Babou Sakho (@SakhoBabou) entreprend des recherches sur les relations entre l’Afrique et la Chine. Il a autorisé Chine-Magazine.Com de publier un de ses articles, paru sur le site Senego.

La venue de la Chine dans le continent africain est perçue, par certains comme une forme de recolonisation, notamment par les partenaires traditionnels, mais bons nombre de dirigeants africains la considèrent malgré tout comme avantageuse, car la Chine justement, est vierge de tout passé colonial en Afrique et n’hésite pas d’ailleurs à en faire un argument majeur dans son opération séduction en direction du continent. Non-ingérence, anti-impérialisme, coopération Sud-Sud, pacifisme, co-émergence, solidarité, sont justement les piliers de la rhétorique officielle chinoise en Afrique.

En effet, les dirigeants africains ont longtemps subi des pressions de la part de ces partenaires traditionnels ou classiques avec des politiques d’ajustement structurel dont l’Afrique continue toujours de subir les conséquences sous forme de contre-coups politiques économiques et sociaux.

L’empire du milieu partage avec le continent africain, comme tant d’autres pays du monde, « une histoire multiséculaire », de relations amicales et l’expérience « malheureuse » de la colonisation.

Statue de Zheng He au temple de Sam Po Kong (le "Maître des Trois Joyaux") à Semarang, en Indonésie.

Statue de Zheng He au temple de Sam Po Kong (le « Maître des Trois Joyaux ») à Semarang, en Indonésie.

Mais notons que Pékin interprète souvent les expéditions africaines de l’amiral Zheng He en 1417 et 1431 (dynastie Ming) comme point de départ d’une relation cordiale et stable entre elle et l’Afrique, mais qui a connu une interruption suite à la mort du célèbre amiral Zheng He en 1533 avant de reprendre en 1949 coïncidant avec la création de la République Populaire de Chine.

Dans les premières périodes 1949-1977, la coopération était plus idéologique marquée par des programmes de coopération économique avec les « front line state ». Cela s’est traduit par des projets comme la construction du fameux chemin de fer reliant la Zambie et la côte tanzanienne, afin d’éviter l’isolement économique de ce pays dû à ces frontières avec la Rhodésie et l’Afrique du sud, mais aussi une aide très diversifiée de la Chine auprès des pays Africains socialistes.

De 1978-1994 : marquée par des reformes internes initiés par Deng Xiao Ping en vue de promouvoir une économie de marché ce qui a provoqué l’abandon de l’approche idéologique

A partir de 1995, on note l’accroissement rapide des échanges commerciaux avec le continent.

Au début des années 1950 le République Populaire de Chine ambitionne de soutenir l’Afrique dans le processus de décolonisation et aspire même à former un « front uni » avec les peuples africains, asiatiques et sud américains pour lutter contre la colonisation.

La conférence de Bandoeng en 1955 dans l’île de Java en Indonésie qui a regroupé six pays de l’Asie (Birmanie, Ceylan, Chine, Indonésie, Inde et Pakistan) lui a offert l’occasion de tisser des liens avec le continent africain tout au moins avec les états indépendants. Ainsi les premiers contacts officiels bilatéraux sont pris aussitôt après, d’abord avec l’Égypte en 1956 puis avec quatre autres pays nouvellement indépendants Algérie, Maroc, Soudan et Guinée.

La Chine a longtemps défendu l’Afrique, elle avait d’ailleurs marqué sa sympathie et sa solidarité à l’Égypte nassérienne au cours de son bras de fer avec la coalition franco- britannique, suite à la nationalisation du canal de suez en 1956 mais aussi elle avait appelé à une décolonisation totale de l’Afrique lors de la conférence de Belgrade en septembre 1961.

En voulant montrer son attachement envers le continent africain la Chine et l’URSS ont coopéré pour mener l’Afrique à la révolution, mais leurs ambitions divergeaient, car la stratégie extérieure de l’URSS était d’abord la coexistence pacifique et le désarmement tandis que la Chine prenait la voix de soutien militaire et financier des mouvements de libération. Ainsi à la fin des années 60 sur 41 pays africains nouvellement indépendants, 19 entretenaient des relations officielles avec Pékin contre 5, dix ans au paravent.

L’année 1971 marque la rentrée de la Chine au conseil de sécurité de l’Onu comme membre permanent au détriment de Taïwan grâce en particulier à l’appui des pays africains.

Sur les 76 votes obtenus à l’assemblée générale, 26 émanent de l’Afrique et c’est ce qui a poussé Mao Zedong à dire « si maintenant nous sommes entrés à l’ONU c’est que les frères pauvres d’Asie, et d’Afrique nous ont épaulé ».

Cette victoire conforte Pékin dans sa politique africaine et de nouveaux états bénéficient ainsi de l’aide chinoise au cours des années 80 : Benin, Maurice, Madagascar, Nigeria, Rwanda, Togo, Tunisie, Zaïre, Sénégal, Haute Volta actuel Burkina faso et Cameroun.

Forum de Coopération Sino-Africain de 2015

Forum de Coopération Sino-Africain de 2015

En 2000, Pékin lance le premier « Forum sur la Coopération Chine-Afrique » (FOCCA), dont la vocation est d’œuvrer au rapprochement économique et politique avec ses partenaires africains

Mais en 2006, à l’occasion de la célébration du cinquantième anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Chine et les pays africains, les autorités chinoises avaient dévoilé leurs orientations en matière de coopération, traduit dans un Livre blanc intitulé : « La politique de la Chine à l’égard de l’Afrique » lors du sommet à Pékin regroupant 41 chefs d’États et de gouvernement. Ce sommet confirme la place centrale que tient désormais l’Afrique dans la stratégie extérieure du gouvernement chinois avec une batterie de mesures comme :

  • Création d’un fonds de développement pour l’Afrique doté d’un budget de 5 milliards de dollars
  • Annulation de la dette pour un montant de 1.4milliards de dollars qui concerne 31 pays
  • Doublement de l’aide d’ici 2009

Lors du forum, onze entreprises chinoises ont signé 14 accords avec des pays africains pour une valeur totale de 1.9milliards de dollars. Ces accords ont porté sur des investissements dans les infrastructures, les communications, la technologie, l’équipement, l’énergie, les ressources, les finances et les assurances.

La plus grosse transaction d’une valeur de 938 million de dollars a été réalisée par le conglomérat public CITIC, pour l’acquisition et la construction d’une cimenterie au Cap Vert. Des accords de 55millions de dollars pour l’exploitation des mines sud africains, 230millions de dollars pour une autoroute au Nigeria et un projet de centrale électrique de 400 megawatts à Bui au Ghana, 622millions de dollars ont été également signés.

En somme la Chine accorde une grande importance au développement de ses relations amicales avec tous les pays africains, relations fondées principalement sur la non ingérence dans les affaires intérieures des pays africains qui est parfaitement contraire aux démarches des partenaires traditionnels occidentaux.

L’Afrique est aussi devenue pour la Chine un continent rempli d’opportunités que de difficultés autrement dit les États africains ne gagnent peut être pas autant à coopérer avec la chine qu’ils n’y perdent ce que disait le premier ministre Wen Jiabao sous l’ère Hu Jintao (2003-2013) : « l’Afrique et la Chine ont ouvert ensemble un partenariat stratégique de type nouveau dont les caractéristiques fondamentales sont l’égalité et la confiance réciproque sur le plan politique, une coopération gagnant-gagnant sur le plan économique et des échanges bénéfiques sur le plan culturel ».

Qu’ils soient grands ou petits, riches ou pauvres, puissants ou faibles, riches en ressources ou non, la Chine les traite sur un même pied d’égalité et prône activement une coopération pragmatique mutuellement avantageuse. La Chine fait progresser les relations bilatérales de façon équilibrée et dans tous les domaines, en vue de créer le bonheur pour les peuples chinois et africain.

Ecrit par Babou Sakho : @SakhoBabou