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Il n’y a « jamais eu un discours de partenariat envers la Chine »

Mbolatiana Raveloarimisa, entre autre  secrétaire exécutif de la « coalition des radios pour la consolidation de la paix » a répondu aux questions de Chine-Magazine.Com sur les relations entre la Chine et Madagascar, au cours de ces dernières années, et notamment la montée des mouvements de protestation contre les exploitations de certains terrains agricoles par la Chine.

Pouvez-vous vous présenter s’il vous plait ? 

Je suis Mbolatiana Raveloarimisa, géographe urbaniste de formation. Connue sous les plumes du « Texto de Ravel » dans l’express de Madagascar, « Made in Ravel » en tant que blogueur. Je suis une activiste, viscéralement amoureuse de mon pays.

Mbolatiana Raveloarimisa, de la Coalition des radios pour la consolidation de la paix. (Photo Facebook)

Mbolatiana Raveloarimisa, de la Coalition des radios pour la consolidation de la paix. (Photo Facebook)

Adepte de la non-violence, de la participation citoyenne à tous les niveaux, je crois en la force de changement par chaque citoyen et avec la société civile. Je fais partie de plusieurs mouvements et associations comme wakeup Madagascar, Liberty 32.

Enseignante vacataire au département de géographie de l’Université d’Antananarivo (pour la chaire « Géopolitique »), Membre du groupe de réflexion pour les droits humains de l’ambassade des États-Unis, marraine de plusieurs centres caritatifs, Présidente des « International Visitor leadership Programme » (IVLP), Secrétaire générale du Madagascar United States Échange Alumni (MUSEA) ; je fais aussi de ma réalité quotidienne un combat pour d’autres. Je suis fière d’être la mère d’un formidable petit garçon autiste. Les péripéties que nous avons dû subir et que devons faire encore faire face m’ont inspiré à créer l’association « Autisme Madagascar » qui regroupe actuellement quatre-vingts jeunes bénévoles.

Présentement secrétaire exécutif de la « coalition des radios pour la consolidation de la paix », je souhaite  donner une nouvelle impulsion au rôle des radios dans la vie de la nation, dans l’édification de la citoyenneté Malgache, et dans l’engagement de tous dans la construction d’un futur meilleur pour Madagascar. Je suis intimement convaincue que chaque citoyen est responsable de la situation dans laquelle Madagascar se trouve. J’estime également que l’éternel victimisme du malgache est en réalité un désengagement involontaire par rapport aux responsabilités envers la recherche du bien commun, de l’intérêt général.

Quel regard portez-vous sur la présence chinoise à Madagascar ? 

Les relations entre la chine et Madagascar ne datent pas des dernières décennies. Il faut aussi savoir que l’histoire de notre pays, son évolution ont été indirectement liés à celle de la Chine.

Notons par exemple les communautés chinoises implantées depuis des générations dans notre pays au point où elles se sont totalement intégrées dans la population. Il suffit de voir les mélanges d’hommes et de femmes dans la partie Est et au centre de l’île. Notons également que ces familles tiennent un rôle important dans la vie sociale et économique de ces zones et de Madagascar en général.

Parlons aussi des choix politiques d’alignement sur le communisme faits par nos dirigeants au temps de la deuxième République. Sans qualifier les conséquences que cela a eues sur le cours de notre histoire, il est sans nul doute que dans nos vies et dans ce qui allait être l’avenir du pays, la chine était présente.

 Aussi, l’histoire de Madagascar est directement ou indirectement liée à la Chine. Ce que mon pays représente pour ce mastodonte est une autre question car la réciprocité n’est pas toujours vraie. Que signifie la présence de la Chine pour Madagascar ? Que veut faire la Chine à Madagascar ? Et plus précisément : Qu’est-ce que la Chine veut faire de Madagascar ?

Des questions qui restent pour moi et pour le citoyen lambda sans réponse et sujet de supputations et des « on-dit ».

En 2014, une émeute anti-chinois a éclaté en raison de l’absence de contrat de travail pour certains employés saisonniers et pour une augmentation de salaire. Par la suite, plusieurs mouvements de contestation de travailleurs malgaches ont eu lieu pour dénoncer leurs conditions de travail. Quelles sont aujourd’hui les relations entre les travailleurs malgaches et leurs employeurs chinois ? 

N’ayant pas toutes les informations et n’étant pas totalement au fait des faits, je ne peux que livrer un point de vue qui, je pense, est partagé par d’autres.

Les opérateurs chinois présents dans mon pays sont perçus comme des délinquants, sans foi ni loi. Être embauché chez des Chinois c’est se préparer à de multiples abus et les pires conditions de travail. Différence de mœurs dira-t-on ? Les Chinois sont de grands travailleurs qui n’ont ni limite, ni horaires, ni normes alors que les Malgaches sont un peuple du « mora mora » (doucement, procrastination).

L’opinion générale est très mitigée par rapport aux nouvelles vagues de businessmen chinois, car apparemment ils ne suivent aucune règle : ni dans les constructions, ni dans les lois, qui régissent le pays et encore moins dans les relations humaines.

Contrairement aux vagues de migrants qui ont fusionné avec la population locale, ces nouveaux arrivants agissent comme s’ils étaient en terrain conquis. Hautain voire violent, il n’est pas rare de voir un vendeur chinois brailler contre son employé voire le client.

Dans vos billets, vous n’hésitez pas à dénoncer les pots-de-vin versés par les chinois aux autorités malgaches dans le secteur de la construction, comment fonctionne ce système et qui en est responsable, selon vous ?  

De mes écrits, je partage des constats, des choses anormales, qui se passent sous le nez de tout le monde, mais qu’on met sous silence. Le cas du râtelier des constructions de Behoririka n’est qu’un symbole parmi tellement d’autres. D’autres, dont la masse n’en n’a même pas connaissance, ni conscience.

La corruption à Madagascar touche tous les domaines, notamment le secteur de la construction avec l’octroi de permis de construire à l’aveuglette, ou plutôt suivant l’épaisseur de l’enveloppe que l’on met sous la table.

Comme je l’ai dit concernant ces constructions meurtrières de Behoririka, ils sont là, car les autorités compétentes, toutes compétences confondues, permettent qu’elles soient là. Que ce soit les autorités étatiques, municipales; que ce soit les corps et ordres, qui devraient pourtant se constituer comme défenseur de leurs métiers et défenseur des citoyens, tous sont responsables.

Manifestants contre l'exploitation par la société chinoise Jiuxing Mines et contre les autorités

Manifestants contre l’exploitation par la société chinoise Jiuxing Mines et contre les autorités

Certes, certains diront que ce n’est pas eux qui ont permis que ces bâtiments se réalisent, mais ne rien faire pour les arrêter, ne pas dénoncer, c’est aussi pour moi une forme de corruption : c’est la corruption des esprits à accepter ce qui n’est pas normal, voire dangereux.

Que pensez-vous de la situation à Soamahamanina, où la mobilisation ne faiblit pas pour empêcher la société Jiuxing Mines d’exploiter les terres près de la forêt de tapia ? 

À ma connaissance, ce n’est pas le premier cas et d’autres mouvements ont existé. Rappelons par exemple les péripéties d’une entreprise chinoise, qui allait saccager les tombeaux d’une des collines sacrée de l’Imerina sis à Ambohimanambola.

Ce qui se passe à Soamahamanina cristallise le ras-le-bol d’une population frustrée par rapport à des opérateurs étrangers qui se comportent comme des conquistadors.

Dans une situation politique et sociale très tendue, l’affaire Soamahamanina est un baril de poudre qui risque d’exploser à tout moment.

Malheureusement, les autorités malgaches semblent ne pas en prendre conscience et les autorités chinoises à Madagascar ne prennent pas toutes les mesures nécessaires pour calmer les esprits.

La Chine est présente dans de nombreux secteurs d’activité, comme la vanille, le manioc, le bois de rose, le sucre, l’éducation, … selon vous que faudrait-il faire pour que la relation Chine-Madagascar, soit réellement gagnant-gagnant ? 

L'ambassadrice Yang Xiaorong et le président Hery Rajaonarimampianina

L’ambassadrice Yang Xiaorong et le président Hery Rajaonarimampianina

La Chine peut si elle veut, la Chine peut quand elle veut. C’est ce qui résume ma pensée. Elle est présente dans tous les secteurs à Madagascar, alors qu’elle ne se montre pas vraiment en comparaison aux autres pays, qui sont présents dans la grande île.

Pour moi, elle adopte cette stratégie de l’autruche et du fantôme pour deux raisons probables : soit elle est indifférente par rapport à ce qui se passe ou par rapport à ce que deviendra ce pays ; soit ce qui se passe arrange la Chine et contribue à ses visées en Afrique.

Peut-être que mes propos sont choquants, mais l’attitude que ce colosse adopte vis-à-vis de mon pays ne l’aide pas à évoluer dans le bon sens. La Chine peut, si elle veut, quand elle veut. Reste à savoir ce qu’elle veut pour Madagascar.

De l’autre côté, les dirigeants malgaches n’ont jamais eu un discours de partenariat envers la Chine. Les maintes dérives ici et là faites par les opérateurs chinois n’ont jamais eu de vraies réactions de notre part. Qui ne dit mot consent !

Le jour où Madagascar, par le biais des personnes qui sont censées être responsable de son avenir, aura le culot et la force de définir avec la Chine une vraie stratégie de collaboration et de partenariat, la vraie relation gagnant-gagnant pourra commencer.

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