Par Alhassane Diop – C’est l’histoire d’une jeune dame qui soumet toute son existence au service d’une si noble cause qu’est la santé. L’idylle avec la Médecine Traditionnelle Chinoise (MTC) date de sa prime enfance.

Dr. Mame Awa Ly Fall

Tout de même, elle fait l’effort de se rendre à plus de 10000 kms de chez elle pour appliquer cette recommandation du Prophète de l’Islam qui enjoint d’aller jusqu’en Chine pour chercher la connaissance.

Précurseur de cette forme de thérapie sur l’échiquier sénégalais – abstraction faite des missions médicales étrangères – elle installe sur le marbre de l’histoire médicale nationale, cette science qui vient garnir d’un cran supérieur le plateau dakarois.

Moins de 5ans qu’elle est installée au cœur de l’université de Dakar, dans l’enceinte de l’Institut Confucius, le logis devient de plus en plus étroit pour la floraison de patients qui la rendent visite quotidiennement, qui par besoin d’alternative, qui pour du tourisme médical, qui par goût du bien-être.

L’ambition est grande : « faire le détour de la médecine chinoise pour systématiser la médecine africaine ! ». Sur ce chemin qui exige plus que des parchemins légitimant, le Dr Diop, faisant du temps son meilleur allié, s’arme pour autant de patience et de persévérance.

La thèse de généraliste en poche et celle de spécialisation s’offrant déjà à son horizon soudainement rendue hirsute par la pandémie, son cap est déjà projeté sur le postdoc. Comme elle a coutume de dire : « Only Sky is the limit ! » Sacré toubib !

Pour quelles raisons avez-vous choisi d’étudier la médecine chinoise ?

Je suis partie en Chine en 2007 après l’obtention de la bourse d’excellence pour y suivre des études en médecine moderne que j’avais entamées à l’université de Dakar un an auparavant, juste après mon baccalauréat. C’est arrivé en Chine que je me suis rendu compte qu’il m’était possible de suivre un programme d’intégration des deux médecines. Je me suis ainsi dit que mieux valait s’intéresser à cette option puisque j’étais venue jusqu’en Chine. Autrement, cela revenait quasiment à la même chose que de rester au pays. Il me faut également ajouter que la médecine chinoise ne m’était pas étrangère car j’eus par le passé entendu mon père parler de la mission médicale Chinoise de Ziguinchor. A cela, il faut ajouter que l’acupuncture que je voyais dans les films chinois que j’aimais regarder m’étonnait beaucoup.

De nos jours, quel est le niveau de pénétration de cette médecine au Sénégal et en Afrique ?

Je me rends compte que les sénégalais s’intéressent de plus en plus à cette médecine qui, en réalité, ne nous est pas étrangère du tout en ce sens qu’elle est très proche de notre médecine traditionnelle sénégalaise et africaine. Dans les deux types de médecine, nous avons un traitement à base de plantes communément appelé phytothérapie. Par contre, la médecine chinoise dépasse celle africaine au niveau de la maitrise des dosages, des indications des plantes, leurs vertus, et les modes d’emploi. A cela, il faut ajouter les autres méthodes de traitement que regorge la médecine chinoise telles que l’acupuncture. Celle-ci est devenue une véritable alternative aux antalgiques et anti-inflammatoires pour bon nombre de patients qui souffrent de douleurs lombaires. Il y a par ailleurs les traitements par ventouse, par moxa, qui soulagent les douleurs des patients.

Nous avons globalement la même tendance en Afrique où, l’Afrique du Sud qui dispose du plus grand nombre de physiciens de la médecine chinoise à l’échelle continentale. Cela est lié au fait qu’il y a une grande diaspora chinoise qui y est installée depuis fort longtemps. A cela, il faut également ajouter le fait qu’il y a beaucoup de laboratoires pharmaceutiques chinois qui y sont installés, ce qui leur facilite leurs prescriptions. A côté de ce plus grand marché que constitue l’Afrique du Sud, il y a aussi les pays de l’Afrique de l’Est tels que le Kenya, la Tanzanie, l’Ethiopie dans lesquels un certain dynamisme est remarqué. C’est à la fois le fait des installations progressives de grandes communautés chinoises dans ces pays, mais aussi l’intérêt que des ressortissants de ces pays portent à cette forme de médecine. En Afrique de l’Ouest, nous avons l’un des premiers étrangers à avoir obtenu un doctorat en médecine chinoise. C’est un malien qui s’appelle Boubacar DIARRA. Il est installé en Chine mais vient souvent en Afrique. Je dois ajouter également que j’avais dans ma promo des camarades gabonais, ghanéens, congolais, camerounais…

Aujourd’hui, quels liens continuez-vous d’entretenir avec la Chine ?

Un lien affectif d’abord. Il faut savoir que j’ai passé une décennie en Chine. Je continue d’y aller pour des voyages d’étude. Il faut savoir aussi que j’y ai un père adoptif (éclat de rire). Il s’agit de mon professeur – superviseur, mon directeur de thèse. Un lien académique ensuite sachant que les deux sont liés. En plus, je continue de me fournir en produits médicinaux en Chine.

La pandémie de COVID-19 a-t-elle impacté vos approvisionnements en médicaments ?

Absolument. C’est le cas de tous ceux qui travaillent avec la Chine. Entre logistique perturbée avec les retards d’avions et de bateaux, arrêt de travail de nos fournisseurs, les ruptures de stocks sont inévitables.

Quelle a été la contribution de la médecine chinoise dans la gestion de la pandémie de COVID-19 ?

Depuis le début de la pandémie, les spécialistes de la médecine Chinoise se sont activés pour accompagner le traitement conventionnel. Et ce n’est pas quelque chose de nouveau car c’est la médecine Chinoise qui avait beaucoup aidé à contrôler l’épidémie de Sars Cov1 qui avait sévi en Chine en 2003. Cette fois-ci, c’était un sentiment de déjà-vu. C’est pourquoi ils ont su très tôt adopter les méthodes de traitement proposées par la médecine Chinoise en complément du traitement conventionnel aussi bien pour l’aspect préventif que thérapeutique. Presque tous les chinois connaissent ces formules dénommées Hubei Yi Hao Fang 湖北一号预防方 ou bien Qing Fei Pai Du Tang 清肺排毒 entre autres formules dans la prévention et le traitement de la maladie.

Quelles sont vos perspectives professionnelles avec la Chine ?

C’est d’abord de terminer ma spécialisation. C’est ensuite de trouver un postdoc qui me permettra d’essayer de systématiser la médecine africaine en s’inspirant de la chinoise.