La Chine va permettre aux promoteurs immobiliers d’accéder à certains fonds de prévente de logement, afin d’éviter un effondrement du secteur, selon un avis publié ce 14 novembre. Il s’agit de la dernière mesure en date visant à atténuer la pénurie de liquidités qui frappe le secteur immobilier depuis la mi-2020.

Cet avis publié par la Commission de contrôle des banques et des assurances de Chine, le ministère du logement et du développement urbain et rural, et la Banque populaire de Chine intervient après le lancement de plusieurs mesures présentées par les régulateurs chinois pour soutenir le financement du secteur immobilier en difficulté.

Le texte stipule que les banques commerciales sont autorisées à émettre des lettres de garantie aux sociétés immobilières pour les fonds d’entiercement des logements avant la vente. Cette lettre sera fournie après une évaluation car  les promoteurs devront répondre aux critères concernant les risques de crédit, les conditions financières et de réputation. Un promoteur sera autorisé à retirer jusqu’à 30% des fonds de préventes économisés pour un projet immobilier.

Les fonds obtenus par les sociétés immobilières à partir des comptes de fonds séquestrés doivent être affectés en priorité à la construction de projets et au remboursement des dettes, a indiqué l’avis. Il leur est interdit d’utiliser les fonds pour l’acquisition de terrains, de nouveaux investissements ou le remboursement de prêts par les actionnaires.

Les promoteurs immobiliers peuvent vendre des projets résidentiels avant de les achever mais ils doivent placer ces fonds sur des comptes séquestres.

Le secteur immobilier chinois, qui représente environ un quart de la production chinoise de 17 000 milliards de dollars, fait face à des défauts de paiement et à des projets bloqués, éprouvant la confiance du marché et pesant sur la croissance.

Pourtant, la Chine a connu un âge d’or du secteur immobilier, depuis notamment la libéralisation du marché en 1998. En effet, l’acquisition d’un bien immobilier est achat courant lors d’un mariage et un investissement sur le long terme.

Les promoteurs alors ont pu se développer rapidement grâce aux prêts bancaires alloués en masse aux foyers. Cependant, leur endettement a tellement augmenté que les autorités ont décidé de mettre de l’ordre dans les finances du secteur à partir de 2020.

L’accès au crédit pour les promoteurs s’est réduit, tandis que la demande en biens immobiliers diminuait en Chine sur fond de ralentissement économique et d’incertitudes liées aux restrictions contre le Covid-19. De nombreux promoteurs immobiliers luttent pour leur survie, dont l’ancien géant du secteur, Evergrande, au bord de la faillite, en raison d’une dette estimée l’an dernier à quelque 300 milliards de dollars.

Dans ce contexte tendu, les autorités ont établi 16 nouvelles mesures de soutien, censées dynamiser le secteur. Ces mesures de la Banque populaire de Chine, du régulateur des banques et des assurances comprennent un soutien au crédit pour aider les promoteurs criblés de dettes et pour achever des chantiers en cours.

Faute de liquidités, certains groupes immobiliers ont mis fin à leurs travaux ces derniers mois, provoquant la colère des propriétaires qui ont refusé d’honorer leurs mensualités, quitte à aggraver la crise et les défauts de paiement.

Les mesures dévoilées par Pékin « garantissent » la remise des biens et ordonnent aux banques d’accorder des « prêts spéciaux » pour parvenir à cette fin, selon une directive circulant en ligne et citée par les médias chinois.

Pour l’économiste Ting Lu de la banque Nomura, cette décision traduit un « tournant » pris par les autorités qui avaient pourtant depuis 2020 décidé de durcir l’accès au crédit des promoteurs immobiliers. « Ces mesures montrent que Pékin est prêt à revenir sur la plupart de ses décisions », selon ce dernier.