Dans une interview accordée au magazine français, Le Point, l’économiste Lawrence Lau, a estimé que «la Chine a combattu ce virus à un prix très élevé».

En effet, pour ce professeur d’économie à l’Université chinoise de Hongkong et vice-président du Centre chinois pour les échanges économiques internationaux, l’épidémie «ne pourra pas être soignée à coups de baisse des taux d’intérêt, mais seulement par d’ambitieux plans de relance».

Conseiller du pouvoir central sur sa politique pour le commerce extérieur, Lawrence Lau a expliqué que l’épidémie aura un impact à long terme sur l’économie du pays. La croissance chinoise ne devrait pas être négative, mais elle ne sera pas élevée, et elle pourrait ne pas atteindre les objectifs fixés par le gouvernement, autour de 6% contre 6% à 6,5%.

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Selon lui, même si l’épidémie « repart très vite, (elle, ndlr) pourrait avoir un impact d’assez long terme. Les gens ne retourneront pas aux mêmes modes de socialisation qu’avant. Cela prendra au moins un an ou deux pour que le secteur de la restauration, la distribution et le tourisme se relèvent. La demande globale, en particulier des ménages, ne sera pas rétablie rapidement. Et cela sera pareil partout dans le monde ».

D’ailleurs, l’effet du coronavius Covid-19 sur l’économie mondiale ne peut être prédite, car « cela dépend de combien de temps cela prendra pour la contrôler. Si elle devient hors de contrôle en Italie, elle aura un impact sérieux sur l’Europe. Les gens disent que la Banque fédérale américaine pourrait baisser les taux d’intérêt. Ça n’a pas de sens en réalité. Une épidémie ne peut pas être soignée par des taux d’intérêt plus bas. Si les gens ne sortent plus, ne consomment plus et ne travaillent ou n’investissent plus, qu’importe que les taux d’intérêt soient bas, nuls ou négatifs ! Vous n’emprunterez pas ».

De ce fait, « la situation peut devenir très sérieuse. L’Italie, le Japon et la Corée du Sud sont mis à l’épreuve. La Chine a bien géré cela parce qu’elle a le pouvoir administratif et la discipline sociale pour le faire. Est-ce qu’un autre pays développé peut y faire face? Et nous savons tous qu’un pays en voie de développement ne le peut pas ».

L’économiste a expliqué que « comme la Chine s’en sort très bien pour contrôler cette épidémie, les autorités chinoises risquent bientôt de bannir ou de mettre en quarantaine les personnes en provenance d’autres pays. Parce que la Chine a combattu ce virus à un prix très élevé, et après l’avoir contenu, ils ne vont pas risquer que l’épidémie reparte. Mais on ne peut pas continuer de faire des affaires dans le monde si nous ne pouvons plus voyager ».

Ce dernier a proposé la restauration du « vieux système : les livrets jaunes de vaccination internationaux qui ne sont plus en usage que pour se rendre dans certains pays frappés par des maladies tropicales comme en Afrique. Grâce à l’informatique, cela pourra être centralisé et mis sous forme digitale ».

Pour relancer l’économie chinoise, Lawrence Lau a expliqué qu’il faut « restaurer la confiance. Il faut que les gens aient de nouveau des attentes positives. Ce sont les attentes qui déterminent l’investissement, pas les taux d’intérêt bas. Ceux-ci n’aideront que si les gens ont des attentes positives. Vous n’emprunterez que si vous pensez pouvoir employer cet argent avec sagesse. Baisser les taux d’intérêt sauvera peut-être les marchés financiers, mais pas l’économie ».

Il ne devrait pas y avoir de « regain des exportations chinoises dans l’immédiat. C’est pourquoi la Chine devrait développer sa demande interne. Le pays doit lancer une campagne de construction d’hôpitaux modernes dans les centres urbains majeurs, et développer la recherche. Cela peut faire tourner l’économie durant les deux prochaines années. Ces infrastructures bénéficieraient à tous. Il en résulterait une distribution bien plus égalitaire de la richesse réelle. Dans la vaste majorité des villes chinoises, il n’y a pas assez de bons centres médicaux ».

À cause des perturbations sur la chaîne d’approvisionnement, les grands groupes internationaux prévoient de délocaliser des éléments clés de leur production hors de Chine. La Chine devra alors « développer ses propres chaînes d’approvisionnement alternatives ».