Une délégation du Parlement européen est arrivée à Taïwan le 3 novembre 2021, afin d’établir des liens plus étroits avec l’île, malgré les avertissements de la Chine.

Le groupe de sept membres dirigé par l’eurodéputé français Raphaël Glucksmann rencontrera la dirigeante taïwanaise Tsai Ing-wen et d’autres hauts responsables au cours de ce voyage de trois jours, a indiqué le ministère des affaires étrangères de Taiwan.

Il s’agit de la première délégation «officielle» du Parlement européen en visite à Taiwan. «Nous attendons avec impatience des discussions fructueuses sur la défense de la démocratie, de la liberté, de l’État de droit et du respect des droits de l’homme avec nos partenaires européens partageant les mêmes idées», a ajouté dans un communiqué le ministère des affaires étrangères de Taiwan.

Raphaël Glucksmann, virulent critique de la Chine, faisait partie des cinq législateurs sanctionnés par Pékin en mars. «Ni les menaces, ni les sanctions ne m’impressionneront. Jamais. Et je continuerai, toujours, à me tenir aux côtés de ceux qui se battent pour la démocratie et les droits humains. Alors voilà : je pars à Taïwan», a-t-il tweeté.

La mission chinoise à Bruxelles avait déjà prévenu qu’une visite des députés européens à Taïwan «porterait atteinte aux intérêts fondamentaux de la Chine et compromettrait le développement sain des relations Chine-UE».

La Chine avait vivement réagi en octobre 2021 à la visite d’un groupe de sénateurs français à Taïwan et à celles du ministre taïwanais des affaires étrangères, Joseph Wu, en Slovaquie et en République tchèque.

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Au premier jour de sa visite officielle à Taiwan, la délégation du Parlement européen a discuté avec le premier ministre Su Tseng-chang des moyens d’approfondir les échanges et la coopération entre Taiwan et l’Union européenne (UE).

Elle s’est également entretenue avec le ministre des Affaires étrangères Joseph Wu et le ministre des Affaires continentales Chiu Tai-san. « Bien que Taiwan et l’UE soient géographiquement éloignés, ils adhèrent tous deux aux valeurs communes de liberté, de démocratie, de droits de l’homme, de libre-échange et de lutte contre la désinformation » a souligné Su Tseng-chang en recevant la délégation au Yuan exécutif.

L’UE, dont Taiwan est le cinquième partenaire commercial en Asie, est le premier investisseur étranger à Taiwan et son cinquième partenaire commercial, a-t-il rappelé. Selon lui, ces dernières années, la coopération bilatérale s’est renforcée, notamment avec la tenue au mois de mars 2021 du Forum UE-Taiwan sur les chaînes de valeur.

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Taiwan et l’UE, a encore relevé le premier ministre, ont su s’épauler face à la pandémie de Covid-19. En 2020, Taiwan a fait don de 7 millions de masques aux Etats membres de l’UE ; et lorsque Taiwan a fait face cette année à des délais de livraison de vaccin, la Lituanie, la République tchèque, la Slovaquie, la Pologne, entre autres pays, lui ont livré des doses.

Le Parlement européen a pris bonne note de ces évolutions et adopté le mois dernier à une très large majorité le Rapport sur les relations politiques et la coopération entre l’UE et Taiwan, a salué Su Tseng-chang.

Ce dernier a indiqué que « le rapport souligne la nécessité urgente de lancer une étude d’impact, une consultation publique et une étude exploratoire » sur un accord bilatéral d’investissement entre l’UE et Taiwan, et a suggéré de changer le nom du Bureau économique et commercial européen de Taipei en Bureau de l’UE à Taiwan.

De son côté, le premier ministre a remercié le Parlement européen pour son soutien répété à la demande de participation de Taiwan aux activités, réunions et mécanismes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

L’organisation pour la première fois d’une délégation officielle pluraliste du Parlement européen à Taiwan montre que l’UE et ses Etats membres prêtent attention à Taiwan, a pour sa part déclaré Raphaël Glucksmann, président de la commission spéciale du Parlement européen sur l’ingérence étrangère dans l’ensemble des processus démocratiques de l’Union européenne, y compris la désinformation (INGE).

Le monde ne comprend pas «à quel point il est difficile et courageux» d’édifier une démocratie tout en étant sous la menace d’un régime autoritaire, a affirmé l’eurodéputé français. De ce point de vue, la commission spéciale INGE considère Taiwan comme un laboratoire de lutte contre les interventions étrangères et comme une base pour la défense de la démocratie, a expliqué ce dernier.

Les autres membres de la délégation sont Andrius Kubilius et Petras Austrevicius, de Lituanie, Markétka Gregorová, de la République tchèque, Andreas Schieder, de l’Autriche, Georgios Kyrstos, de la Grèce, et Marco Dreosto, de l’Italie.