En juillet 2016, un rapport canadien dénonçait un important trafic d’organes prélevés en majorité sur des « prisonniers de conscience« . Un mois plus tard, la Chine est de nouveau pointé du doigt lors d’une conférence internationale sur la transplantation, à Hong-Kong

Certains universitaires et praticiens soutenaient que la conférence internationale sur la transplantation n’aurait jamais dû se tenir en Chine. Ces derniers dénoncent la transplantation d’organes de prisonniers, qui aurait prit fin le 1er janvier 2015.

Les responsables chinois de la santé ont assuré qu’ils avaient cessé d’utiliser les organes de prisonniers exécutés, affirmant qu’un système de don volontaire était en train d’être mis en place. Un système qui n’inclue pas les prisonniers.

En mars 2016, la Commission nationale de santé et la planification familiale a dévoilé ses chiffres pour l’année 2015, durant laquelle, « le nombre de donneurs d’organes dans le pays s’est porté à 2’766, et plus de 10’000 interventions chirurgicales ont été réalisées, bien plus nombreux que le total de 2013 et 2014 ».

« Le taux de don d’organes pour un million d’habitants a atteint 1,2 en 2014, soit 60 fois qu’en 2010. Un taux s’est porté l’année dernière à 2,1 pour 1 million », a indiqué Huang Jiefu, ancien vice-ministre de la santé.

« Une pratique contraire à l’éthique »

don d'organeCependant, malgré les tentatives de Beijing de prouver sa bonne foie concernant les transplantation. Un article publié dans le journal scientifique American Journal of Transplantation, le 16 août, à la veille de l’ouverture du 26e Congrès de la société internationale de transplantation à Hong-Kong, assurait qu’il était « prématurée de maintenir la conférence en Chine ».

Les auteurs, dont le Dr. Jacob Lavee, du Centre médical ChaimSheba (Israël) et le Dr. Torsten Trey, directeur exécutif de l’ONG Médecins contre les prélèvements forcés d’organes ont déclaré que « dans le contexte actuel, il est impossible de vérifier l’effectivité des changements énoncés, il est donc prématuré d’associer la Chine comme partenaire éthique dans la communauté internationale de transplantation« , note The New York Times.

« Tant que nous n’obtiendrons pas de preuve indépendante et objective d’une cessation complète de la collecte d’organes sur des prisonniers, une pratique contraire à l’éthique, la communauté médicale, au nom de sa responsabilité professionnelle, doit maintenir un embargo académique sur les professionnels chinois de la transplantation« , ont écrit ces universitaires et membres d’ONG de santé.

Pour de nombreuses organisations « le prélèvement d’organes sur des prisonniers est contraire à l’éthique médicale puisque les prisonniers ne peuvent pas donner leur consentement librement ». 

Plus de transparence demandée aux autorités chinoises

Lors d’un entretien avec The New York Times, Huang Jiefu, également haut responsable des transplantations d’organes en Chine a admit que « nous avons franchis la première étape d’un chemin de 1′ 000 li*, la mission est rude et la route est longue mais sommes sur le chemin de la lumière ».

De son côté, le Dr. Jacob Lavee, président de la Société d’Israël de transplantation a expliqué que la présence de la conférence sur le sol chinois ne permettait plus à son organisation de faire pression sur la Chine, pour que les autorités compétentes fournissent la traçabilité des organes transplantés comme elle est supposée le faire.

En signe de protestation, le Dr Lavee, membre du Comité Éthique de la Société de Transplantation et conseiller consultatif de Doctors Against Forced Organ Harvesting a déclaré qu’il ne participerait pas à ce congrès.

Sur son site, la société de la Société d’Israël de transplantation,  a indiqué avoir fait trois demandes écrites auprès des auteurs des articles chinois présentés lors du congrès, pour qu’ils révèlent l’origine des organes cités.

Doctors Against Forced Organ Harvesting

Doctors Against Forced Organ Harvesting

D’après le site, « tous les articles soumis dans lesquels des organes de prisonniers exécutés étaient impliqués ont été rejetés, de même pour tous les articles soumis pour lesquels nous n’avons reçu aucune réponse à nos demandes de déclaration« .

Pourtant, l’article du Journal américain de transplantation assure qu’il existe des « problèmes d’éthiques sur 10 articles rédigés par des médecins chinois supposés être présentés à Hong-Kong« .

L’inquiétude persiste

En juin, une résolution publiée par la Chambre des représentants des États-Unis évoquait le sujet de la « véracité et de la persistance des rapports sur les organes ayant été prélevés sur des prisonniers de conscience, majoritairement des pratiquants de Falun Gong, un mouvement spirituel considéré comme illégal en Chine« , précise NYT.

« Il ne faut jamais croire les chiffres donnés par les autorités chinoises » a affirmé David Kilgour, ancien député du parti Libéral du Canada, avocat de profession, lors de la présentation à la presse d’un rapport paru fin juin, dans lequel, il est prouvé que « derrière les 10’000 greffes d’organes déclarées l’an dernier en Chine, se cachent entre 60’000 et 90’000 opérations clandestines’.

Ce dernier a expliqué à Le Figaro qu’il n’y a « jamais eu autant de transplantations en Chine. Rien que dans l’hôpital central de Tianjin, qui a ajouté en 2006 un immeuble complet de 17 étages avec 500 lits uniquement dédiés aux transplantations, nous pensons qu’il y en a eu plus de 6’000 l’an dernier. Difficile de croire que les 144 autres centres officiels de transplantations se partagent seulement 4’000 opérations!« ,

En plus de sa grande capacité d’accueil, la Chine se caractérise par ses opérations «à la carte». L’hôpital Changzheng à Shangaï assure que « le temps moyen d’attente pour un organe est d’une semaine, et, en cas d’urgence, 4 heures ». Le centre d’aide internationale à la transplantation en Chine, qui se propose de faciliter l’accès aux greffes, indique même que « si un problème survient avec le greffon, le patient pourra en obtenir un second la semaine suivante ».

Le rapport canadien rassemble de nombreux témoignages ahurissants, comme celui d’un citoyen taïwanais ayant reçu 7 greffons différents en seulement quelques semaines.  Le rapport pointe du doigt les opérations « à la carte » instaurées en Chine. Ainsi, dans l’hôpital Changzheng à Shanghai, « le temps moyen d’attente pour un organe est d’une semaine, et, en cas d’urgence, 4 heures ».

Membre du Falun Gong en pleine méditation

Membre du Falun Gong en pleine méditation

Les offres vont jusqu’à assurer que « si un problème survient avec le greffon, le patient pourra en obtenir un second la semaine suivante« , selon le centre d’aide internationale à la transplantation en Chine.

Les membres du Falun Gong ont des organes « très sains »

Ces organes viendraient selon le gouvernement « des prisonniers condamnés à mort ayant donné leur consentement ». Car malgré la fin des transplantation systématique d’organes de prisonniers, la législation n’interdit pas d’en faire don.

Pour l’Organisation mondiale de la santé, pour qui le jugement d’une personne incarcérée n’est pas « libre et éclairé ». Pour David Kilgour, « ça ne colle pas. Il faudrait un nombre considérable d’exécutions pour pouvoir fournir autant d’organes dans des délais aussi court ». Ce dernier assure que « la majorité des organes sont prélevés sur les prisonniers de conscience pratiquants du Falun Gong ».

« Nous avons appelé de nombreux hôpitaux en nous faisant passer pour des clients. Nous leur avons demandé s’ils avaient des organes de membres de Falun Gong à disposition. Ils nous ont tous dit oui« , assure l’ancien député canadien. Les membres du Falun Gong sont choisis par qu’ils « ne fument pas, ne boivent pas, ont une activité physique régulière… Leurs organes sont très sains ».

Selon les auteurs du rapport, près de 1,5 million de pratiquants du Falun Gong auraient été tués pour leurs organes depuis 1999. « C’est un crime contre l’humanité« , affirme David Kilgour, mais malgré l’ampleur du scandale, les dirigeants étrangers ne réagissent pas.

En attendant une véritable reconnaissance de leur combat, David Kilgour et l’association Doctors Against Forced Organ Harvesting, nominée au Prix Nobel de la Paix en 2016, multiplient les conférences à travers le monde pour informer les institutions et les populations.

* Un li est unité de mesure chinoise qui représente 500 mètres.