Tashi Wangchuk, défenseur de la langue tibétaine, a été condamné le 22 mai à cinq ans de prison pour «incitation au séparatisme», par la Cour populaire intermédiaire de Yushu, préfecture autonome tibétaine du Qinghai.

Originaire du Qinghai, une province peuplée de nombreux Tibétains, Tashi Wangchukn a été le sujet d’un documentaire du quotidien américain New York Times, à la fin de l’année 2015.

Ce documentaire intitulé A Tibetan’s Journey for Justice, raconte son voyage à Beijing, où il a tenté d’obtenir l’aide d’avocats pour engager des poursuites contre les autorités locales. En effet, ce dernier a déploré l’absence de cours en langue tibétaine dans les écoles.

Depuis plus d’une dizaine d’année, de nombreux observateurs et experts ont constaté le recul de la langue tibétaine en Chine. Des enfants d’une école primaire de Lhassa n’ont par exemple droit qu’à quelques heures d’enseignement de la langue tibétaine par semaine, et le reste de leurs classes se fait en chinois. À l’université du Tibet, tous les cours se donnent aussi en chinois, hormis les cours sur la culture et la langue tibétaines.

Une vidéo du New York Times comme preuve à charge

Dans cette vidéo de 9 minutes, il tentait de sensibiliser les autorités et les médias au manque d’enseignement de la langue tibétaine dans les écoles de sa région. Le militant avait évoqué dans le documentaire un «massacre systématique» de la culture tibétaine.

Détenu depuis janvier 2016, Tashi Wangchuk avait été interpellé après la parution du reportage du New York Times. «Il prévoit de faire appel. Je pense qu’il n’a commis aucun crime et nous n’acceptons pas le verdict», a déclaré son avocat Liang Xiaojun, qui a précisé que son client avait plaidé non coupable.

Selon son avocat, le documentaire du New York Times était la principale preuve à charge utilisée par l’accusation contre le militant. Cependant, tout au long des 9min de vidéo, Tashi Wangchuk  assurait vouloir agir dans le cadre de la loi.

«Le documentaire met en évidence le fait que Tashi Wangchuk tentait simplement d’exprimer son opinion au sujet de la politique relative à l’éducation, et ce par des moyens parfaitement légitimes. Retourner cela contre lui illustre la discrimination extrême et les restrictions en matière de liberté d’expression auxquelles les Tibétains sont aujourd’hui confrontés en Chine», a dénnoncé Joshua Rosenzweig, directeur de la recherche pour l’Asie de l’Est d’Amnesty International.

La France a réagit

Le ministère français des affaires étrangères a dit «regretté» cette condamnation dans un communiqué. «Tashi Wangchuk a joué un rôle essentiel dans la protection de la langue tibétaine dans le cadre des lois de la République populaire de Chine», a souligné Agnès von der Mühll, porte-parole du ministère.

«La France est attachée à la défense des droits de l’Homme. Elle considère que le dialogue entre les autorités chinoises et les populations locales est essentiel pour parvenir à une solution durable aux tensions au Tibet, respectant pleinement l’identité culturelle et spirituelle tibétaine, dans le cadre de la République populaire de Chine», a ajouté cette dernière.

Les tibétains dénoncent le pouvoir central

De nombreux Tibétains accusent le gouvernement de répression religieuse et culturelle, dénonçant également l’arrivée massive de migrants Han, ethnie majoritaire, venus d’autres régions de Chine.

En effet, depuis les années 1990, des millions de travailleurs Han s’installent au Tibet afin de profiter du boom économique encouragé et dynamisé par le gouvernement. Cependant, les tibétains de souche sont devenus minoritaire au Tibet, ils ont d’ailleurs vu leurs institutions et leurs droits régresser.

D’après l’organisation britannique de défense des droits de l’homme, Amnesty International, le verdict est «une injustice grossière». «Il est puni cruellement pour avoir attiré l’attention de manière pacifique sur l’érosion systématique de la culture tibétaine. Qualifier le militantisme pacifique en faveur de l’enseignement de la langue tibétaine d’incitation au séparatisme est plus que ridicule», a déclaré Joshua Rosenzweig.

«Le traitement de Tashi révèle jusqu’où les autorités chinoises sont prêtes à aller pour réduire au silence celles et ceux qui demandent au gouvernement de mettre fin à l’assimilation culturelle. Tashi doit être libéré immédiatement et sans condition», a ajouté ce dernier.