Les autorités accélèrent les préparatifs de sa propre monnaie virtuelle au moment où Facebook promet de révolutionner les paiements avec sa « libra ».

Il s’agit d’un tournant pour Beijing, qui avait accusé en 2017 les cryptomonnaies d’être « l’instrument d’activités criminelles » au service du trafic de drogue et des fraudes financières.

Fin septembre 2019, le patron de la banque centrale, Yi Gang, a précisé que la future monnaie virtuelle serait associée aux moyens de paiements électroniques (WeChat, AliPay…), utilisés par les chinois utilisent sur leur smartphone pour régler la plupart de leurs achats.

Aucun calendrier n’a été donné. D’ailleurs, les médias spéculent sur un lancement dès le 11 novembre, « fête des célibataires », journée de frénésie d’achats en ligne.

De même, aucun détail n’ont été fournit sur le fonctionnement de la future monnaie. « Nous pouvons envisager une technologie de type blockchain (comme celle du bitcoin) ou une autre technologie qui évoluerait à partir des paiements électroniques existants », a indiqué Yi Gang.

Elle serait alors davantage une monnaie électronique, c’est-à-dire stockée sur un support, qu’une cryptomonnaie comme le bitcoin, qui repose sur des ordinateurs en réseau.

De son côté, Stanislas Pogorzelski, rédacteur en chef du site spécialisé Cryptonaute.fr, a expliqué que « la banque centrale sera au premier niveau en tant que coordinateur et les autres institutions bancaires du pays en dessous ».

La Chine a été une des places fortes du bitcoin, la plus répandue des monnaies virtuelles. Mais en 2017, les trois principales plateformes chinoises de transactions en bitcoins (BTC China, Okcoin et Huobi) représentaient plus de 98% des échanges mondiaux, selon le site de référence bitcoinity.org.

Cependant, le secteur n’était pas régulé et les transactions passaient sous le radar des autorités. Alors les autorités ont décidé de faire fermer les plateformes d’échanges de cryptomonnaies.

Mais le gouvernement craint d’être dépassé par la future monnaie de l’américain Facebook, bien que le site soit bloqué en Chine. « On peut s’intéresser à la technologie derrière le bitcoin et ne pas aimer la façon dont elle est mise en oeuvre et ainsi vouloir créer son propre bitcoin avec les caractéristiques désirées », a expliqué Stanislas Pogorzelski.

La « libra » devrait sortir en 2020 et permettre d’acheter des biens ou d’envoyer de l’argent aussi facilement qu’un message instantané. Cette cryptomonnaie, comme le bitcoin, « représente un danger pour le yuan » au moment où Beijing est soucieux de stabiliser sa monnaie, a affirmé Song Houze, chercheur au sein du groupe de réflexion MacroPolo spécialisé dans l’économie chinoise.

La naissance annoncée de la libra est une « alerte » pour le gouvernement chinois, selon un ancien haut responsable de la banque centrale cité dans la presse chinoise. « La banque centrale chinoise doit rester dans le coup au moment où l’utilisation de monnaie papier décline », a précisé Song Houze.

Avec une cryptomonnaie nationale, les autorités auront « un meilleur aperçu des transactions dans le pays », soulignent les analystes du cabinet Trivium China, basé dans la capitale chinoise. La monnaie virtuelle pourrait aider à « améliorer la gestion des risques et réduire les malversations financières », indiquent-ils dans une note.

La Banque Centrale Populaire pourra directement « recueillir de nouveaux renseignements qu’il lui est impossible d’avoir avec une transaction en liquide », a estimé Song Houze. Cependant, « les espèces représentent le dernier rempart en matière de vie privée », a lui précisé Stanislas Pogorzelski.

Pour ce dernier, la cryptomonnaie pourrait permettre de « surveiller davantage les faits et gestes de la population ». En effet, l’intelligence artificielle est de plus en plus utilisée par les autorités via des systèmes de « crédit social » et des caméras de surveillance à reconnaissance faciale.