Le 16 novembre, le président chinois Xi Jinping a eu un vif échange avec le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, après avoir participé à la séance de clôture du sommet des dirigeants du G20 à Bali, en Indonésie.

Selon les informations de Het Laatste Nieuws, Xi Jinping a reproché à Justin Trudeau d’avoir partagé avec les médias une partie du contenu de leurs échanges à huit clos. Lors d’un échange la veille, Justin Trudeau avait questionné le président chinois sur des soupçons d’espionnage chinois et d’ingérence électorale au Canada.

Courte rencontre en marge du sommet du G20, le 15 novembre

Le bureau du premier ministre a indiqué que Justin Trudeau avait soulevé la question de l’ingérence chinoise dans les élections canadiennes de 2019 lors de sa rencontre avec le président chinois, Xi JInping, en marge d’une séance de travail au sommet du G20 à Bali, en Indonésie.

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Cet échange n’était pas une rencontre bilatérale officielle et a duré une dizaine de minutes sans la présence des médias. Les deux dirigeants ont convenu qu’il faut poursuivre un dialogue continu.

La ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, aurait aussi fait part de ses préoccupations quant à l’ingérence de la Chine à son homologue chinois. « Nous n’allons accepter aucune forme d’ingérence étrangère dans nos élections, dans notre système démocratique, ou de façon générale au Canada », a indiqué cette dernière lors d’un point de presse.

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« Nous n’allons pas le tolérer, et par conséquent, on va faire en sorte que nos agences de renseignement, que nos forces policières soient impliquées et proactives sur ces questions-là », a assuré Mélanie Joly, ministre des Affaires étrangères.

Le 14 novembre, le Comité permanent de la procédure et des affaires de la Chambre des communes a annoncé qu’il entendra deux ministres, des fonctionnaires du renseignement, des membres d’Élections Canada et d’anciens conseillers du premier ministre Justin Trudeau pour faire la lumière sur les informations voulant que la Chine ait tenté à plusieurs reprises de s’ingérer dans les élections fédérales au pays.

Justin Trudeau aurait également abordé la guerre en Ukraine et la crise climatique avec le président chinois. Cependant, il est « clair que Xi Jinping ne voulait pas rencontrer M. Trudeau parce que les relations [entre les deux pays] sont encore au point mort« , a indiqué Guy Saint-Jacques, l’ancien ambassadeur du Canada en Chine et chercheur à l’Institut d’études internationales de Montréal, au micro de éD’abord l’infoé diffusée à ICI RDI.

Ce dernier a indiqué que le discours de Mélanie Joly et la demande du ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, François-Philippe Champagne, pour que des entreprises chinoises vendent leurs intérêts dans des compagnies minières canadiennes ont accru les tensions entre le Canada et la Chine.

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En dépit des tensions, les deux hommes ont pu échanger : « Mais au moins, il y a eu un contact et ils ont échangé, et puis j’espère qu’à la suite, il y aura une rencontre entre [la ministre des Affaires étrangères] Mme Joly et son homologue chinois, parce qu’il faut trouver un moyen de réchauffer la relation », a-t-il estimé.

Guy Saint-Jacques a toutefois précisé que la Chine va attendre de voir la stratégie canadienne sur l’Indo-Pacifique avant d’adopter une nouvelle posture face au Canada. « Mais ils vont peut-être simplement continuer de nous ignorer », a-t-il indiqué.

Un échange vif, le 16 novembre

Au lendemain de cette rencontre, les deux hommes ont eu un échange vif qui a été filmé. Le président chinois Xi Jinping s’est plaint de la couverture médiatique de ses échanges avec le Premier ministre canadien.

Une vidéo de la réunion publiée par une journaliste basée au Canada montre leur échange houleux. Dans la séquence partagée par plusieurs médias canadiens, dont CTV National News, Xi Jinping a déclaré par l’intermédiaire d’un interprète : « Aller raconter aux journaux ce qu’on a dit lors de notre conversation, ce n’est pas approprié ».

D’un ton calme et avec le sourire, le président chinois s’est exprimé en chinois et poursuit : « Et en plus, ce n’est pas la façon dont la discussion s’est déroulée ». « S’il y a de la sincérité (de votre part), alors nous devrions avoir une discussion basée sur le respect mutuel. Si tel n’est pas le cas, difficile d’en attendre trop », a poursuivit Xi Jinping à l’adresse de Justin Trudeau.

Tentant de prendre congé du Premier ministre canadien, ce dernier répond, avant même d’écouter la traduction des propos de Xi Jinping : « Au Canada, nous croyons au dialogue libre, ouvert et franc, et c’est ce que nous allons continuer à faire », a déclaré Justin Trudeau en anglais.

« Nous continuerons à chercher à travailler ensemble de manière constructive, mais il y aura des choses sur lesquelles nous ne serons pas d’accord », a indiqué le Canadien. Les mains levées et à plat devant lui, Xi Jinping met alors fin à la conversation, en lui déclarant calmement à deux reprises : « À vous de créer les conditions (nécessaires à l’amélioration des relations) ». Souriant, il serre la main du Premier ministre canadien, puis les deux hommes se séparent.

Ottawa tente d’apaiser la tension, le 17 novembre

La porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Mao Ning, a déclaré le 17 novembre que le président chinois n’avait critiqué ni réprimandé personne lorsqu’il a abordé Justin Trudeau, ajoutant que c’était le Canada qui était irrespectueux et condescendant.

De son côté, la ministre du Commerce international, Mary Ng, qui est avec le premier ministre Trudeau en Thaïlande pour les réunions du forum de coopération économique Asie-Pacifique, a reconnu que le Canada a eu des difficultés avec la Chine, mais que le gouvernement fédéral s’efforcerait toujours d’avoir des conversations respectueuses avec Pékin sur des questions importantes.

Mao Ning a elle fermement nié que la Chine s’est ingérée dans les affaires internes de tout autre pays. Elle a ajouté que le Canada était responsable de la détérioration des relations diplomatiques entre les deux pays.

Selon elle, le Canada devrait faire des gestes concrets pour améliorer les relations. Lors de son point de presse quotidien, elle a mentionné que la discussion spontanée du 16 novembre, qui a été captée par des caméras, était « tout à fait normale » et qu‘elle « ne devrait pas être interprétée comme une critique ou un reproche du président Xi à l’égard de qui que ce soit ».

La porte-parole de la diplomatie chinoise a assuré que le Canada avait clairement manqué de respect envers la Chine dans ce dossier. « La Chine n’a aucun problème à avoir des conversations cordiales avec les autres pays, mais nous nous attendons à ce que ce dialogue soit fait d’égal à égal et avec un respect mutuel, plutôt que de se critiquer de manière condescendante », a-t-elle indiqué.

Mao Ning a précisé que les propos du président Xi ne devaient pas être considérés comme des menaces. « Comme vous pouvez le voir dans la vidéo, je crois qu’il est tout à fait normal pour deux dirigeants d’avoir une brève conversation durant le sommet du G20. Les deux clans n’ont que précisé leur position ».

Interrogé plus tard sur la confrontation lors d’une conférence de presse, Justin Trudeau a affirmé : « Toutes les conversations ne seront pas faciles, mais il est extrêmement important que nous continuions à défendre les choses qui sont importantes pour les Canadiens. »