Principal allié de Taïwan, le Sénégal a décidé de changer de camp et de resserrer les liens avec la Chine. En 2005, le Dakar reprend ses échanges avec l’Empire, en affirmant que la Chine est une et indivisible.

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Cinq ans après le lancement des échanges entre la Chine et le Sénagal, les programmes de Radio Chine International (RCI) sont lancés au Sénégal

Dakar souhaite ainsi devenir la porte d’entrée de la Chine en Afrique. D’autant plus que le pays est l’un des plus importants sur la scène internationale. Le Sénégal tourne ainsi le dos à Taïwan, pour pouvoir profiter de l’essor économique de la Chine.

Certains observateurs ont affirmé que les autorités sénégalaises avaient rompu d’une façon peu diplomatique – et critiquable dans la forme – tous liens avec Taïwan. Après dix années d’échanges avec la République de Chine, le président Abdoulaye Wade délaissa tout échange avec son ancien partenaire.

2005, reprises des échanges  

Dans une lettre adressée à Chen Shui-bian, président de la République de Chine, le 25 octobre 2005, le président sénégalais cite le général de Gaulle pour justifier sa décision : « Les États n’ont pas d’amis. Ils n’ont que des intérêts ».

Le magazine Taïwan Aujourd’hui explique qu’il s’agit d’une « citation qui fait mal, lorsqu’on sait combien Chen Shui-bian avait justement insisté sur ce qui le rapprochait d’Abdoulaye Wade. Tous deux avocats de formation, anciens dissidents, ils ont remporté l’élection présidentielle à 24h d’intervalle, en mars 2000« .

Dès lors, le gouvernement sénégalais d’Abdoulaye Wade rompt ses liens avec Taïwan pour s’allier à la Chine. Au-delà des avantages économiques et financiers, le Sénégal parvient à accéder au Conseil de sécurité de l’ONU, dans lequel la Chine a une place prédominante.

La relation taïwano-sénégalaise aura tout de même durer une dizaine d’années, durant lesquelles Taipei aura financé des écoles maternelles modernes, des programmes d’assistance technique et matérielle dans l’agriculture, la médecine, l’enseignement, les chantiers d’infrastructures, mais aussi des aides pour l’amélioration de la condition féminine.

La presse sénégalaise a rappelé les aides ponctuelles de Taïwan lors des inondations et des invasions de criquets pèlerins, ainsi que l’assistance du Fonds international de coopération et de développement financé par Taipei.

Aujourd’hui, le Sénégal est parvenu à renouer avec Beijing, dont les intérêts sont plus politiques qu’économiques. Dakar possède une forte position diplomatique à l’ONU, à l’UA, à la CEDEAO, et au NEPAD.

Le poids diplomatique d’Abdoulaye Wade est important pour la Chine, qui sait qu’elle peut compter sur le vote du président sénégalais pour pouvoir peser auprès de la communauté internationale.

Porte d’entrée de la Chine en Afrique

De son côté, le Sénégal tente de se détacher de l’Occident. L’Empire du milieu lui permet une certaine marge de manœuvre, notamment en faisant jouer la concurrence entre les entreprises chinoises et occidentales.

Mais, ce qui donne une voix d’avance à la Chine, ce sont ses aides financières, à taux zéro et sans conditions, qui ne cessent d’augmenter ces dernières années. Comme l’a indiqué le Premier ministre chinois, Wen Jiabao, les aides financières ne diminueront pas malgré la crise financière internationale. Celles-ci s’élèvent  à environ 100 milliards de dollars en 2010, pour l’Afrique.

Cinq ans après le lancement des échanges entre la Chine et le Sénégal, les programmes de Radio Chine International (RCI) sont lancés au Sénégal. A l’occasion du lancement officiel, le Premier ministre sénégalais, Souleymane Ndéné Ndiaye, a exprimé son souhait de voir le Sénégal devenir la plaque tournante de la Chine en Afrique.

RCI au Sénégal

Ce dernier a réitéré la volonté de son gouvernement « de voir cette coopération (avec la Chine, ndlr) s’intensifier et le Sénégal devenir la porte d’entrée de la Chine en Afrique ».

En présence de la vice-présidente de RCI, Wang Dongmei, Souleymane Ndéné Ndiaye a affirmé que « le secteur de l’information et de la communication constitue un axe majeur dans le cadre de la coopération sino-sénégalaise afin de contribuer de manière efficace à la mise en application des points d’entente entre les présidents Hu Jintao et Abdoulaye Wade« .

RCI se positionne au Sénégal

Pour Wang Dongmei, « le développement des relations entre les pays dépend de la compréhension entre les populations« . « Le rôle des médias y est important. Ils sont un moyen efficace de rapprocher les peuples. Les 4 fréquences FM inaugurés profiteront à la compréhension entre nos deux populations et contribueront à un développement commun de nos deux pays », a assuré cette dernière.

Wang Dongmei a assuré que « le socle des relations entre les deux pays dépend de la compréhension entre les peuples et les échanges médiatiques qui sont des traits d’union efficaces pour le rapprochement des peuples ».

Souleymane Ndéné Ndiaye a de son côté indiqué que « si les chinois ont choisi Dakar ce n’est pas un hasard ». « Ils savent qu’au Sénégal, la liberté de presse est consacrée, et c’est une réalité. Raison pour laquelle ils ont choisi de venir s’installer ici ».

D’ailleurs, Radio Chine Internationale « est en train de préparer la construction d’un studio à Dakar. Nos journalistes produiront des informations locales avec la collaboration de notre partenaire sénégalais, Excaf Télécom« , a conclu la vice-présidente de RCI.