Le dossier de ce trimestre est intitulé « L’industrie du prêt-à-porter entre configurations locales et flux mondiaux« , placé sous la direction de Gilles Guiheux, sociologue, professeur à l’Université Paris Diderot et membre du Centre d’études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques (CESSMA).

Important producteur de textile, la Chine excelle dans la production de tissu et de teinture, encouragée par la dynastie Qing. Par la suite, elle est devancé par les pays industrialisés qui pénètre le marché chinois via des produits bon marché. Ce n’est qu’en 1978 que la Chine s’industrialise, redevenant ainsi le principal acteur de l’industrie textile mondiale.

« Entre 2000 et 2012, la part de la Chine dans le total des exportations mondiales textiles est passée de 18,2% à 33,4% et sa part dans les exportations mondiales de prêt-à-porter (vêtements fabriqués en série) est passée de 18,2% à 37,8% », selon la Fédération de l’industrie textile chinoise, dans son Rapport sur le développement de l’industrie textile chinoise.

Ce numéro de Perspectives chinoises posent plusieurs questions visant à comprendre l’industrie du textile chinois comme « en comparaison avec la situation en Europe, aux États-Unis et au Japon, quelles sont les particularités de l’industrie textile chinoise? Dans le cas du secteur du prêt-à-porter, dans lequel la production de masse date seulement de la seconde moitié du XXe siècle, la Chine suit-elle le même modèle que l’Europe et le Japon? »

D’autant que « le prêt-à-porter a également joué un rôle majeur dans l’histoire du siècle dernier », car pour « le cas de la population migrante en Chine, nous supposons que l’industrie de la confection est de même l’un des principaux moyens d’intégration sociale et un tremplin pour la mobilité sociale des migrants ».

Cependant, depuis la fin des années 1970, la Chine est devenue le premier fabricant mondial de produits de masse standardisés, permettant aux pays industrialisés de profiter d’une main d’œuvre chinoise bon marché. Mais « seule la production a été transféré, la conception demeurant en Europe, aux États-Unis ou au Japon ».

Aujourd’hui, les acteurs chinois ont décidé de contrôler « une plus grande partie de la valeur ajoutée en remontant la chaîne de production vers à la fois la conception et la distribution ». Shanghai pourrait être d’ici quelques années « une capitale de la mode aussi importante sur la scène internationale que Paris, Londres, Milan, New York et Tokyo ».

Perspectives chinoises met en avant une « perspective analytique nouvelle » expliquant « les différents procédés engagés depuis les matériaux bruts jusqu’aux produits finis » c’est à dire l’industrie textile et l’industrie de la confection. L’objectif est de prendre en compte « le réseau de protagonistes engagés dans l’industrie : producteurs, distributeurs, consommateurs et acteurs de l’Etat, mais aussi les médias et les designers ».  Il explique également « comment les réseaux commerciaux ont participé au boom industriel et commercial de Shanghai et du delta du Yangzi durant les années 1920 et 1930 ».

A retrouver dans ce dossier :

« Les réseaux économiques dans le secteur de la mode vestimentaire à Shanghai entre la fin du XIXe siècle et les années 1930 », de Carles Brasó-Broggi, maître de conférences à Universitat Oberta de Catalunya en Espagne, montre que « l’essor d’une industrie moderne de la mode était conditionné par un complexe réseau de commerçants et d’industriels ».

– « L’industrie textile de Shaoxing (Zhejiang) : défis internes et internationaux », de Shi Lu, maître de conférences en études chinoises à l’Université Jean Moulin de Lyon 3 et chercheuse à l’Institut d’Asie Orientale, évoque « les évolutions de l’industrie durant les 30 dernières années d’un point de vue socio-historique« , mettant ainsi en valeur « l’importance de la configuration locale, notamment les liens entre les entreprises pour s’adapter à un environnement en constant changement ».

« La pratique du travail relationnel dans la filière du prêt-à-porter en Chine du Sud », de Chong Gao et Khun Eng Kuah-Pearce mettent en évidence les conditions de production dans la région de Canton. Les deux universitaires soulignent « le rôle du travail relationnel des opérateurs ». A travers une perspective microsociologique, « ils explorent les facteurs humains et sociaux qui influencent les transactions économiques ».

Chong Gao est maître de conférences au département de sociologie de Hong Kong Shue Yan University. Khun Eng Kuah-Pearce est professeur des universités et directrice de la faculté des arts et sciences sociales du campus malaisien de la Monash University.

« Shanghai, un système de mode créatif en construction », de Sabine Chrétien-Ichikawa, historienne des entreprises et professeur à l’Université normale de Shanghai ainsi que dans plusieurs écoles de commerce européennes, met en avant l’industrie de la mode à Shanghai et ses développements. Cette dernière montre comment « Shanghai évolue d’une capitale de l’industrie du prêt-à-porter vers un système de mode ».

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A lire également, « Vers un nouveau régime en matière de déchets ? », par Yvan Schulz, doctorant à l’Institut d’Ethnologie de l’Université de Neuchâtel et chercheur associé à l’École de Philanthropie de l’Université Sun Yat-sen, propose des « Réflexions critiques sur l’évolution du marché chinois des appareils high-tech d’occasion ». Et « Ami ou ennemi ? » de Samson Yuen, doctorant en science politique à l’Université d’Oxford et assistant de recherche au CEFC, revient sur « la réduction de l’espace de la société civile chinoise ».

Retrouvez en intégralité les comptes-rendus de lecture sur le site de Perspectives chinoises :

– Séverine Arsène : « Greg Austin, Cyber Policy in China« , Cambridge & Malden, Polity Press, 2014, 203 p.
– Maoliang Bu : « Hu Angang, China in 2020: A New Type of Superpower« , Washington D.C, Brookings Institution Press, 2011, 213 p.
– Rémi Castets : « Jérôme Doyon, Négocier la place de l’islam chinois. Les associations islamiques de Nankin à l’ère des réformes« , Paris, L’Harmattan, 2014, 249 p.
– Bernard Ganne : « Victore Nee et Sonja Opper, Capitalism from Below. Markets and Institutional Change in China« , Cambridge, MA, et Londres, Harvard University Press, 2012, 431 p.
– Hugo Meijer : « Nina Hachigian (éd.), Debating China: The US-China Relationship in Ten Conversations« , Oxford, Oxford University Press, 2014, 272 p.
– Judith Pernin : « Ian Aitken et Michael Ingham, Hong Kong Documentary Film« , Édimbourg, Edinburgh University Press, 2014, 237 p.
– Siumi Maria Tam : « Nicole Constable, Born out of Place: Migrant Mothers and the Politics of International Labor« , Hong Kong, Hong Kong University Press, 2014, 260 p.
– Yinde Zhang : « Lu Xun, Nouvelles et poèmes en prose, édition de Sebastian Veg« , Paris, Éditions Rue d’Ulm, collection Versions françaises, 2015, 664 p.