Un pirate informatique, défenseur de la Chine

par | Août 27, 2020 | PCC, POLITIQUE

«Prince», ancien soldat de l’Armée Populaire de Libération, a mis ses talents de hacker au service du pays, afin de défendre la Chine. Ce dernier est davantage un cybermilitant qu’un pirate officiel chinois redouté par les services de renseignement occidentaux.

Une alliance de pirate

Le trentenaire s’est présenté à l’Agence France Presse comme l’un des officiers de «l’Alliance des pirates rouges», avec plusieurs dizaines de volontaires sous ses ordres. Le but de ce pirate est de «défendre la patrie», en faisant planter les serveurs de sites étrangers jugés hostiles à la Chine, ou les recouvrir de drapeaux rouges.

«J’ai gardé de mon passage à l’armée la fibre patriotique», a expliqué à l’AFP le cyberactiviste. «Les soldats ont un rôle patriotique à jouer dans les vraies batailles. J’ai donc cherché à assurer le même rôle en ligne», a ajouté ce dernier.

Le piratage informatique est illégal en Chine, mais le gouvernement chinois ferme les yeux sur les activités de l’Alliance, l’un des groupes de hackers les plus anciens et les plus connus du pays.

Selon «Prince», au milieu des années 2000, le mouvement comptait plus de 80 000 membres, mais les effectifs ont fondu lorsque les «volontaires» ont été recrutés par des services de cybersécurité.

«Prince» lui-même est programmeur informatique de son métier. Son activité de pirate relève du bénévolat. D’ailleurs, les membres de l’Alliance doivent être âgés d’au moins 18 ans et avoir «de hautes qualités morales», assure «Prince» à l’Agence France Presse.

En 2017, une loi sur la cybersécurité renforce les sanctions contre le piratage

Entrée en vigueur en Chine, le 1er Juin 2017, la Loi sur la Cyber Sécurité est centrée sur la protection des réseaux nationaux et des données personnelles des 710 millions d’internautes chinois.

Le texte interdit aux utilisateurs d’internet la publication de contenus portant atteinte à « l’honneur national », « troublant l’ordre économique ou social » ou destinés à « renverser le système socialiste ». La loi exige aussi des entreprises de l’internet opérant en Chine, y compris les firmes étrangères, qu’elles vérifient l’identité de leurs utilisateurs, qui ne pourront plus rester anonymes sur la toile.

Les entreprises devront également fournir « un soutien technique et une aide » aux autorités lors d’enquêtes pour des crimes et délits. «Pékin voit dans ces cybermilitants un outil qu’il peut utiliser ou bien mettre en veille à volonté», a expliqué un analyste de Recorded Future, un cabinet américain de cybersécurité.

« Ils font l’objet d’une tolérance tacite, du moment qu’ils visent ‹les ennemis de la Chine, ne s’en prennent pas à des organisations nationales et ne heurtent pas la stratégie ni l’image du pays », a ajouté l’expert. Les «Pirates rouges» n’ont pas de liens avec le pouvoir chinois, a assuré «Prince», qui a précisé qu’ils ne sont pas soutenus par le gouvernement chinois, avec la formation, l’argent et le secret que cela suppose.

Mais des liens existent. En effet, le cybermilitantisme a créé une communauté formée aux techniques d’intrusion informatique, a souligné Scott Henderson, expert du cabinet de cybersécurité Mandiant Threat Intelligence. «Il s’agit d’un vaste bassin de compétences dans lequel l’Etat peut puiser», a précisé ce dernier. De ce fait, les pirates de l’Alliance peuvent être embaucher par le gouvernement.

«Prince» est devenu un «pirate rouge» en 2005, il a expliqué à l’AFP que «le devoir m’oblige à défendre la souveraineté du pays dans le cyberespace». Il a assuré n’attaquer personne, ne fait que riposter quand son pays est menacé.

 

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