Les investisseurs étrangers réduisent leur exposition au risque avant le Congrès du Parti communiste chinois qui début le 16 octobre.

Ces derniers placent leur argent dans la sécurité relative des valeurs sûres de la Chine, dans l’attente de signes indiquant que Pékin est prêt à résoudre les problèmes qui pèsent sur son économie.

L’ETF ChinaAMC China 50, le plus grand fonds négocié en bourse de Chine, a connu un bond de près de 30% de ses actifs ce mois-ci, canalisant plus de 10 milliards de yuans (1,40 milliard de dollars) vers les 50 plus grandes actions de Shanghai.

Un contexte plat et incertain

Selon certains analystes, cela s’appelle le « Beijing put« . C’est la conviction que les autorités maintiendront la stabilité des marchés avant le 20ème Congrès du Parti communiste. Mais les investisseurs ne souhaitent pas faire des paris sur ce qui se passera après cet événement, qui verra Xi Jinping obtenir un troisième mandat de cinq ans en tant que « core leader » (rôle central) et un remaniement du personnel au sein du Politburo.

L’économie chinoise vit une période difficile, car les autorités privilégient la stabilité politique à la croissance, le yuan glisse et les marchés boursiers mondiaux sont en baisse.

Le positionnement des investisseurs est nettement conservateur, la plupart s’orientent vers les actions A, considérées comme plus résistantes et présentant la plus faible corrélation avec les marchés américains et européens.

Ils espèrent également que les problèmes qui pèsent la confiance des investisseurs, tels que les politiques de « zéro COVID » et le stress du secteur immobilier, s’atténueront après la réélection de Xi Jinping.

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« Nous sommes assez défensifs et prudents en ce qui concerne la Chine cette année, toujours sous-pondérés, mais nous surveillons davantage les signes positifs qui se manifestent », a déclaré à l’agence de presse Reuters, Robert St Clair, stratégiste chez Fullerton Fund Management à Singapour.

Ce dernier a indiqué que que Fullerton aime les actions A car les entreprises cotées en bourse dans les nouvelles technologies et industries pourraient bénéficier de l’Initiative de prospérité commune de la Chine.

Pour Francois Savary, directeur des investissements chez Prime Partners SA, un gestionnaire de patrimoine suisse avec environ 4,1 milliards de dollars d’actifs, il est difficile pour les investisseurs d’éviter l’exposition à la Chine.

Les avis divergent sur ce qu’il se passera après le Congrès national du PCC, et sur l’adoption ou non par Xi Jinping d’une approche réformiste ou conservatrice de la gestion économique. « Le Congrès peut-il tout changer, et peut-il stabiliser la situation en Chine ? » a assuré à Reuters, Francois Savary, qui ne pense pas que cela arrivera.

Face aux incertitudes, les investisseurs étrangers préfèrent rester neutres car les diagnostic divergent sur les intentions de Xi Jinping. D’autant plus que la récente poussée de Pékin pour assainir les secteurs de l’immobilier et de la technologie et son désir à long terme d’une Chine plus autosuffisante et équitable ne présagent rien de positif pour eux.

Le « Beijing put » est en jeu

Selon Calvin Zhang, vice-Président de Federated Hermès, le « Beijing put » est un changement de politique visant à encourager une croissance plus forte en soutenant les entreprises privées et les marchés qui étaient si essentiels à la montée rapide de la Chine au rang de deuxième économie mondiale.

Les régulateurs ont récemment demandé à certains gestionnaires de fonds et courtiers d’éviter les ventes massives d’actions avant le Congrès, ont déclaré des sources à Reuters. D’ailleurs, Indus Capital Partners, gestionnaire de fonds basé à New York, a commencé à réduire l’exposition à la Chine dans les fonds pan-asiatiques en 2021, mais est revenu depuis.

Indus Select, a augmenté modestement son exposition à la Grande Chine au sein de son fonds long-only de 1,37 milliard de dollars. « Je ne serais pas trop sous-pondéré en entrant dans ce Congrès. Je ne pense pas que les défis de la Chine soient sans précédent dans le monde« , a déclaré Byron Gill, associé directeur chez Indus Capital Partners.

Selon Reuters, la banque privée suisse UBP s’est également réintroduite en Chine en août, en accumulant des actions A. « Il y a un certain optimisme quant au fait que l’on va assister à un assouplissement progressif de certaines des restrictions zéro-COVID qui apportera au moins un certain soutien cyclique à l’économie », a déclaré Norman Villamin, directeur de la gestion de patrimoine de l’UBP.

D’après l’enquête de Morgan Stanley, 42% des investisseurs interrogés en septembre avaient augmenté leurs allocations à la Chine au cours des trois derniers mois, contre 21% en mai. Certains gestionnaires de fonds pensent que Xi Jinping veut revenir rapidement à l’activité de soutien de l’économie.

Derek Lin, gestionnaire de portefeuille chez Columbia Threadneedle Investment, basé à Boston, qui gère 598 milliards de dollars, a dit s’attendre à ce que l’économie chinoise revienne progressivement à la normale lorsque Xi commencera son troisième mandat. Cependant, les flux étrangers ont été inconstants, allant principalement vers les ETF.

« Les investisseurs sont juste dans ce mode ‘wait and see’ pour obtenir plus de clarté sur le fait qu’une croissance plus forte peut être atteinte », a assuré à Reuters, Robert St Clair, stratégiste chez Fullerton Fund Management à Singapour. « C’est là que les résultats du (Congrès) pourraient être utiles ».