Xi Jinping est considérée par nombre d’analystes comme une manière pour le président chinois de faire passer son programme économique conservateur.

En effet, l’actuel Premier ministre, Li Keqiang, un économiste de formation, avait vu ses projets de réformes économiques freinés par Xi Jinping. « Même si Li Keqiang a joué un rôle important ces derniers mois (…) lui et Xi Jinping sont en compétition depuis longtemps », a souligné l’analyste politique Willy Lam de la Fondation Jamestown.

De fait, « les orientations économiques conservatrices vont devenir dominantes », selon l’analyste. Xi Jinping a vanté à plusieurs reprises la « prospérité commune », caractérisée par la limitation des revenus excessifs dans les secteurs du divertissement et des technologies et le soutien aux importantes entreprises d’Etat.

Cette politique vise à réduire les inégalités de richesse, mais des critiques l’interprètent comme une référence aux politiques de l’ère Mao Zedong. « Ce sera mauvais pour l’économie mais idéologiquement c’est ce que souhaite Xi Jinping », a précisé Willy Lam.