Les États-Unis ont appelé le 26 octobre le reste du monde à «soutenir une participation significative et robuste de Taïwan» au sein des institutions de l’ONU, malgré les mises en garde de la Chine.

Interrogé la semaine dernière sur la possibilité d’une intervention militaire américaine pour défendre Taïwan en cas d’attaque de la Chine, Joe Biden avait répondu par l’affirmative.

«Taïwan est un partenaire crucial des États-Unis et une réussite démocratique», a estimé le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken sur fond de tensions croissantes avec Pékin autour du sort de l’île, assurant que sa contribution était nécessaire pour faire face «à un nombre sans précédent de défis mondiaux».

WASHINGTON PRÊT A DÉFENDRE MILITAIREMENT TAIWAN

Dans un communiqué qui devrait susciter la colère de la Chine, il affirme qu’une participation de Taiwan dans le système onusien «n’est pas une question politique, mais une question pragmatique», et assure qu’elle est conforme à sa doctrine à l’égard de la Chine.

«L’exclusion de Taïwan sape le travail important de l’ONU et de ses agences», a-t-il insisté. Concernant la possibilité d’une intervention militaire américaine pour défendre Taïwan en cas d’attaque de la Chine, le président des États-Unis Joe Biden avait répondu par l’affirmative : «Oui, nous avons un engagement en ce sens».

Sa déclaration contredit la politique de longue date des États-Unis dite «d’ambiguïté stratégique». En effet, dans le cadre de cette «ambiguïté stratégique», Washington aide Taïwan à construire et renforcer ses défenses mais sans promettre explicitement de venir à son aide en cas d’attaque.

La Chine considère l’île de 23 millions d’habitants comme une de ses provinces en attente de réunification avec le reste du pays. D’ailleurs, Taiwan n’est pas reconnu par la communauté internationale comme un Etat.

La polémique entre les deux géants du Pacifique survient alors que le régime communiste vient de célébrer avec fanfare le 50e anniversaire de son adhésion à l’ONU, au détriment du gouvernement taïwanais qui occupait jusque-là le siège attribué à la Chine.

Antony Blinken a relevé que la participation de Taïwan «à certaines agences spécialisées de l’ONU» avait été effective «au cours de l’essentiel des 50 dernières années».

Il a toutefois fait remarquer qu’elle était devenue «récemment» impossible, notamment au sein de l’Organisation mondiale de la Santé ou de l’Organisation de l’aviation civile internationale — pointant, sans la nommer, l’opposition grandissante de la Chine.

LA CHINE DÉNONCE LA PROPOSITION AMÉRICAINE

Les propos de Joe Biden et Anthony Blinken ont été mal accueillis à Pékin. Le gouvernement américain avait par la suite pris soin d’assurer que sa politique à l’égard de Taïwan n’avait pas changé.

Mais la Chine a catégoriquement rejeté le 27 octobre la proposition des États-Unis d’accorder à Taïwan une «participation significative» à l’ONU, après les déclarations de Joe Biden sur son «engagement» à défendre l’île d’une éventuelle attaque chinoise.

«Taïwan n’a aucun droit de participation à l’ONU», a déclaré le porte-parole du Bureau des affaires taïwanaises, Ma Xiaoguang, rappelant que seuls des États souverains peuvent adhérer aux Nations unies.

De son côté, le porte-parole de l’ambassade de Chine aux Etats-Unis a indiqué que la Chine s’oppose fermement à toute discussion sur la participation de Taiwan aux activités des Nations Unies.

« La partie chinoise est gravement préoccupée et fermement opposée à l’action de la partie américaine et lui a adressé une protestation officielle », a-t-il indiqué dans un communiqué.

L’ONU est une organisation internationale intergouvernementale composée d’États souverains et la résolution 2758 adoptée par l’Assemblée générale de l’ONU en 1971 a «résolu une fois pour toutes la question de la représentation de la République populaire de Chine aux Nations Unies en termes politiques, juridiques et procéduraux», selon l’ambassade.

«Le système, les agences et le Secrétariat des Nations Unies devraient se conformer au principe d’une seule Chine et à la résolution 2758 de l’AGNU», a-t-elle ajouté.

« Un grand nombre d’Etats membres de l’ONU, dont les Etats-Unis, reconnaissent qu’il n’y a qu’une seule Chine dans le monde et que Taiwan est une partie inaliénable du territoire de la Chine », a indiqué le porte-parole. « La participation de la région de Taiwan aux activités des organisations internationales doit être traitée conformément au principe d’une seule Chine ».

Selon lui, «la tentative des autorités taiwanaises d’élargir leur soi-disant espace international en flattant les forces étrangères, a poursuivi le porte-parole, est en réalité une tentative d’élargir l’espace pour l’indépendance de Taiwan et le séparatisme. Elle se soldera par un échec».

« Nous exhortons les Etats-Unis à respecter le principe d’une seule Chine et les stipulations des trois communiqués conjoints sino-américains, à respecter la résolution 2758 (…), à cesser tout contact officiel avec Taiwan, à cesser de tenir des propos irresponsables, à s’abstenir d’envoyer des signaux erronés aux forces de ‘l’indépendance de Taiwan’ sous quelque forme que ce soit, à éviter d’enhardir ou de soutenir les autorités taiwanaises à élargir l’espace pour ‘l’indépendance de Taiwan’ et à cesser de faire des choses qui sapent les relations sino-américaines », a conclu le porte-parole.

TAIWAN REMERCIE LES ETATS-UNIS

Joseph Wu, ministre des affaires étrangères de Taïwan

«Merci Blinken de reconnaître le rôle de Taïwan en tant que partenaire vital des États-Unis et modèle démocratique», a réagi sur Twitter le ministère des affaires étrangères de Taiwan, saluant un soutien «crucial pour faire face efficacement aux défis mondiaux».

« Le soutien inébranlable des Etats-Unis à la participation significative de Taiwan aux activités, mécanismes et réunions de l’organisation des Nations unies (Onu) est sincèrement apprécié du gouvernement et du peuple taïwanais », a indiqué le 22 octobre le ministère des Affaires étrangères, à Taipei.

« La République de Chine (Taiwan) est un Etat souverain et indépendant qui n’appartient pas à la République populaire de Chine (RPC) » a indiqué le ministère, ajoutant que « seul le gouvernement démocratiquement élu peut représenter les 23,5 millions de Taïwanais dans les instances internationales telles que l’ONU ».

A l’inverse des précédents propos de la Chine, Taipei atteste que la résolution n°2758 adoptée par l’assemblée générale de l’ONU en 1971, « ne fait pas référence à Taiwan comme à une partie de la Chine ni n’autorise la RPC à représenter le pays au sein du système onusien, poursuit le ministère qui condamne fortement la présentation erronée qu’en fait Pékin, laquelle aboutit à exclure Taiwan de l’organisation internationale ».

Le communiqué du ministère taiwanais des affaires étrangères a été publié suite aux propos de Rick Waters, le sous-secrétaire d’État adjoint pour la Chine, Taiwan et la Mongolie au sein du bureau des Affaires de l’Asie de l’Est et du Pacifique du département d’État américain.

Lors d’un forum en ligne organisé par le Fonds allemand Marshall des Etats-Unis, il a estimé que « la Chine utilisait de manière abusive la résolution n°2758 pour empêcher la participation de Taiwan aux activités de l’ONU ».

Selon lui, « les Etats-Unis encouragent toutes les parties concernées à soutenir la participation robuste et significative de Taiwan à travers l’ensemble du système onusien et de la communauté internationale ».

« Les Etats-Unis ont réaffirmé à de multiples reprises leur engagement solide comme le roc envers Taiwan, comme l’illustrent les déclarations publiques du secrétaire d’Etat Antony Blinken et du secrétaire à la Santé Xavier Becerra en faveur de la participation de Taiwan en tant qu’observateur à l’Assemblée mondiale de la santé », a indiqué le ministère taiwanais.

Le gouvernement de Tsai Ing-wen « continuera à renforcer sa coopération avec les Etats-Unis et d’autres partenaires animés du même esprit, de manière à étendre l’espace international du pays tout en défendant la liberté, la démocratie et un ordre international fondé sur des règles », selon le communiqué.