Contraint – voir même forcé – de réévaluer sa monnaie, le Japon aura connu une accalmie de courte durée ces derniers mois. En effet, un yen fort pénalise les entreprises japonaises principalement tournées vers l’exportation et ralentit fortement l’activité du pays. D’ailleurs, la hausse du yen a poussé des centaines d’entreprises à délocaliser leur production à l’étranger, entraînant une baisse des prix des produits, pouvant amplifier la déflation dont souffre le Japon actuellement.

yen yuanDe son côté, la Chine est pressée par l’Union Européenne et le Congrès américain de réévaluer sa monnaie, le yuan, afin de permettre la relance de toute l’économie occidentale. Mais Beijing craint qu’une telle réévaluation n’impacte son économie à moyen et long terme. D’autant que celle-ci commence à s’essouffler à cause de la crise économique et financière internationale. Raison pour laquelle, les chinois tentent d’éviter de faire les erreurs du passé et mettent en place leur propre mesure et pression.

Un Japon prit entre deux feux

Les japonais avaient créé une bulle spéculative, lorsque leurs capitaux avaient été rapatrié des États-Unis,  après une dépréciation brutale du dollar américain.

Mais cette intervention aura des conséquences néfastes, suite aux accords du Plaza, signé en 1985 par le Japon, les États-Unis, le France, le Royaume-uni, et la RFA (République fédérale d’Allemagne) qui vont intervenir sur le marché des changes, afin de déprécier le cours du dollar américain, par rapport à ceux du Yen et du Deutsche Mark.

Ces accords ont enterré le « miracle économique japonais ». L’explosion de la bulle a conduit à une sous-évaluation du Yen en 2003, et à une baisse des prix du foncier, jusqu’en 2005. Toutes ces décisions ont entraîné une stagnation, voire déflation de l’économie japonaise. Pour John Connally, le secrétaire au Trésor du gouvernement de Richard Nixon, la situation japonaise ne concernait en rien les États-Unis, car « le dollar est notre monnaie, mais votre problème » avait-il assuré aux européens.

Les américains font continuellement pression sur les autorités étrangères pour qu’elles influent leur monnaie, ce que les gouvernements font au détriment des réalités économiques nationales. Cependant, exigeant avec les autres, les États-Unis n’hésitent pas à faire usage de la planche à bille et d’un protectionnisme exacerbé pour protéger ses intérêts.

Une volonté de ne pas s’engouffrer

Le 9 octobre, les représentants des 187 États membres ont publié un communiqué indiquant que les sanctions demandées par le Congrès Américain devraient attendre plus tard, notamment en ce qui concerne le désordre monétaire actuel.

D’ailleurs dans le cadre de l’assemblée annuelle du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, à Washington, le texte adopté constate des déséquilibres, mais demande au FMI de rédiger un rapport pour pouvoir statuer.

C’est pour cette raison, que Martin Wolf a expliqué au quotidien Le Monde, que les chinois ont décidé d’adopter la même position que les États-Unis. Alors que ces derniers « cherchent à provoquer l’inflation en Chine, (…) Pékin voudrait pousser Washington à la déflation. Les deux camps sont persuadés d’avoir raison ; aucun ne l’emporte ; et le reste du monde pâtit des conséquences« .

De fait, la Chine veut éviter les conséquences désastreuses des accords du Plaza, qui ont conduit à une compétitivité à l’exportation moins importante pour le Japon, et une forte appréciation du Yen. Cette politique d’expansion monétaire, a indiqué Martin Wolf, a conduit à une bulle spéculative dévastatrice pour l’économie japonaise. « Aux yeux de la Chine, on le comprend, une telle perspective serait catastrophique« , a assuré ce dernier.