Beijing tente de consolider son influence en Amérique Latine, avec ses relations étroites avec le Brésil, membre des BRICS, mais désormais Cuba pourrait représenter une nouvelle porte d’entrée dans la région, d’autant que son premier allié est en proie à une crise politique sans précédent.

Jiang Zemin et Fidel Castro

Jiang Zemin et Fidel Castro

Les relations sino-cubaines datent de la fin de la Révolution cubaine en 1959, alors La Havane est le premier pays d’Amérique latine à reconnaître la République Populaire de  Chine en 1960. Durant la guerre froide, le conflit idéologique entre Moscou et Beijing pèse sur les relations bilatérales, car Cuba a prit partie pour la Russie.

Cependant, après l’effondrement de l’URSS, en 1991, les échanges diplomatiques reprennent, avec notamment la visite en 1993 de Jiang Zemin (président de la République populaire de Chine de 1993 à 2003).

Une coopération économique forte

La Chine est le second récepteur des exportations cubaines, avec 330 millions de dollars en 2015, soit 8% environ du total, tandis que ses exportations vers Cuba ont connu la même année, une hausse record de 77,4% par rapport à 2014, représentant 1,89 milliards de dollars à la fin de l’année 2015.

L’Empire du milieu et le Venezuela ont des relations privilégiées avec l’île cubaine. Ces deux pays proposent des crédits avec des taux préférentiels, ils représentent 50% du commerce total des biens de Cuba, et sont également la destination de 49% des exportations de l’île.

En juillet 2014, 29 accords de coopération sont signés entre les deux pays, dans de nombreux secteurs d’activité tels que les finances, l’industrie, les mines, la santé et les biotechnologies, les télécommunications, l’agriculture et l’éducation.

Ces contrats représentent pour Xi Jinping un gage de la « confiance dans le développement futur des relations entre notre pays et Cuba, et nous serons toujours de bons amis, camarades et frères de Cuba« .

Ces accords prévoient également un crédit à taux zéro pour la modernisation du port de Santiago de Cuba, la fourniture de nickel à la Chine, l’exploration pétrolière dans le golfe du Mexique, la création d’une ferme expérimentale, sans oublier les diverses donations aux institutions publiques cubaines.

La Chine est donc un partenaire fiable pour Cuba. D’une part, les deux pays sont les derniers régimes communistes de la planète. D’ailleurs, les deux partis communistes au pouvoir font des échanges d’expérience sur leur mode de gouvernance et de

Inauguration de la ligne aérienne Beijing-La Havane, accueil des chinois à Cuba

Inauguration de la ligne aérienne Beijing-La Havane, accueil des chinois à Cuba

développement. D’autre part, sur le plan diplomatique, Beijing espère profiter de ses relations avec Cuba pour asseoir son influence en Amérique Latine. Et enfin, sur le plan économique, l’île possède les plus importantes réserves de nickel au monde. Sans oublier, la communauté chinoise présente depuis plus d’un siècle à Cuba qui s’est étoffée au cours des décennies, facilitant les rapports entre les deux pays.

Le tourisme, clé du développement de Cuba

La liaison aérienne directe Beijing-La Havane en septembre 2015 vise à attirer le plus de touristes dans l’île. Comme l’a d’ailleurs prédit Zhang Tuo, ambassadeur chinois à Cuba : « une mer de touristes chinois dans un futur proche”. En effet, les autorités cubaines ont compté 27% de touristes en plus en 2014 par rapport à 2013, soit près de 28’000 chinois ont foulé le sol cubain, en 2014.

L’ambassadeur chinois a estimé à 30’000 chinois ayant visité Cuba en 2015, et « les liens commerciaux solides ont été établis, l’entreprise de télécommunications Huawei bénéficie d’une  forte présence ici. Ainsi que le fabricant de véhicules Geely, qui vend à plusieurs ministères ou compagnies gérés par l’État » a-t-il expliqué à CCTV.

Tout est fait pour recevoir le plus de touristes chinois, construction d’hôtels, 85’000 chambres seront mises à disposition d’ici à 2020. Une vidéo promotionnelle de Grupo Gaviota, sous-titrée en chinois, a été lancé, montrant des touristes chinois souriants, profitant des beautés de l’île et de la nourriture chinoise cuisinée sur place.

Le tourisme est la 2nde source de revenu en provenance de l’étranger pour Cuba. Les chinois y investissent d’ailleurs massivement, avec 13 projets de complexes touristiques d’une valeur de 460 millions de dollars (410 millions d’euros), et entre autres, la création d’une entreprise mixte pour construire des terrains de golf.

Cuba est l’un des derniers pays communistes, comme la Chine, ce qui attire les touristes chinois, pour qui l’île représente une « histoire communiste partagée”. Mais, pour les investisseurs chinois, il s’agit surtout d’un moyen de se positionner face aux États-Unis dans la région.

Pas de raison de s’alarmer pour Beijing

La visite à Cuba du président américain Barack Obama et la normalisation des rapports entre Cuba et les Etats-Unis, n’ont pas ébranlé les autorités chinoises. Ces dernières ont affirmé que « sa coopération mutuellement avantageuse permanente avec Cuba ne ciblerait aucune tierce partie, ni qu’aucune tierce partie n’affecterait le développement approfondi des relations sino-cubaines ».

La porte-parole du ministère des affaires étrangères, Hua Chunying, a félicité le « processus de normalisation des relations américano-cubaines, qui est une bonne chose. Cela fait plus d’un demi-siècle que Cuba vit sous le blocus américain. Aujourd’hui, les deux pays engagent entre eux des dialogues et des échanges ».

Beijing espère cependant que « les deux parties continueront de consolider cette dynamique favorable. Dans le même temps, nous appelons la partie américaine à lever rapidement et complètement son blocus contre Cuba ».

Face aux comparaisons faites entre la coopération sino-cubaine et cubano-américaine, Hua Chunying a indiqué que « les relations internationales de notre époque privilégient les bénéfices mutuels et le gagnant-gagnant. La Chine et Cuba sont liés par des relations d’amitié et de coopération mutuellement bénéfiques de longue date. Nous continuerons d’approfondir nos relations avec Cuba, qui ne viseront aucune partie tierce et ne seront affectées par aucune partie tierce ».