Alors que tout le monde s’attendait à la signature de lancement de la construction de la centrale nucléaire de Hinkley Point, le nouveau gouvernement de Theresa May fait machine arrière et préfère étudier les pièces de l’accord, au grand damne de la Chine.

Le 1er août, l’ajournement de la décision du gouvernement britannique sur la construction de la centrale nucléaire à Hinkley Point a suscité de vives réactions à Beijing. Le ministère chinois des affaires étrangères avait indiqué que « l’accord de la construction de cette centrale nucléaire a été convenu par la Chine, le Royaume-Unis et la France, pour les intérêts réciproques et une coopération gagnant-gagnant ».

Le gouvernement chinois espérait une prise de « décision le plus tôt possible du gouvernement britannique pour renforcer le bon déroulement des programmes concernés« .

Le 9 août, le ton change. L’ambassadeur de Chine à Londres, Liu Xiaoming, a estimé que les relations sino-britanniques se trouvaient à un « tournant crucial » après la décision de la Première ministre Theresa May de repousser la signature du projet de réacteurs nucléaires de type EPR, à Hinkley Point.

Ce dernier espère que « le Royaume-Uni ouvrira ses portes à la Chine et que le gouvernement britannique continuera à soutenir Hinkley Point et prendra une décision aussi vite que possible pour que le projet puisse continuer sans accroc« , a-t-il écrit dans le quotidien Financial Times.

Hinkley_Point_Nuclear_Power_Station

Hinkley Point Nuclear Power Station

Initié en 2005 par l’ex Premier ministre britannique, Tony Blair, le projet de construction de la centrale nucléaire Hinkley Point C visait à garantir un approvisionnement suffisant en électricité à toute la Grande Bretagne.

L’entreprise nucléaire française EDF, grande gagnante de l’appel d’offre pour un contrat de plus de 20 milliards d’euros, est choisie pour lancer les travaux. Or contraint par la crise de la dette souveraine en Europe, EDF a dû faire appel à des investisseurs étrangers, principalement chinois.

Mais à peine la construction de la centrale nucléaire lancée, que le nouveau gouvernement britannique a décidé de se donner plus de temps pour se prononcer sur ce chantier. Le nouveau ministre britannique des Entreprise et de l’Energie, Greg Clark, a annoncé le 28 juillet que le gouvernement allait « examiner avec soin » le projet et ne rendrait pas sa décision finale avant le début de l’automne.

Surprise à EDF, dont le conseil d’administration venait d’approuver le lancement de la construction de 2 réacteurs EPR à Hinkley Point. Le PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, a indiqué que « le gouvernement britannique qui doit être partie prenante à la signature au titre d’un certain nombre d’engagements, en matière de tarifs, de gestion des déchets et quelques autres, a fait comprendre hier soir qu’il n’est pas en mesure de le faire dès maintenant. Il n’y a pas de contrat signé aujourd’hui, il y a seulement eu des intentions« .

Theresa May, Premier ministre britannique

Theresa May, Premier ministre britannique

La nouvelle Première ministre, Theresa May, dont son co-directeur de cabinet est  connu pour son hostilité avérée contre la présence chinoise dans le nucléaire britannique, a décidé d’étudier le dossier, dont le rapport du National Audit Office, équivalent de la Cour des comptes française. Ce dernier a mit en exergue l’envolée de la subvention assumée par le contribuable, la chute des prix de marché de l’électricité augmentant l’écart avec le prix garanti à EDF par les autorités.

Du côté de Beijing, les médias officiels assurent que « malgré l’investissement qualifié de plus cher de l’Histoire, la valeur de la nouvelle centrale nucléaire réside essentiellement dans les intérêts stratégiques attendus par les trois pays » (Royaume-Uni, Frane, Chine).

D’autant plus que la Chine attend beaucoup de ce projet, car il serait le 1er pas vers « l’exportation de son industrie énergétique et des infrastructures associées« , dans une conjoncture économique encore instable. De fait, la remise en cause de ce projet est la démonstration pour Beijing d’un tournant dans ses relations avec Londres.

« La coopération sur le projet Hinkley Point aurait représenté un signe de confiance mutuelle entre le Royaume-Uni et la Chine, qui venaient de renforcer leur amitié suite à la visite d’Etat du président Xi Jingping en 2015« , a écrit l’agence de presse Xinhua, qui déplorent « les suspicions nées de ce revirement risquant de ternir l’âge d’or des relations sino-britanniques« .

Pour le Financial Times, les déclarations de l’ambassadeur Liu Xiaoming constituent « le plus sévère avertissement lancé par les autorités chinoises au gouvernement britannique » à propos de ce programme nucléaire valant des milliards de livres. Pour le quotidien économique, les relations bilatérales parviennent « à un point critique historique ».