La Chine se livre à des «jeux agressifs» avec les démocraties et les institutions canadiennes, a déclaré le 7 novembre le Premier ministre canadien Justin Trudeau après la publication d’un rapport attestant d’une interférence étrangère lors d’élections dans le pays.

Cette déclaration intervient après que la chaîne canadienne Global News a rapporté le financement d’un «réseau clandestin» d’au moins 11 candidats fédéraux aux élections de 2019.

Le rapport a été livré au Premier ministre et à plusieurs membres du cabinet dans une série d’exposés et de notes de service présentés pour la première fois en janvier 2022. Les auteurs y détaillent les efforts de la Chine pour accroître son influence dans la région et « renverser le processus démocratique du Canada », ont indiqué des sources au média canadien.

D’après des informations récentes du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), ces la Chine paierait par des intermédiaires des candidats affiliés au Parti communiste chinois (PCC), placerait des agents dans les bureaux de députés afin d’influencer la politique, la recherche de co-optent et corrompent d’anciens responsables canadiens pour gagner avoir de l’influence à Ottawa. La Chine organiserait aussi des campagnes agressives pour punir les politiciens canadiens que la République populaire de Chine (RPC) considère comme des menaces à ses intérêts.

Le SCRS a déclaré à Global News que « le Parti communiste chinois … utilise tous les éléments du pouvoir de l’État pour mener des activités qui menacent directement notre sécurité et notre souveraineté nationales ».

La déclaration du Premier ministre survient après l’annonce, par les autorités d’Ottawa, de l’ouverture d’une enquête sur des postes de police chinois illégaux à Toronto, la plus grande ville canadienne.

L’ONG de défense des droits de l’Homme, Safeguard Defenders, basée à Madrid, a révélé en octobre qu’il existait 54 postes de police illégaux dans le monde, dont trois dans la région du Grand Toronto. La Chine a nié ces informations qu’elle a qualifiées de «complètement fausses», affirmant que ces postes offrent simplement des services – tels que le renouvellement des permis de conduire – aux ressortissants chinois vivant à l’étranger.

«Nous avons pris des mesures importantes pour renforcer l’intégrité de nos processus électoraux et de nos systèmes», a déclaré Justin Trudeau à la presse. «Nous continuerons à investir en matière de lutte contre l’ingérence électorale, contre l’ingérence étrangère dans nos démocraties et nos institutions», a-t-il assuré.

«Malheureusement, nous voyons des pays, des acteurs étatiques du monde entier, que ce soit la Chine ou d’autres, continuer à se livrer à des jeux agressifs avec nos institutions, avec nos démocraties», a-t-il déploré.

La Chine dénonce des déclarations infondées

Lors d’un point presse, le 8 novembre, le porte-parole de la diplomatie chinoise, Zhao Lijian, a indiqué que « les relations entre les pays ne peuvent être établies que sur la base du respect mutuel, de l’égalité et des avantages réciproques, et les relations Chine-Canada ne font pas exception. La partie canadienne devrait cesser de faire des déclarations qui nuisent aux relations sino-canadiennes. La Chine ne s’intéresse pas aux affaires intérieures du Canada ».

Or la ministre canadienne des Affaires étrangères Mélanie Joly a déclaré le 9 novembre que la Chine était une grande puissance mondiale de plus en plus perturbatrice. Pour Zhao Lijian, « ces remarques de la partie canadienne vont à l’encontre des faits, pleines de préjugés idéologiques et d’une ingérence flagrante dans les affaires intérieures de la Chine ».

La Chine s’y oppose fermement et a déjà entrepris des démarches solennelles auprès de la partie canadienne, a indiqué le porte-parole. Ce dernier a évoqué les trois points suivants :

  • Premièrement, la Chine adhère au développement pacifique, à l’ouverture, à l’inclusion et à la coopération gagnant-gagnant. Nous avons toujours été un constructeur de la paix mondiale, un contributeur au développement mondial et un défenseur de l’ordre international, ce qui a été largement reconnu par la communauté internationale. Le développement de la Chine apporte des opportunités au monde et renforce les forces de paix du monde. Quel que soit le stade de développement que nous atteignons, nous ne chercherons jamais l’hégémonie ni ne nous engagerons dans l’expansionnisme.

  • Deuxièmement, la paix, le développement et la coopération gagnant-gagnant sont la tendance de notre époque et l’aspiration commune des pays de l’Asie-Pacifique. La formulation d’une « stratégie indo-pacifique » est l’affaire du Canada, mais quel que soit le type de stratégie régionale qu’il élabore, elle doit être guidée par le principe d’un bénéfice mutuel plutôt que par celui d’un jeu à somme nulle. Ceux qui s’accrochent à la mentalité à somme nulle de la guerre froide, pratiquent la politique de groupe et alimentent la confrontation entre blocs ne trouveront aucun soutien et n’iront nulle part.

  • Troisièmement, les relations entre les pays ne peuvent être construites que sur la base du respect mutuel, de l’égalité et des avantages mutuels. Les relations entre la Chine et le Canada ne font pas exception. Les affaires de Taïwan, du Xinjiang et de Hong Kong sont des affaires purement intérieures de la Chine et ne tolèrent aucune ingérence de la part de quelque pays que ce soit. Les relations entre la Chine et le Canada sont actuellement à un carrefour. Les relations futures dépendent de la capacité du Canada à revenir sur une trajectoire rationnelle et pratique et à considérer la Chine sous un angle objectif et impartial.