De notre partenaire ChinafriqueCom – Tribune de Zhang Zhongxiang, directeur et professeur au Centre d’études africaines de l’Ecole normale supérieure de Shanghai.

Une récente étude de l’organisation britannique Jubilee Debt Campaign a montré que la dette de certains pays d’Afrique subsaharienne avait augmenté de 50% au cours des deux dernières années, atteignant son plus haut niveau depuis 2005. Des institutions internationales telles que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) ont également émis des avertissements concernant une possible crise de la dette sur le continent. Certains pays d’Afrique subsaharienne s’exposeraient à des risques de surendettement à la suite d’emprunts massifs et de déficits béants, avertissait le FMI en mai.

En fait, la crise de la dette africaine actuelle ne touche que 12 pays qui ne représentent que 22% du nombre total d’États africains. En outre, comparé au niveau historique le plus élevé de la dette africaine, le risque actuel n’est pas hors de contrôle. En 1999, la dette extérieure de l’Afrique se chiffrait à 350 milliards de dollars, soit 93% du produit intérieur brut (PIB) des pays africains (à l’exclusion de l’Afrique du Sud). À l’heure actuelle, la dette extérieure de l’Afrique représente moins d’un tiers de son PIB total. En 2015, 2016 et 2017, la dette extérieure de l’Afrique représentait respectivement 27,8%, 31,1% et 32,4% de son PIB.

Facteurs contribuant à la dette

L’augmentation actuelle de la dette en Afrique résulte principalement de la baisse des prix des matières premières et du ralentissement de la croissance économique.

Ces dernières années, la faible demande pour les produits en vrac a entraîné une baisse des prix des matières premières. Le prix du pétrole brut, par exemple, est passé de 114,8 dollars (105 €) le baril en janvier 2014 à une moyenne de 43 dollars (37 €) en 2016. Les prix des matières premières métalliques ont diminué de 6 % en 2016 par rapport à 2015. Depuis 2014, l’indice des prix des produits de base a ainsi chuté de plus de 40%.

La structure économique peu diversifiée des pays africains entraîne une forte dépendance sur le marché mondial. Ainsi, le moindre changement de prix des produits de base a un impact considérable sur leur développement économique. Cet effet néfaste est particulièrement visible dans les pays qui dépendent de l’exportation de matières premières. Le taux de croissance en Afrique est passé d’environ 5-6 % à 3,7 % en 2015 et 1,7 % en 2016. Les revenus fiscaux ont connu une baisse semblable, passant de 499 milliards de dollars en 2014 à 444 milliards de dollars (404 mds €) en 2016, ce qui affecte la capacité des pays à rembourser leurs dettes.

En outre, la reprise du dollar américain et la dépréciation des monnaies africaines augmentent le fardeau de la dette de certains pays africains. Depuis 2014, l’appréciation du dollar américain a atteint 15%. Dans certains pays africains, on a pu observer une forte dévaluation de la monnaie nationale. Par rapport au dollar américain, le metical du Mozambique a ainsi perdu 56% de sa valeur, alors que celle du kwanza angolais a chuté de 41%.

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Alléger le fardeau de la dette

Chaque pays nécessite un fort soutien financier dans sa phase de décollage économique, en particulier dans la phase initiale d’industrialisation. Sans sécurité financière, il sera difficile pour l’Afrique de réaliser son industrialisation et sa modernisation. La Chine ne figure pas parmi les principaux créanciers des pays africains : son soutien financier s’incarne principalement dans la construction d’infrastructures et des zones de production, qui ont grandement amélioré l’environnement de développement économique et aidé l’Afrique à attirer des investissements étrangers, tout en améliorant sa capacité de développement indépendante.

Les prêts de la Chine à l’Afrique sont principalement des prêts concessionnels à faibles taux d’intérêt. En outre, les trois principaux avantages des entreprises de construction d’infrastructures chinoises – une haute efficacité à faible coût, un processus d’approbation administrative rapide et une qualité élevée – permettent aux pays concernés de réaliser des économies importantes, tout en créant beaucoup d’emplois pour les locaux. La communauté internationale a d’ailleurs reconnu que l’investissement chinois avait stimulé la croissance économique de l’Afrique.

En juin 2017, le cabinet de conseil McKinsey a publié un rapport dans lequel il souligne que les investissements et les activités commerciales de la Chine en Afrique ont apporté trois grands avantages économiques à la région. Le premier est la création d’emplois et le développement des compétences. Parmi les 1 000 entreprises chinoises interrogées en Afrique, 89% des employés sont africains. Le second est le transfert de connaissances et de nouvelles technologies.

Les entreprises chinoises encouragent la modernisation des marchés africains en y introduisant de nouveaux produits et technologies. Au cours des trois dernières années, environ 48 % des entreprises chinoises ont introduit de nouveaux produits ou services sur le continent africain, et 36% y ont introduit de nouvelles technologies. Le troisième est le développement du financement et des infrastructures. Les pays africains profitent des canaux de financement à faible coût de la Chine et des améliorations significatives apportées à leurs infrastructures.

De fait, les investissements et le financement de la Chine sur le continent sont de nature à alléger le fardeau de la dette des pays concernés.

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Le développement est la clé

À l’heure actuelle, les pays africains lourdement endettés sont pour la plupart des pays dotés de structures économiques dépendantes de l’exportation de ressources. Par conséquent, il est important que les pays africains développent une économie diversifiée, indépendante et durable.

En fait, certains pays africains ont déjà commencé leur transformation économique en développant des infrastructures, libérant le potentiel du secteur privé, aidant leurs travailleurs à améliorer leurs compétences et créant des emplois – surtout chez les femmes et les jeunes. Beaucoup de ces tentatives ont été couronnées de succès. En Afrique de l’Est, le Djibouti, l’Éthiopie, le Kenya, le Rwanda et la Tanzanie ont réalisé des taux de croissance économique en 2015 et 2016 plus élevés que de nombreux pays africains riches en ressources minérales.

En restructurant leur économie vers un développement global, ces pays ont accompli des progrès remarquables alors même qu’ils disposent de moins de ressources. En 2015, l’Éthiopie, la Côte d’Ivoire et le Rwanda ont enregistré des taux de croissance de 10,2%, 8,8% et 7,1%, respectivement.

En outre, pour résoudre le problème de la dette, il est nécessaire d’adhérer au concept de « développement intensif » et d’insister sur le renforcement du développement indépendant et durable des pays africains. La Chine est bien consciente de cela. En juillet 2018, le Président chinois Xi Jinping a proposé cette approche dans un article dans le quotidien sénégalais Le Soleil avant sa visite officielle dans le pays. M. Xi a indiqué que la Chine souhaitait développer une coopération plus étroite avec le Sénégal pour faire en sorte que les arrangements financiers reposent sur une planification rationnelle, réaliste d’un point de vue économique et réalisable étape par étape, assurant ainsi leur durabilité.

De manière générale, avec l’amélioration progressive de l’économie mondiale, l’économie de l’Afrique est en phase de stabilisation et de redressement. Selon le FMI, le taux de croissance économique de l’Afrique atteindra 3,4% en 2018 et 3,8% en 2019. Par conséquent, ces signes nous portent à croire que la possibilité d’une crise de la dette des pays africains diminuera à mesure que les économies continueront à se développer.