Le président chinois Xi Jinping a lancé un appel à réduire drastiquement le gaspillage alimentaire dans le pays, qui est évalué à 35 millions de tonnes par an.

Restaurant de fondue de Chongqing dans les souterrains, lorsqu’il fait trop chaud

Xi Jinping appelle les chinois à la retenue quant à leur consommation alimentaire et prône «une atmosphère de honte pour le gaspillage». Interrogé par Sciences et Avenirs, Jean-Marc Chaumet, agro-économiste à l’institut de l’élevage et rédacteur en chef de la lettre de veille et d’analyse sur l’agriculture chinoise Chine Abcis, a expliqué que l’appel de Xi Jinping n’est pas surprenant.

Selon lui, la réduction du gaspillage alimentaire est « l’un des objectifs poursuivis par le président chinois depuis son arrivée au pouvoir en 2013. Cette année-là il avait immédiatement lancé une campagne pour lutter contre le gaspillage, en appelant à servir des portions plus petites dans les restaurants par exemple. A l’époque, les hauts fonctionnaires étaient particulièrement ciblés : le but était de réduire le gaspillage d’argent public en diminuant le nombre de banquets organisés par ces derniers, et de lutter contre la corruption ».

Selon Xi Jinping, le phénomène de la surconsommation «terrifie et stresse». En effet, bien que la production de céréales augmente d’année en année, il faut rester attentif à la sécurité alimentaire.  «Il est nécessaire de renforcer la législation et la surveillance, d’adopter des mesures efficaces, de créer un mécanisme à long terme et de supprimer vigoureusement le gaspillage alimentaire», a déclaré Xi Jinping.

Cependant, « si les autorités chinoises veulent réduire le gaspillage, cela passera par un changement des mentalités, afin de faire accepter aux citoyens que commander moins de nourriture ne leur fera pas perdre la face », a expliqué Jean-Marc Chaumet.

Ainsi, le gouvernement va renforcer la sensibilisation et l’instruction, et enraciner l’habitude d’être modéré et économe. Cette lutte contre le gaspillage alimentaire n’est pas nouvelle. Depuis 2013, Xi Jinping énonce des instructions pour qu’une économie rigoureuse soit observée. Mais le phénomène de surconsommation persiste.

Officiellement, la récolte de grains cet été a atteint 142,8 millions de tonnes, un chiffre supérieur de 0,9 % à celui de 2019. Mais le Covid-19 a réduit la production et le commerce des matières agricoles. «Plus nous faisons face à des risques et défis, plus nous avons besoin de stabiliser l’agriculture», avait expliqué Xi Jinping, en février, au plus fort de la pandémie en Chine.

Selon une étude publiée le 17 août par l’Académie des sciences sociales de Chine, la situation agricole du pays devrait se compliquer. En raison de l’urbanisation galopante, des changements climatiques, et entre autre du vieillissement de la population rurale, le déficit en grains de la Chine pourrait atteindre 130 millions de tonnes en 2025, obligeant le pays à accroître considérablement ses importations.

Le secrétaire général du Parti communiste chinois a, en tout cas, placé son instruction sous le signe de la sécurité alimentaire. «Malgré des années de bonnes récoltes dans le pays, nous devons toujours maintenir un sentiment de crise en matière de sécurité alimentaire», a déclaré Xi Jinping.