Face au manque d’enseignant dans les zones rurales du pays, certaines institutions ont décidé de développer l’apprentissage en ligne afin de réduire la distance entre enseignement et enfants isolés.

Depuis 2012, des écoles des zones rurales ont profité des investissements publics dans l’éducation, afin de développer de nouvelles infrastructures et équipements. Ces investissements ont ainsi représenté plus de 4% du PIB, soit près de 3,4 milliards de yuans (425 milliards d’euros) en 2017.

Cependant, le principal obstacle à l’éducation des enfants des zones rurales est le manque d’enseignants pouvant occuper ces postes dans des régions pauvres et isolées. En dépit des mesures prises par le gouvernement pour encourager et retenir davantage d’enseignants en milieu rural les effectifs continuent de chuter.

En effet, le gouvernement propose des salaires plus élevés, des subventions et même une éducation universitaire gratuite pour les enseignants en formation qui s’engagent à travailler dans les zones rurales pendant un certain temps.

Selon les dernières données du ministère de l’Éducation, il y avait 4,7 millions d’enseignants en milieu rural en 2010, mais leur nombre est tombé à 3,3 millions en 2013. Raison pour laquelle, de nombreux experts ont proposé l’apprentissage en ligne.

Un enseignement efficace pour les enfants

En 2016, l’école primaire Xinxing dans la ville de Ninglang (Yunnan), deux professeurs d’anglais enseignent. L’un en classe, et l’autre est un enseignant étranger qui fournit des cours en ligne.

La plupart des cours sont dispensés gratuitement par des entreprises d’enseignement dans le cadre de leurs programmes de responsabilité sociale. Pour de nombreux enfants, voir une personne étrangère est un moment exceptionnel.

«Pour la première fois de ma vie, je peux voir une personne étrangère me parler en anglais. Je suis tellement excitée», a expliqué une petite de 12 ans au China Daily. L’enseignant – de l’autre côté de l’écran – a montré à ses élèves des photos de bâtiments et d’icônes emblématiques, tels que la Tour Eiffel, la Statue de la Liberté, le Metropolitan Museum of Art et le London Eye.

Dès lors, ces cours hebdomadaires ne sont plus seulement un apprentissage de langue mais «une fenêtre sur le monde extérieur et me font penser qu’un jour, je pourrai franchir plus de montagnes et voir ce que le monde a à offrir», pour la jeune fille.

Le programme d’anglais en ligne a été lancé en 2016 par VIPKID, un fournisseur d’éducation de Beijing. D’après Zhong Haomei, responsable du service des relations publiques de la société, en août, plus de 300 enseignants étrangers sur la plateforme avaient enseigné environ 3 000 classes dans plus de 300 écoles rurales.

«Un écran est installé dans la salle de classe afin que les étudiants puissent voir leur professeur en temps réel via la plate-forme d’apprentissage en ligne», a expliqué cette dernière. «Dans le passé, les étudiants ruraux comme ceux-ci utilisaient des manuels qui n’avaient pas été mis à jour depuis longtemps et leurs professeurs de langue parlaient très mal l’anglais», a indiqué Zhong Haomei.

De son côté, Wu Xingzhen, directeur de l’école primaire Xinxing, a expliqué au China Daily que «la plupart des étudiants suivent des cours en ligne au moins une fois par semaine, ce qui les a aidés à obtenir de meilleures notes et à être plus confiants dans l’expression de leurs points de vue et leur participation. De plus, les cours à distance sont un moyen très efficace de partager des ressources éducatives de haute qualité et de fournir un service d’enseignement précis et personnalisé».

Un outil encore controversé

Un certain nombre de fournisseurs d’enseignement ont lancé des plates-formes gratuites pour offrir aux étudiants des zones rurales un éventail plus large de ressources pédagogiques, note le quotidien.

En 2017, le groupe TAL Education à Beijing a lancé la plate-forme Xiwang Online Education Public Welfare, dans laquelle des enseignants expérimentés dispensent des cours gratuits dans divers domaines. La plate-forme propose aux étudiants d’étudier des sujets que leurs enseignants sur place ne leurs donnent pas, comme les arts, la musique, …

Man Chao, directeur principal du département de responsabilité sociale d’entreprise de TAL, a expliqué que «la plate-forme visait à responsabiliser les étudiants des zones rurales en les aidant à acquérir les connaissances et les compétences les plus récentes, afin de s’intégrer facilement à la société urbaine». D’ailleurs, «quand ils interagissent avec des enfants des villes, ils ne se sentent pas différents» a indiqué ce dernier.

Les cours en ligne entrent dans le cadre de la stratégie du ministère de l’Éducation visant à associer les écoles rurales à des «ressources pédagogiques ouvertes et excellentes». En 2016, environ 87% des écoles primaires et secondaires avaient accès à Internet, selon le ministère.

En dépit des avantages cités, Xiong Bingqi, directeur adjoint de l’Institut de recherche sur l’éducation du 21e siècle à Beijing, ne considère pas l’apprentissage en ligne comme solution à la pénurie d’enseignants dans les zones rurales.

«L’éducation ne se limite pas aux connaissances transmises des enseignants aux étudiants. L’apprentissage provient également du comportement de l’enseignant et de sa personnalité» a expliqué ce dernier, pour qui «ces interactions entre enseignants et étudiants, ainsi qu’entre étudiants, sont perdues lorsque les cours sont organisés via des machines et des écrans».

Xiong Bingqi souhaite que le gouvernement prenne des mesures «pour attirer, former et fidéliser des enseignants compétents dans les zones rurales». En juillet, les autorités éducatives et financières ont dévoilé le projet «Silver Age», qui vise à encourager 10 000 enseignants à la retraite à reprendre le travail dans les trois prochaines années en tant qu’enseignants et directeurs d’écoles primaires et de collèges en milieu rural.

Les anciens retraités recevront un salaire approprié, alimenté par une subvention annuelle de 20 000 yuans (2 680 €), selon le China Daily. Le projet met davantage l’accent sur les écoles dans les régions touchées par la pauvreté, afin d’améliorer la qualité de l’éducation et d’équilibrer les inégalités en matière d’éducation entre les zones urbaines et les zones rurales.