Plus de 2,2 millions de personnes, ont voté ce dimanche 4 septembre, pour les élections au Conseil législatif (Legco), au cours desquelles, des partisans indépendantistes et autonomistes ont été élu à Hong Kong, ancienne colonie britannique, passé sous le giron chinois en 1997.

Certains bureaux de vote sont restés ouverts jusque tard dans la nuit, en raison de la foule record venue voter. D’ailleurs, la commission des affaires électorales a annoncé que la participation avait atteint 58% des 3,7 millions d’électeurs inscrits, soit la plus forte mobilisation observée depuis la rétrocession à la Chine. En 2012, ils étaient 53% et 45% en 2008, une participation symbolique pour les nouvelles formations politiques et une leçon à tirer pour les partis traditionnels.

Maintenir la pression pour l’indépendance

Quatre jeunes militants prônant une rupture radicale avec Beijing ont été élus au Conseil législatif, 2 ans après les grandes manifestations pro-démocratie de 2014, placé sous le nom de Mouvement des parapluies.

Nathan Law, Alex Chow et Joshua Wong en 2015

Nathan Law, Alex Chow et Joshua Wong

Parmi eux, Nathan Law, 23 ans, un des chefs de file de la contestation et cofondateur de Demosisto. « Je suis bouleversé », a-t-il déclaré à la presse. « Nous héritons de l’esprit du mouvement et j’espère que nous pourrons continuer à l’avenir », a indiqué ce dernier.

« Nous devons encore nous unir afin d’avoir plus de puissance pour lutter contre le Parti communiste chinois », a-t-il assuré. D’ailleurs à peine élu, son parti a annoncé son intention d’organiser un grand référendum d’autodétermination d’ici dix ans. Période cruciale car l’autonomie négociée en amont de la rétrocession de 1997 prendra fin en 2047.

Cependant ce projet qui sera certainement interdit par le gouvernement, d’autant que le bureau du gouvernement chinois pour Hong Kong et Macao s’est dit « résolument opposé » à toute activité indépendantiste au sein du Legco, dans un communiqué.

Six autres candidats pro-démocratie avaient été interdits de candidature en juillet dernier par la commission électorale car ils avaient défendu l’indépendance du territoire et avaient pour certains refusés de signer une déclaration affirmant qu’Hong Kong fait partie d’une seule Chine.

Mais pour Nathan Law, « les Hongkongais veulent vraiment le changement« , a-t-il déclaré lors du dépouillement, ajoutant que « les jeunes ont un sentiment d’urgence en ce qui concerne leur avenir ». Interrogé par Le Monde, l’analyste hongkongais Joseph Cheng, a indiqué que « cette élection se caractérise en grande partie par des changements intergénérationnels de dirigeants politiques ».

Beijing « sera très mécontent » des résultats

289 candidats se sont opposer les 70 sièges du Conseil législatif, dont 35 ouverts au vote direct des résidents et 30 soumis au vote des corps constitués. 5 autres sièges sont attribués par le biais d’élection de candidats déjà élus locaux.

40 sièges ont été remporté par les pro-gouvernementaux, 22 par les démocrates, et 8 les « localistes » et radicaux. Plusieurs vétérans démocrates du Labour Party, quittent le Conseil législatif, comme Lee Cheuk-Yan et Cyd Ho.

Le départ de ces vétérans va permettre l’arrivée de jeunes visages, symboles désormais de l’émergence dans la vie politique d’une nouvelle génération, déterminée à se faire entendre face à Beijing. D’ailleurs, Nathan Law, 23 ans, a détrôné le célèbre député et puissant, le patron de télévision Ricky Wong, du Parti libéral (pro-Pékin).

Youngspiration parti politiqueLe leader du parti localiste « Youngspiration« , Baggio Leung, 30 ans, et sa partisane, Yau Wai-ching, 25 ans, ont été élus. Ainsi que l’activiste écologiste Chu Hoi-dick, 38 ans, a également surpris en remportant le plus grand nombre de voix de sa circonscription, les Nouveaux Territoires Ouest.

« Parmi les résultats surprenants, celui du candidat indépendant Eddie Chu Hoi-dick, qui a explosé les records en remportant 84’000 voix, un score surprenant pour un militant dans le domaine social sans soutien d’aucun parti » a indiqué le South China Morning Post.

Cependant, pour Beijing « sera très mécontent de ce résultat et il est très possible qu’il s’en serve comme prétexte pour resserrer encore plus durement l’étau sur Hong Kong », a estimé auprès de l’Agence France Presse, l’analyste politique Willy Lam.

 D’après Le Monde et l’AFP, « plusieurs soupçons de bourrage d’urnes ou de manipulations ont fait surface alors que le dépouillement se prolongeait ». Sixtus Leung de Youngspiration a indiqué à Radio Television Hongkong qu’au bureau de vote de Tseung Kwan O, 6’000 bulletins de vote avaient été attribués alors que les urnes en avaient retourné 6’300.