La dirigeante de la République de Chine, Tsai Ing-wen, a confirmé la présence à Taiwan d’un petit nombre de soldats américains venus entraîner son armée, suscitant aussitôt une vive réaction de Pékin.

« Nous nous opposons fermement à toute forme d’échanges officiels et de contacts militaires entre les Etats-Unis et Taïwan », a déclaré devant la presse un porte-parole de la diplomatie chinoise, Wang Wenbin.

Dans un éditorial, le quotidien nationaliste chinois Global Times a pour sa part affirmé qu’« avec la présence de soldats américains à Taïwan, une ligne rouge a été franchie ». Pourtant, dans une interview à la chaîne américaine CNN, la dirigeante Tsai Ing-wen a estimé que la menace chinoise sur le territoire est de plus en plus grande « chaque jour ».

Interrogée sur la présence de soldats américains à Taïwan, elle a répondu qu’ils ne sont « pas aussi nombreux que ce que les gens pensent ». C’est la première fois qu’un dirigeant taïwanais reconnaît publiquement une telle présence américaine depuis le départ de la dernière garnison américaine en 1979, année où Washington a reconnu la République populaire de Chine au détriment de Taïwan.

DES SOLDATS AMÉRICAINS PRÉSENTS DEPUIS MOINS D’UN AN

Selon un responsable américain et des informations du «Wall Street Journal», les entraînements auraient lieu «depuis moins d’un an» pour renforcer les défenses de Taïwan face à la Chine.

Début octobre, un responsable américain ayant requis l’anonymat avait déclaré qu' »il y a deux groupes, des soldats des forces spéciales et des forces conventionnelles », avait-il dit à l’AFP, précisant que les premiers, présents « depuis moins d’un an », sont « moins de 20 » et la force conventionnelle, déployée par rotations, n’est « pas importante ».

Ce dernier a ainsi confirmé les informations du Wall Street Journal, qui attestaient qu’une vingtaine de militaires des forces spéciales américaines et un contingent de soldats du corps des Marines forment des petites unités de l’armée de terre et de la marine taïwanaises.

De son côté, la dirigeante de Taiwan a déclaré que« nous avons un large éventail de coopération avec les États-Unis visant à accroître notre capacité de défense ».  Cette dernière s’est dite « confiante » sur le fait que les Etats-Unis contribueront à défendre Taïwan contre la Chine si nécessaire.

Devant les députés, le ministre taïwanais de la Défense, Chiu Kuo-cheng, a déclaré que les troupes américaines et taïwanaises étaient depuis longtemps en contact.

« Nous avons des échanges de personnel et (les soldats américains) sont ici dans le cadre de la coopération militaire, ce qui est différent, selon ma définition, du fait d’avoir des +troupes stationnées+ ici », a déclaré le ministre.

LA CHINE DÉNONCE LA PRÉSENCE AMÉRICAINE

La Chine a dénoncé la présence de militaires américains à Taïwan après sa confirmation officielle par la présidente de l’île lors d’une interview à la chaîne CNN. «Nous nous opposons fermement à toute forme d’échanges officiels et de contacts militaires entre les États-Unis et Taïwan», a déclaré devant la presse un porte-parole de la diplomatie chinoise, Wang Wenbin.

Pékin considère Taïwan comme l’une de ses provinces bien qu’il ne contrôle pas l’île de 23 millions d’habitants. Ma Xiaoguang, porte-parole du Bureau des affaires de Taiwan du Conseil des Affaires d’Etat, a condamné l’autorité du Parti démocrate progressiste (PDP) à Taiwan pour «ses tentatives d’induire en erreur la population de l’île et de tromper la communauté internationale».

«L’autorité du PDP a comploté avec des forces externes dans leur tentative de contenir la Chine, trahissant les intérêts des compatriotes de Taiwan et de l’ensemble de la nation chinoise», a indiqué ce dernier.

Selon le porte-parole, «parallèlement, l’autorité du PDP a tenté d’induire en erreur la population de Taiwan et de tromper la communauté internationale en créant l’illusion qu’elle est disposée à reprendre le dialogue avec la partie continentale. Il est temps de mettre fin à de telles paroles et actions mensongères».

«La cause fondamentale de l’actuelle situation complexe et sombre à travers le détroit de Taiwan est que l’autorité du PDP et les éléments séparatistes ont renforcé leur collusion avec les forces extérieures et continué leurs actes provocateurs de recherche de l' »indépendance de Taiwan», a souligné Ma Xiaoguang.

Le ministre des affaires étrangères, Wang Yi a appelé le 30 octobre les États-Unis à ne pas «trahir leurs promesses» concernant Taïwan. «Nous demandons que les États-Unis poursuivent une vraie politique d’une seule Chine», a indiqué Wang Yi lors d’une rare rencontre avec son homologue américain Antony Blinken en marge du G20 à Rome, selon un communiqué du ministère chinois des Affaires étrangères.

«Nous demandons aux États-Unis de remplir leurs engagements envers la Chine, plutôt que briser leurs promesses», a-t-il ajouté. La question de Taïwan est « la plus sensible» dans les relations américano-chinoises, et pourrait provoquer des «dégâts importants» si elle était «traitée de la mauvaise manière», a souligné M. Wang.

LA CONFRONTATION CHINE VS ÉTATS-UNIS CONTINUE

Dans un message par liaison vidéo adressé au sommet des pays de la région Asie-Pacifique auquel participe également le Premier ministre chinois, Li Keqiang, le président américain Joe Biden a souligné que les Etats-Unis sont « profondément préoccupés par les actions coercitives et agressives de la Chine (…) dans le détroit de Taïwan ».

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Pointant du doigt les incursions aériennes chinoises à proximité de Taïwan, il a assuré que de telles actions « menacent la paix et la stabilité régionales », selon un enregistrement de ses propos obtenu par l’AFP.

Antony Blinken, chef diplomatie américaine

De son côté, le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a aussi suscité la colère de Pékin en plaidant en faveur d’une « participation significative » de Taipei dans les instances onusiennes et sur la scène internationale.

« L’exclusion de Taïwan sape le travail important de l’ONU et de ses agences », avait-il insisté, estimant que sa contribution était nécessaire pour faire face « à un nombre sans précédent de défis mondiaux ».

« Taïwan n’a aucun droit de participation à l’ONU« , avait immédiatement rétorqué Pékin, par la voix du porte-parole du Bureau des affaires taïwanaises, Ma Xiaoguang.

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Le dossier taïwanais risque d’envenimer encore les relations entre les Etats-Unis et la Chine, au plus bas depuis des années. Dernièrement, Joe Biden a semblé vouloir adresser un nouveau message de fermeté à Pékin.

Interrogé sur la possibilité d’une intervention militaire américaine pour défendre Taïwan en cas d’attaque de la Chine, le président avait répondu par l’affirmative: « Oui, nous avons un engagement en ce sens », avait-il déclaré.

Sa déclaration paraissait contredire la politique de longue date des Etats-Unis dite « d’ambiguïté stratégique ». En vertu de celle-ci, Washington aide Taïwan à construire et renforcer sa défense mais sans promettre explicitement de venir à son aide en cas d’attaque.

Les propos de Joe Biden avaient été mal accueillis à Pékin et le gouvernement américain avait par la suite pris soin d’assurer que sa politique à l’égard de Taïwan n’avait pas changé. Les Etats-Unis reconnaissent depuis 1979 la République populaire de Chine, mais le Congrès américain impose parallèlement de fournir des armes à l’île pour sa défense.