En mai 2015, un bébé a été découvert enterré vivant dans une boîte à chaussure. L’enfant s’en sort indemne, comme les deux enfants âgés de 4 et 6 ans découverts dans un chenil à Nanjing, le 28 juillet.

Ces histoires mettent en évidence la situation des enfants, dont les parents sont soient emprisonnés ou exécutés par la justice (enfant de la honte), soient partis travailler dans les grandes cités de l’Empire (appelés Liushi Ertong ou « laissés derriers »), soit contraints d’abandonnés leurs enfants faute de moyen financier, ou parce que ce sont des filles, soient parce que les enfants sont créés hors mariage, ce qui est illégal.

Pour pallier aux milliers d’abandons dans le pays, les autorités ont mit en place des Tours d’abandon, ou Boîte à Bébé, afin de récupérer les nouveau-nés. Malgré les bonnes intentions du gouvernement, cette mesure n’arrange pas la situation et des milliers d’enfants sont encore abandonnées, voire tués.

Des interdictions et peu de données de recensement

La Chine compte des millions d’orphelins, qui sont parfois confondus avec les Liushi Ertong. Ces orphelins sont eux nés sans parents, ils vivent généralement dans de mauvaises conditions et sont mal considérés par la société.

Un recensement a été réalisé en 2007, annonçant que plus de 573.000 enfants attendent d’être adopté. Mais ce chiffre est sous-estimé, car les statistiques autour des enfants sont flous, particulièrement en ce qui concerne les orphelins, les liushi ertong et les enfants de la honte.

Les ONG déplorent depuis des années « le fait que les statistiques officielles sur le nombre d’orphelins en Chine soient aussi éloignées de la réalité, situation d’autant plus inquiétante que le nombre d’abandons ne cesse d’augmenter depuis les années 1980″, selon Karine Bordeleau. (Les conditions de vie et de soins dans un orphelinat chinois et leur impact sur le développement des enfants, étude de cas. Université du Quebec, 2007).

Abandonner son enfant est illégal, selon l’article 21, qui stipule que « les parents ont le devoir d’élever et d’éduquer leurs enfants ; lesquels ont à leur tour, le devoir de pourvoir à la subsistance de leurs parents. (-…) Il est interdit de noyer et d’abandonner des nouveau-nés et de commettre d’autres actes visant à les blesser ou à les tuer. »

Ces abandons ou infanticides concernent en grande partie les filles, qui ont été le sujet d’un livre de la journaliste et romancière chinoise Xinra. Dans « Messages de mères inconnues », elle fait parler les mères qui ont abandonné leurs filles pour adoption en Europe ou aux États-Unis.

Parmi les témoignages, celui d’une femme, mit en avant par Rue89 : « Si vous n’avez pas de fils, vous n’aurez personne pour brûler l’encens sur l’autel des ancêtres… Vous ne recevrez pas non plus de terres supplémentaires… Les fonctionnaires responsables ne nous donnent pas de champ supplémentaire quand une fille vient au monde« .

Pou faire face à cette situation, le gouvernement a décidé de mettre en place des tours d’abandon ou boîtes à bébé. Installé pour la première fois en 2011 à Shijiazhuang, dans la province du Hebei, le pays en compte désormais 32, selon le ministère des Affaires civiles, qui a recensé au 18 juin 2014, 1.400 bébés abandonnés.

Les tours d’abandon ou boîte à bébé

D’ailleurs l’an dernier, le ministère s’est engagé à définir des règlements sur la gestion et l’opération des « tours d’abandon« , également appelé « boîtes à bébés ». Il s’agit d’une couveuse liée à une alarme à retardement, une climatisation et un couffin, permettant à un parent d’abandonner un bébé sous couvert d’anonymat.

Une fois déposé, le parent actionne l’alarme, et les employés des services sociaux peuvent récupérer le bébé dans un délai de cinq à dix minutes.

Pour certains chinois, ces boîtes incitent les gens à abandonner leur enfant, mais pour d’autres, il s’agit d’un progrès social accompli dans la protection des bébés, permettant de sauver la vie à nombre d’entre eux.

Cependant, le ministère a précisé que les bébés retrouvés étaient souvent malades à des degrés variés et beaucoup étaient sévèrement handicapés. Zhan Chengfu, haut responsable du ministère, a expliqué à Xinhua, que « ces tours contribuent à l’amélioration du bien-être des bébés abandonnés« .

L’agence de presse explique qu’« une proportion relativement grande de bébés ramassés en Chine a clairement des parents en vie et est plus âgée que la norme ». En effet, l’enfant le plus âgé jamais retrouvé avait douze ans, d’après Zhan Chengfu.

Être conforme à « la moralité publique »

Faites du bon travail au planning familial pour promouvoir le développement économique. Affiche de Zhang Zhenhua, 1986

Ces boîtes sont expérimentés dans le pays, avant d’être définitivement installés. Toutefois, le ministère travaille avec le Centre chinois pour le bien-être et l’adoption des enfants, afin de synthétiser les différentes expériences en matière de gestion de ces tours d’abandon et d’établir des règlements avant que le système ne soit mis en œuvre à l’échelle nationale, a expliqué Zhan Chengfu.

Ce dernier a assuré que « pour les enfants, la famille demeure le cocon le plus sûr et les tours d’abandon ne servent que de dernier recours. Les deux ne pourront jamais échanger leur place. »

Selon le site des Eglises d’Asie, un sondage publié sur le portail d’informations officiel de la ville de Shenzhen indique que 35 % des 1 348 personnes interrogées estiment que les boîtes à bébé encouragent les parents d’enfants non désirés à les abandonner, et 17 % des sondés se déclarent opposés à leur mise en place. Mais 67 % des sondés ont estimé que le dispositif augmentera les chances de survie d’enfants qui, sans cela, auraient été abandonnés, voire supprimés.

Tang Rongsheng, directeur du Centre du bien-être de Shenzhen, a expliqué au Nanfang Ribao que « si nous empêchons les boîtes à bébé au motif qu’elles favorisent le crime d’abandon d’enfant, nous sacrifions sciemment la vie de nouveau-nés, ce qui est contraire à la loi, à la moralité publique et à notre civilisation. »

Souvent, les familles défavorisées ne parviennent pas à assumer les frais du suivi médical d’un enfant porteur d’un handicap. Parfois de jeunes femmes tombent enceinte hors mariage est puni par la loi. en cas de grossesse, si le père les abandonne, elles n’ont pas d’autre choix que d’avorter, d’abandonner ou de tuer leur bébé.