François Godement, directeur du programme Asie et Chine du Conseil européen des relations internationales, a expliqué au quotidien Libération que les déclarations successives de Donald Trump, depuis son investiture en janvier, remettent en cause le rapport de force en Asie.

En effet, le président américain a assuré pouvoir se passer de la Chine pour régler « le problème » nord-coréen, envoyant même un porte-avions au large de la péninsule coréenne, laissant présager le pire. De son côté, le gouvernement chinois a réitéré ses appels au dialogue, mettant en avant sa proposition pour régler le conflit : Washington met fin à ses exercices militaires avec Séoul et Pyongyang cesse son programme nucléaire et balistique.

François Godement, directeur du programme Asie et Chine du Conseil européen des relations internationales

Pour François Godement, « alors que tout le monde en Occident multiplie les critiques ou la caricature, et peut-être sous-estime l’administration de Trump, la Chine le regarde avec circonspection, et le prend assez au sérieux pour marquer une pause sur plusieurs terrains et ne pas sur-réagir ».

Exemple frappant, les échanges entre la dirigeante de Taïwan, Tsai Ing-wen, et le candidat élu, Donald Trump, ont donné lieu à des avertissements de la part de Beijing. Une fermeté affichée, sans menace pour autant, à l’instar du dossier commercial. Le gouvernement chinois a appelé au dialogue pour éviter une guerre commerciale, qui ne serait pas dans l’intérêt des deux pays, d’après le ministère chinois du commerce.

De plus, « ce qui frappe sur les trois derniers mois, c’est la modération dont Pékin fait preuve en mer de Chine méridionale : pas de construction de nouveaux îlots, pas de nouvelles poldérisations, et même application d’un accord sur la pêche autour de l’atoll de Scarborough« .

Alors, « depuis que le président américain dit : ‘On ne compte plus sur vous pour régler le problème de la Corée du Nord, on va agir nous-mêmes’, Pékin craint d’être marginalisé dans le dossier nord-coréen. Ne sachant pas si la position de Trump est ferme ou si c’est du bluff, dans le doute, ils semblent la prendre au sérieux« , a expliqué le chercheur français.

Voyant le raid en Syrie de Donald Trump et ses déclarations sur la Corée du nord, Beijing a décidé d’être plus ferme avec Pyongyang, en renvoyant des cargos nord-coréens chargés de charbon, après son annonce en février de suspendre l’importation de charbon nord-coréen.

Beijing refuse les cargos nord-coréens remplis de charbon

Cette prudence n’est pas nouvelle, car les Etats-Unis sont le principal partenaire commercial de la Chine. Toutefois Beijing tente de « dissuader les voisins un peu vulnérables d’aller trop loin avec l’administration Trump ».

« Vis-à-vis du Japon, on assiste au contraire à une reprise des incursions navales chinoises, y compris de la part de navires de guerre, autour des îles Senkaku, et à énormément d’intrusions aériennes », a expliqué François Godement. Concernant la Corée du sud, la pression est économique.

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