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POLITIQUE

Des défis majeurs pour les nouveaux dirigeants

Le Parti Communiste Chinois réunira plus de 3.000 députés de l’Assemblée Nationale Populaire, le 8 novembre pour son 18ème Congrès. À cette occasion, le comité permanent du bureau politique sera renouvelé sur fond de scandale politique et d’une baisse de la croissance.

Organisé tous les cinq ans, le Congrès du PCC est chargé, une fois tous les deux ans, de changer l’ensemble des hauts-dirigeants du parti et du pays. Le Président et le Premier ministre seront donc remplacés ainsi que les sept des neuf membres permanents du Polit-bureau, appelés les « Empereurs ». De plus, 60% des 370 sièges  du comité central vont être renouvelés.

L’affaire Bo Xilai tourmente le 18ème congrès

Premier secrétaire de la province de Chongqing, la plus grande ville du pays, Bo Xilai était considéré comme l’homme politique le plus doué de sa génération. Après de nombreuses frasques nationalistes, Bo Xilai était alors pressenti à la tête du pays, mais les révélations de son ancien bras droit, Wang Lijun, chargé à l’époque de diriger la police de Chongqing, lui auront été fatales. Cette ex-étoile montante du parti, a été écarté au printemps dernier et son affaire pèse sur l’évènement.

En effet, Wang Lijun a dénoncé les affaires corruption au sein de son ancienne équipe, ainsi que des écoutes téléphoniques illégales. Alors que le gouvernement lutte activement contre la corruption au sein du parti, les révélations ont eu l’effet d’un coup de tonnerre.

D’autant plus que Wang Lijun avait affirmé avoir dissimulé des preuves dans l’enquête sur le meurtre d’un homme d’affaires britannique, Neil Heywood. Le jeune homme aurait été tué par la femme de Bo Xilai, Gu Kailai, jugée et condamnée à la peine de mort avec sursis.

Toutefois, ces révélations contestent le dossier à charge contre l’épouse de Bo Xilai. Un médecin légiste renommé a fait part de ses doutes sur les conclusions de la mort, remettant ainsi en question toute l’affaire. Mais l’affaire a prit une telle tournure que les directives de la justice sont restées inchangées, d’autant que la direction du parti tient à destituer Bo Xilai.

Pour certains observateurs chinois et étrangers, Bo Xilai « est sans doute la victime d’une vendetta interne au Parti, où l’on craint de voir resurgir la figure d’un homme fort. Il flottait en effet autour de lui une réputation de violence personnelle » a expliqué François Godement, spécialistes français de la Chine et directeur de l’institut indépendant Asia Centre.

Ce dernier a estimé qu’il « est aujourd’hui rare, car, depuis la fin des années Mao, on ne va plus jusqu’au sang pour régler les problèmes au sommet du Parti. Par sa propension à la violence et au chantage, Bo Xilai inquiétait, car il semblait vouloir revenir sur l’abolition de la violence au sommet ».

Congrès du Parti Communiste Chinois. Au centre le président Hu Jintao, et le Premier ministre, Wen Jiabao

Congrès du Parti Communiste Chinois. Au centre le président Hu Jintao, et le Premier ministre, Wen Jiabao

Installer un nouveau modèle économique

Depuis son ascension au pouvoir, le PCC conserve sa légitimité grâce à la croissance économique à deux chiffres installée suite aux réformes économiques lancées par Deng Xiaoping, en 1978. Mais cette croissance enviée dans le monde entier est aujourd’hui affaiblie par la crise économique et financière internationale qui réduit les exportations chinoises.

Le nouveau comité central aura donc plusieurs défis à relever pour stabiliser l’économie et éviter un soulèvement populaire de plus grande envergure que les différentes manifestations relevées dans le pays cette année, comme à Wukan.

Pour conserver le pouvoir et « l’harmonie » de la société, les autorités chinoises ont annoncé la mise en place d’un nouveau modèle économique, basé principalement sur la consommation intérieure et moins sur les investissements d’infrastructures et les exportations.

Le ralentissement progressif de l’économie chinoise n’empêche pas au pays d’enregistrer une croissance de 7,7% sur les trois premiers trimestres, ce qui n’est pour l’instant pas alarmant. Car pour éviter des tensions sociales plus élevées, la Chine a besoin d’une croissance minimum de 7%, afin de créer des emplois pour les jeunes arrivant sur le marché et contenter les chinois licenciés dans les entreprises industrielles, dont les carnets de commande s’amenuisent.

La nouvelle équipe dirigeante devrait lancer un plan de relance après le congrès du PCC, pour que « plus de Chinois partagent les fruits de la croissance », a indiqué Wen Jiabao, actuel Premier ministre, en janvier 2012. L’objectif du gouvernement sera également de maintenir la stabilité des prix ainsi qu’un développement économique rapide.

Dès le début de l’année et pour anticiper le Congrès, le Premier ministre a estimé que la Chine devait changer de modèle de développement pour « attacher plus d’importance au mode de vie des gens, et laisser la population partager les fruits de la réforme« , a cité Xinhua.

Résoudre le problème de la migration

Seconde puissance économique mondiale, la Chine est devenue en plusieurs décennies l’un des pays les puissants au monde. A contrario des modèles occidentaux, l’Empire du milieu est parvenu à imposer un modèle spécifique et une croissance impressionnante.

Malgré des données économiques enviables en Occident, la Chine possède plusieurs points noirs, notamment le vieillissement de la population, l’accroissement des inégalités, et entre autre la baisse de la natalité depuis la mise en place de la politique de l’enfant unique dans certaines régions dans les années 1970.

Sans compter sur l’exode rural qui creuse de plus en plus les inégalités entre ville et campagne obligeant Beijing à réorganiser son urbanisme. Aujourd’hui, près d’un chinois sur deux, vit en ville.

Chaque année, près de 10 millions de Chinois sont reclassés de ruraux à urbains et environ 1,5 millions de migrants vivraient en ville sans autorisation.  Le taux d’urbanisation de la Chine, mesuré par le pourcentage de sa population vivant dans les villes, s’oriente autour de 48%, d’après les statistiques officielles.

Pour pouvoir retourner la situation et permettre aux migrants de rester dans leurs provinces, Beijing a lancé en 2011 un plan de développement économique et social dans les différentes campagnes du pays. Ce plan se met progressivement en place, mais pourrait être accéléré face à la crise économique et à la nécessité de mettre en place un nouveau modèle de développement. Beijinig devra donc investir à long terme à l’intérieur du pays.

Xi Jinping, nouvel homme fort de Chine

Considéré comme l’homme le plus puissant du monde en 2011, Hu Jintao, 70 ans est secrétaire général du PCC depuis 2002 et président de la République démocratique de Chine depuis mars 2003. Ce dernier devra laisser sa place à son vice-président, Xi Jinping, 59 ans, qui devra répondre aux besoins immédiats pour éviter toute révolte et surtout relancer la dynamique économique du pays.

Issu d’une famille victime de la Révolution culturelle, le père de Xi Jinping, Xi Zhongxun, était vice-Premier ministre « purgé » puis réhabilité après la mort de Mao Zedong. Ce « fils de prince » est un urbain, avec une personnalité ouverte. Il est marié en secondes noces, avec une chanteuse de variétés très populaire, l’incantatrice Peng Liyuan, qui a le grade de générale dans l’armée.

En dépit d’un curriculum imposant, « ses idées ? Son programme ? Nous n’en savons rigoureusement rien ! Il parle peu et ses déclarations peuvent sembler contradictoires », a expliqué François Godement.

Quant au Premier ministre Wen Jiabao, il devrait être remplacé par l’actuel vice-premier ministre, Li Keqiang. Agé de 57 ans, ce proche de Hu Jintao a été Secrétaire de la Ligue de la jeunesse communiste de l’université de Pékin. Élu au Comité permanent du Politburo, en 2007, Li Keqiang devient vice-Premier ministre lors du Congrès de l’Assemblée nationale populaire, en 2008.

Parmi les neuf ou sept membres pressentis du comité permanent du bureau politique du Parti communiste : l’actuel ministre des Finances, Wang Qishan, 64 ans, Liu Yunshan, 65 ans, ministre de l’Information, Li Yuanchao, 61 ans, responsable du fonctionnement interne du parti; Zhang Dejiang, 65 ans, qui a pris la direction de la ville de Chongqing après la disgrâce de Bo Xilai; et Zhang Gaoli, 65 ans, chef du parti à Tianjin, autre municipalité autonome.

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