Novembre 2016, les douaniers hongkongais ont intercepté des équipements militaires venant de Singapour en transit dans leur port. 9 véhicules blindés de transport de troupes étaient transité vers Singapour, de retour d’un exercice militaire à Taïwan.

Beijing a rapidement réagi, un porte-parole du ministère des affaires étrangères a indiqué que le gouvernement « vérifie les détails de cette saisie« , tout en rappelant que la Chine est « de longue date résolument opposée à des échanges officiels, y compris de coopération militaire, entre Taïwan et tout pays avec lequel la Chine entretient des liens diplomatiques ».

De son côté, le ministre singapourien des affaires étrangères, Vivian Balakrishnan, avait tenté de minimiser l’affaire en déclarant au quotidien de Singapour, The Straits Times, qu’il ne s’agissait « pas d’un incident stratégique ». Pourtant, le ministère a appelé Singapour à « adhérer strictement à la politique d’une seule Chine« .

Le 17 janvier, la porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères, Hua Chunying, répondait à une question sur le retour des blindés à Singapour. Cette dernière  a assuré que « la Chine est attachée à ses relations avec Singapour. Dans le même temps, elle est inébranlable dans sa position d’une seule Chine. Nous espérons que le gouvernement singapourien respectera effectivement et scrupuleusement la politique d’une seule Chine ».

Une semaine plus tard, les autorités de Hong Kong ont annoncé qu’elles libéraient les véhicules blindés. Cette libération intervient après l’envoie d’un courrier du Premier ministre singapourien Lee Hsien Loong au président-directeur général de Hong Kong, Leung Chun-ying, lui demandant le retour des transporteurs.

La saisie de cet équipement militaire était le signe d’un net refroidissement des relations entre la Chine et Singapour. En effet, la cité-état a établi depuis longtemps une relation militaire avec l’île de Taïwan. Un accord toléré à contrecœur par Beijing, qui a cependant avertit à plusieurs reprises les autorités Singapouriennes de rester hors du conflit en mer de Chine méridionale.

Bien que Singapour n’est pas concerné par le conflit territorial en mer de Chine méridionale entre la Chine et ses voisins (Philippines, Taïwan, Brunei, Malaisie, Vietnam), la survie économique du pays dépend de la liberté de navigation dans la région. D’autant plus que Singapour est la porte d’entrée des marchés asiatiques et tient à le rester, via son port.

Mais pour les analystes cités par l’agence de presse, Reuters, Singapour doit désormais s’adapter à l’évolution du climat géopolitique de la région. « Tout cet incident nous rappelle que les choses sont dans un état de flux », a déclaré à l’agence britannique Gillian Koh, directeur adjoint de la recherche à l’Institute of Policy Studies de Singapour. Pour lui, « nous ne savions pas que nous pouvions être touchés ou influencés par cet état de flux« , mais désormais le pays fait face à une situation explicite et tendue.

Certains ont estimé que le rapprochement entre les Etats-Unis et Singapour serait la raison de la libération de ces blindés. En effet, Beijing serait inquiet de la position du nouveau président américain Donald Trump sur le principe d’une seule Chine. Or pour s’assurer des alliés dans la région asiatique, Beijing préfère tempérer et jouer la carte du soft power.