A l’occasion d’une tournée d’inspection sur l’aide au développement dans le district de Fuping, au cœur de la province du Hubei, les 29 et 30 décembre 2012, Xi Jinping a eu ces mots : «Éradiquer la pauvreté, améliorer la vie du peuple et réaliser l’aisance sociale dans son ensemble représentent l’exigence essentielle du socialisme».

Ces mots dessinaient déjà, au lendemain du XVIIIème Congrès du Parti Communiste Chinois, un des objectifs fondamentaux de la future gouvernance politique chinoise, à savoir la poursuite des efforts entrepris en matière de lutte contre la pauvreté depuis la fondation de la République Populaire de Chine. Depuis 1949, plus de 750 millions de personnes sont sorties de la pauvreté en Chine, avec un taux d’incidence de la pauvreté en milieu rural, qui est passé de 97,5% en 1978 à 1,7% en 2018.

Le samedi 17 octobre 2020 a constitué la 7ème journée de lutte contre la pauvreté en Chine, date qui coïncide avec la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté des Nations Unies. Beijing s’était fixé pour objectif d’éradiquer la pauvreté d’ici 2020, c’est-à-dire 10 ans avant l’agenda 2030 de l’ONU sur le développement durable, en s’assurant que toutes les populations rurales démunies et que tous les districts pauvres soient sortis de la pauvreté, et amènent leur pierre à l’édification d’une société de moyenne aisance, concept cher à l’actuel président de la République Populaire de Chine.

Mais qu’en est-il à l’heure actuelle en Chine ? Cette politique a-t-elle porté ses fruits ? Quels ont été et sont encore les leviers d’action sur lesquels le gouvernement chinois se base pour mener à bien sa politique en matière de lutte contre la pauvreté ?

Dans une volonté d’œuvrer pour le bien-être du peuple pour proclamer le renouveau de la Nation chinoise, Xi Jinping a mis en œuvre, dès son arrivée au pouvoir en 2013, une stratégie d’assistance ciblée et d’éradication précise et progressive de la pauvreté qu’il dénommera « politique différenciée » (politique qui tient compte du lieu, de l’individu, du type de pauvreté et de ses causes).

Cette nouvelle stratégie politique propose de construire une structure de gouvernance régie par un système de responsabilité à différents échelons (province, ville, district, canton et village). Six aspects en matière de lutte contre la pauvreté sont ciblés (la définition des objectifs, l’organisation des projets, l’utilisation des fonds, l’application de mesures spécifiques au foyer, l’envoi de cadres dans les villages, le suivi des résultats obtenus), parallèlement au lancement d’une série de mesures visant à soutenir le développement de la production et de l’emploi, à réinstaller les populations pauvres dans des endroits plus favorables, à encourager la protection de l’environnement, à perfectionner l’éducation et à communiquer étroitement sur les politiques d’aide sociale.

En réalité, comme en matière de lutte contre une crise sanitaire, il s’agit pour l’État chinois de lutter efficacement contre la pauvreté en mobilisant l’ensemble des forces et des ressources disponibles à travers le pays. Cette lutte s’impose comme le modèle d’application du système et de la culture du socialisme à la chinoise, tout en s’imposant comme un brillant exemple en matière de lutte contre la pauvreté, rayonnant à l’international, salué récemment par l’ambassadeur de Moldavie en Chine le 14 octobre 2020.

Fournir les derniers efforts pour parachever l’édification d’une société de moyenne aisance

Depuis 1978, date à laquelle commence la période de réforme et d’ouverture, la Chine est passée par trois grandes étapes en matière de lutte contre la pauvreté : une phase de réduction de la pauvreté liée au développement rural et régional (de 1978 à 1993), une phase offensive pour la réduction de la pauvreté s’appuyant sur une modernisation des villes (de 1994 à 2010) et une phase de réduction ciblée de la pauvreté.

Là-encore, en 2012, à l’occasion de sa tournée d’inspection dans le district de Fuping, Xi Jinping a fait un retour sur cette trentaine d’années de lutte contre la pauvreté avec ces mots : «Au cours de la dernière trentaine d’années écoulée, grâce à la mise en application de la politique de réforme et d’ouverture, le niveau de vie du peuple chinois a généralement connu une amélioration notable. Dans un même temps, la Chine se trouvant encore au stade primaire du socialisme, sa population en difficulté reste nombreuse. Les campagnes, et notamment les régions pauvres, seront l’objet d’un travail plus conséquent pour l’édification intégrale de la société de moyenne aisance. Si ces régions ne s’en sortent pas un jour, cette société ne pourra être réalisée».

A l’heure actuelle, nous nous trouvons dans la dernière phase de ce vaste projet de réformes, projet initié par Deng Xiaoping en 1978. De ce point de vue, Xi Jinping n’est pas en rupture avec ces prédécesseurs mais bien dans un esprit de continuité, même si la pauvreté ne touche plus uniquement le secteur rural mais un ensemble de foyers éparpillés à l’échelle du territoire. Cette idée est importante car il s’agit pour Xi Jinping de « rester fidèle à l’engagement initial et de poursuivre la marche en avant », en combinant à la fois les principes fondamentaux théoriques et idéologiques du pays, à la réalité de la Chine et ses caractéristiques contemporaines.

A cet égard, le 29 octobre 2015, dans un discours à la 2ème séance générale de la 5ème session plénière du XVIIIème Comité central du Parti, Xi Jinping évoquait la précarité citadine : «La Chine compte actuellement près de 18 millions de citadins qui vivent du minimum social. Leur existence doit être assurée par le perfectionnement des divers systèmes de garantie».

Ayant saisi et compris la pluralité des victimes et des lieux d’exercice de ce mal sociétal, Xi Jinping initie une nouvelle politique qui passe par une assistance ciblée aux démunis à différents échelons (autorités centrales, responsabilités des provinces, mises en application dans municipalités ou préfectures et districts), à travers 2 notions importantes « bénéficiaires de l’assistance » et « auteurs de l’assistance ». Xi Jinping prône une « quintuple élimination de la pauvreté », c’est-à-dire une élimination de la pauvreté en développant la production, en procédant au déplacement de population (les personnes en situation de précarité dans des régions dotées d’un écosystème fragile ou en proie à des catastrophes naturelles seront déplacées dans des zones plus hospitalières), en effectuant la compensation écologique, en développant l’éducation (dans les zones rurales très pauvres, on instaure le principe « deux exemptions et une indemnité », c’est-à-dire l’exemption des frais de manuels et des frais divers gratuits, et une indemnité de subsistance versée aux élèves en internat), et en matière de protection sociale (accès aux soins médicaux de base).

Ainsi, depuis le lancement de l’assistance ciblée aux démunis en 2014, le recul de la pauvreté s’est nettement accéléré, le taux d’incidence de la pauvreté en milieu rural passant de 7,2% à 1,7% entre 2014 et 2018. Jamais la Chine n’avait connu un tel déploiement de fonds en matière de lutte contre la pauvreté, aussi bien à l’échelle du gouvernement central qu’à l’échelle des gouvernements provinciaux.

Entre 2011 et 2018, ces fonds s’élevaient pour le gouvernement central à hauteur de 4,487 milliards de yuans (574 111 650 euros) et pour les gouvernements provinciaux à hauteur de 2,745 milliards de yuans (351 222 750 euros) alors qu’ils n’étaient respectivement que de 1,44 milliard de yuans (184 248 000 euros) et 399 millions de yuans (51 052 050 euros) entre 2001 et 2010.

Une lutte collective sur fond de socialisme à la chinoise aux leviers d’action divers : réaliser le rêve chinois

Derrière ces grandes lignes politiques, sont utilisés différents leviers d’action par le gouvernement afin d’éradiquer définitivement la pauvreté. Tout d’abord, cela repose sur le développement d’infrastructures de transports afin de désenclaver les régions les plus isolées. Cela passe aussi par l’éducation, par le développement d’une éducation professionnalisante afin de favoriser l’insertion de nombreux chinois dans la vie active.

Un rapport du ministère chinois de l’éducation indiquait, fin novembre 2019, que les 347 établissements d’enseignement professionnel du secondaire, à travers le pays, avaient joué un rôle actif dans la réduction de la pauvreté, avec près de 600 000 élèves inscrits. Dans ces élèves, 142.000 diplômés de ces écoles ont trouvé un emploi en 2017, avec un taux d’emploi supérieur à 90%.

Cette lutte contre la pauvreté passe aussi par l’utilisation du tourisme rural pour redynamiser les zones en difficulté. En effet, l’État chinois a décidé de promouvoir le tourisme rural, suite à l’amélioration du niveau de vie général d’une partie de la population chinoise, ce qui a entrainé un nombre de voyages domestique en nette augmentation. Cet aspect est fortement lié au développement économique du pays, le produit intérieur brut ayant progressé en moyenne de 9,5% par an depuis quarante ans.

Le nombre de voyages domestique en Chine est par exemple passé de 629 millions en 1995 à 5, 54 milliards en 2018. Les retombées économiques ont eu une influence directe sur la population, le revenu moyen disponible par habitant en milieu rural ayant était multiplié par 15 entre 1978 et 2017. La consommation moyenne quant à elle sur cette même période a été multiplié par 14.

Enfin, suivant les prérogatives de Xi Jinping selon lesquelles chaque individu doit amener sa pierre à l’édifice, les initiatives en matière de lutte contre la pauvreté ne proviennent pas seulement des gouvernements, aussi bien provinciaux que centraux, mais aussi du secteur privé. Depuis 2015, les entreprises chinoises privées ont été incitées à participer à l’effort national. Plus de 88.000 entreprises privées en Chine ont contribué à plus de 13,9 milliards de yuans (1 778 505 000 euros) d’investissements dans la lutte contre la pauvreté. En juin 2019, ces entreprises avaient créé 661.500 emplois et 941.000 personnes avaient reçu une formation. Cependant, au sein d’un territoire de 9,6 millions de km carré, les disparités géographiques et sociales demeurent importantes.

Par conséquent, depuis le XVIIIème Congrès national du PCC, le Comité central du Parti et Xi Jinping ont fait de la lutte contre la pauvreté une tâche essentielle de la Nation chinoise. Alors que la Chine a réduit la pauvreté de plus de 10 millions de personnes chaque année pendant sept années consécutives, le principe de « deux sécurité et trois garanties » (nourriture et habillement ; instruction obligatoire, soins de base et logement) n’est pas garanti à tout le monde en 2020.

L’édification intégrale d’une société de moyenne aisance n’a pas pour objectif d’assurer à tous une vie aisée, mais d’initier une prochaine ère politique basée sur une revitalisation rurale et sur la résolution de déséquilibres entre développement rural et urbain par exemple. Même si les fondamentaux chinois en matière de lutte contre la pauvreté ne semblent pas être mis en péril à l’heure actuelle, la crise sanitaire de la COVID-19, les inondations ou autres catastrophes géologiques qui ont ravagés les provinces du sud cet été, pourraient peut-être prorogée la date définitive d’édification d’une société égalitaire.

Dans cette optique, le 12 octobre 2020, Liu Yongfu, directeur du Bureau du groupe directeur du Conseil des affaires de l’État chargé de la lutte contre la pauvreté et du développement, a déclaré « Échapper à l’extrême pauvreté n’est pas une fin mais un point de départ pour de nouvelles vies et d’autres efforts ». Même si les différentes mesures prises par l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping en 2012, n’ont pas encore totalement permis de régler ce problème sociétal, une phase de transition va être initiée afin de rester fidèle à l’agenda politique chinois en matière de lutte contre la pauvreté.

RODDIER Florian

Étudiant en Master 1 Géostratégie, Défense et Sécurité internationale à l’Institut d’Études Politiques d’Aix-en-Provence.