Des économistes doutent des chiffres du gouvernement

par | Jan 19, 2019 | ECONOMIE

La croissance chinoise pourrait être plus lente, contrairement aux chiffres officiels présentés ces derniers temps. Pour certains experts, la Chine est beaucoup plus vulnérable à la conjoncture actuelle, qu’elle ne veut le montrer.

D’après le Conference Board, un groupe de recherche économique, l’économie chinoise n’a augmenté que de 4,1% en 2018, au lieu des 6,5% qui devraient être annoncés lundi par le gouvernement.

Des économistes chinois et étrangers estument depuis longtemps que les statistiques chinoises sont régularisé, afin que le taux de croissance annuel correspond à l’objectif officiel fixé.

Le gouverneur du Liaoning a ainsi admis en 2017 que cette province industrielle du Nord-Est avait falsifié ses chiffres pendant des années.

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Les économistes ont rappelé la note confidentielle publiée par WikiLeaks en 2010, citant l’actuel Premier ministre Li Keqiang, qui affirmé en 2007, alors qu’il était gouverneur de province, que certaines données étaient « fabriquées ».

Le Conference Board, dont les recherches sont largement suivies par les investisseurs et les décideurs, calcule son PIB alternatif pour la Chine depuis 2014.

David Hoffman, vice-président pour la région Asie-Pacifique de la Conference Board, a expliqué qu’il possédait ses propres méthodes de calcul de la croissance du secteur des services et de la production industrielle, afin de réduire les distorsions dans les mécanismes de fixation des prix officiels.

La croissance du PIB est toujours un sujet sensible pour le gouvernement qui ne tient pas à montrer sa vulnérabilité face aux facteurs extérieurs. Elle aussure aussi la légitimité du gouvernement à se maintenir au pouvoir sur la promesse d’une économie prospère et de la hausse du niveau de vie.

Pour David Hoffman, si les statistiques de son organisation sont exactes, « cela plaide pour des réformes économiques substantielles (en Chine) d’autant plus urgentes », que les conflits commerciaux s’intensifient et la demande mondiale ralentit.

Pour Xiang Songzuo, professeur de finance à l’Université du Peuple de Pékin, en décembre 2018 l’augmentation du PIB en 2018 pourrait ne pas avoir dépassé 1,67%, voire avoir été négative.

La Chine ne nie pas un problème de données. Le BNS a d’ailleurs récemment annoncé qu’il allait lancer une offensive contre la falsification des statistiques — une première — et mettre en place un système « unifié » et national de calcul de la croissance.

Il se peut qu’il n’en apprécie pas les résultats en 2019… En 2018, la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis a peut-être eu pour effet de relancer temporairement les exportations de la Chine, avec des expéditions précipitées en prévision de l’entrée en vigueur des droits de douane américains.

Mais les exportations de décembre ont finalement chuté de 4,4% sur un an et Gao Yuan, économiste du Conference Board, estime que les pressions externes sur l’économie chinoise « devraient se manifester de manière plus significative » en 2019.

Or, Pékin fait déjà face à un ralentissement économique, à des niveaux préoccupants de dette et peine à réorienter vers la consommation son modèle actuel basé sur les exportations, le secteur manufacturier et les investissements.

Pour le Conference Board, le PIB de la Chine ne croîtrait en moyenne que de 3,8% en 2019-2023 et de 3,4% en 2024-2028.

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