La Chine et la Russie ont mis le 26 mai sans surprise leur veto au Conseil de sécurité de l’ONU à une résolution des Etats-Unis imposant de nouvelles sanctions à la Corée du Nord.

Le conseil voulait sanctionner les tirs de missiles balistiques lancés par Pyonyang. Selon l’agence de presse Belga, plusieurs alliés de Washington ont déploré son insistance à organiser un vote en sachant que la Chine et la Russie s’y opposeraient avec leur droit de veto.

Le Conseil de sécurité a donc rejeté par 13 voix pour mais l’opposition de deux membres permanents, la Chine et la Fédération de Russie, un projet de résolution qui aurait condamné «dans les termes les plus énergiques» le tir de missile balistique effectué le 24 mars 2022 par la République populaire démocratique de Corée (RPDC) ainsi que les autres tirs auxquels elle a procédé récemment, tous en violation et au mépris flagrant de ses résolutions.

Le texte aurait aussi élargi la portée du gel des avoirs, de l’interdiction de voyage et de l’embargo sur les armes classiques et sur les articles, matières, matériel, marchandises et technologies susceptibles de contribuer au programme nucléaire, de missiles balistiques et autres armes de destruction massive de la RPDC.

D’après le communiqué de presse du Conseil, le texte aurait renforcé le blocus commercial mais accordé une dérogation à une liste d’articles humanitaires, comprenant, le cas échéant, des produits liés à la pandémie de COVID-19 et à ses répercussions sur la population civile.

Initiateur du projet de texte, les États-Unis ont déclaré que « nous ne pouvons pas laisser les provocations de la RPDC devenir la norme ». Selon le communiqué du Conseil de sécurité, les Etats-Unis se sont étonnés de la préférence de la Chine et de la Fédération de Russie pour une déclaration présidentielle.

« Nous beaucoup réfléchi aux conséquences possibles du texte, en tant que voisin proche de la RPDC. Compte tenu des tensions sur la péninsule coréenne, nous préférons appeler les parties au calme et à la retenue. Le dialogue et la négociation restent les seuls moyens de régler le problème », a indiqué la délégation chinoise.

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La Chine a attribué ces tensions au fait que les États-Unis n’aient pas répondu au processus de dénucléarisation engagé par la RPDC. « Les sanctions sont un outil et pas une fin en soi, et elles ne vont certainement pas dans le sens d’un règlement du problème », selon le communiqué de presse du Conseil.

« Ce qu’il faut, c’est une solution politique et tel est le but », a expliqué la Chine, qui a récemment présenté un projet de résolution qu’elle a proposé avec la Fédération de Russie pour améliorer la situation humanitaire et imprimer un nouvel élan au règlement politique de la crise dans la péninsule coréenne.

De nouvelles sanctions n’auraient fait qu’aggraver les souffrances du peuple de la RPDC, ce qui n’est pas juste, a assuré la Chine. « Avec nous, beaucoup de membres du Conseil ont appelé en vain à une déclaration présidentielle », a-t-elle rappelé, avant de demander audit Conseil de faciliter l’assistance humanitaire en RPDC plutôt que de favoriser une coopération indo-pacifique, y compris dans le domaine nucléaire. La Chine a appelé les États-Unis à réfléchir à leur stratégie dans la péninsule coréenne.

ÉCHANGES TENDUS ENTRE CHINOIS ET AMÉRICAINS

« Nous ne pouvons pas laisser ces provocations devenir la norme », ont martelé les États-Unis. Lors des négociations sur le projet de résolution, ont-ils révélé, nous avons tout fait pour maintenir le dialogue.

« Mais certains membres du Conseil de sécurité ont porté leur choix sur une déclaration présidentielle alors que c’est précisément l’inaction du Conseil qui a permis cette escalade inacceptable. Seule une nouvelle résolution peut donner véritablement suite à la résolution 2397 et obtenir l’application du régime de non-prolifération sur la péninsule coréenne », a assuré la délégation américaine.

A la suite du vote, les États-Unis se sont dits surpris des résultats du vote puisque la Chine et la Russie « qui ont opposé leur veto ont refusé de négocier le projet de résolution depuis neuf semaines ». « C’est parce que le monde est confronté à un danger imminent que 13 membres du Conseil de sécurité ont appuyé le texte », ont insisté les États-Unis.

La délégation américaine a tenu à rappeler qu’il est dans l’intérêt de tous « de promouvoir des règles qui limitent la prolifération des armes de destruction massive. Les deux membres permanents qui ont exercé leur droit de veto devront s’expliquer devant l’Assemblée générale », ont prévenu les États-Unis, arguant que « les pays occidentaux ne sont en rien responsables de la situation humanitaire de la RPDC qui a choisi de donner la priorité aux dépenses militaires plutôt qu’aux dépenses humanitaires ».

Reprenant la parole, la Chine a catégoriquement rejeté les accusations des États-Unis. « Nous sommes un membre responsable de ce Conseil et nous travaillons d’arrache-pied pour que ce dernier puisse s’acquitter de son mandat. Nous faisons toujours preuve de responsabilité et de prudence quand il s’agit de se prononcer sur un texte ».

D’ailleurs, « le Règlement intérieur du Conseil ne prévoit pas notre alignement sur les États-Unis et nous ne pouvons en aucun cas adopter un texte qui plonge des pays dans une situation catastrophique ». « Tirons les leçons de la Libye », a encouragé la Chine, assurant aux États-Unis que s’ils avaient accepté ses amendements, le Conseil n’en serait pas là. « Il semble que certains voulaient cet échec » en a-t-elle conclu, promettant pour sa part de continuer à travailler à la stabilité de la péninsule coréenne.

« Nous n’avons jamais demandé à la Chine de s’aligner sur notre position », ont rétorqué les États-Unis, en reprenant une nouvelle fois la parole. « Nous lui avons simplement demandé de soutenir un projet de résolution auquel elle avait donné son aval. Les agissements de la RPDC constituent une menace pour notre sécurité collective, y compris pour la Chine et la Fédération Russie », ont-ils fait valoir. « C’est pourquoi il aurait fallu adopter le projet car en fin de compte, les vetos protègent la RPDC et ses violations flagrantes des résolutions du Conseil ».

« Si l’on regarde le passé, on voit la manière dont les États-Unis abordent la situation de la péninsule coréenne », a réagit la Chine. « Ils viennent encore de le prouver tout récemment lors d’une visite de hauts responsables américains dans le nord-est de l’Asie. C’est cette attitude, qui est à l’origine de la situation actuelle et ce n’est certainement pas en adoptant ou en rejetant une résolution que l’on réglera cette question« , a assuré la délégation chinoise.

« Certains veulent-ils utiliser cette situation comme une carte de leur stratégie indo-pacifique? Est-ce le cœur du problème? » s’est demandé la Chine. Elle a rappelé qu’elle n’a jamais cessé de plaider en faveur d’une solution politique et d’œuvrer pour la dénucléarisation de la péninsule. « Notre position n’a pas changé et nous pourrions tous œuvrer dans ce sens. Mais si certains pays ont d’autres ambitions et si leur objectif est d’attiser les ‘flammes de la guerre’, alors nous n’aurons d’autres choix que de riposter fermement, car c’est ce que nous devrons faire pour nous acquitter des responsabilités qui nous incombent », a prévenu la Chine.