vendredi, juin 14

La Chine serait « dépourvue de toute velléité colonialiste »

Pour Foly Ananou, statisticien économiste et responsable du pôle économie du think-tank l’Afrique des Idées*, les accusations de colonialisme par les Occidentaux sont à prendre avec beaucoup de précautions, car ne traduisant pas l’entière réalité. Explications.

Foly Ananou staticien l'afrique des idéesLes accusations de colonialisme et de pilleurs formulées par les Occidentaux à l’encontre de la Chine en Afrique, reposent essentiellement sur la méthode d’intervention de la Chine en Afrique. En effet, les financements accordés par la Chine dans le cadre des projets d’investissements publics sont liés : les prêts sont semi-concessionnels, décaissés par l’EximBank China et les travaux sont octroyés systématiquement (sans appel d’offre) à une entreprise chinoise, qui n’emploie pas ou peu l’expertise locale.

Le remboursement du prêt pourra se faire sous forme de ressources naturelles, si le pays se trouve en incapacité de paiement. Une situation qui exclue de facto les entreprises occidentales d’une grosse partie des énormes marchés africains du BTP (et autres) alors que les occidentaux offrent des financements libres auxquels les entreprises chinoises peuvent prétendre sans contraintes.

Au-delà de ces considérations, la stratégie de coopération économique chinoise avec l’Afrique semble effectivement avoir pour seul objectif de sauvegarder pour leurs entreprises un accès privilégié aux ressources du continent et paraît donc fortement dépourvue de toute velléité colonialiste. En effet, les autorités chinoises ne tentent pas d’imposer leur façon de voir le monde, l’économie ou la gestion des affaires aux pays africains. La seule problématique qui semble les intéresser est d’ordre économique.

Certes la stratégie chinoise est fortement critiquable (rien ne garantit que les réalisations chinoises soient les plus performantes et le fait d’offrir des financements liés empêchent les pays africains d’asseoir l’expertise locale ou de maîtriser leurs finances publiques) mais les accusations portées semblent un peu exagérées, surtout quand on considère que les occidentaux ont été un peu plus prédateurs dans leur partenariat avec les pays africains et qu’ils sont de loin les plus gros bénéficiaires des investissements et financements chinois. Il faut signaler à ce niveau que la faible capacité des pays africains à négocier les contrats de partenariat (conjugué à leurs besoins financiers) est exploitée au maximum par Beijing, de sorte que les pays africains paraissent exploités par la Chine. En réalité, ce n’est qu’un jeu (comme les échecs) où le plus faible ou le moins vigilant perd à tous les coups même s’il prend quelques pions de son adversaire.

Ceci ne dédouane pas la Chine cependant. De fait, en voulant étendre sa stratégie aux aspects sociaux et culturels, la Chine étend son influence et pourrait se servir des aspects économiques pour contraindre les pays africains à se plier à certaines exigences, par exemple sur le plan diplomatique.

De toute façon, les pays africains ont besoin de cette diversité de partenaires mais ils doivent pouvoir s’imposer à eux comme pilote de son développement et faire ses choix plutôt que de subir les stratégies de chacun d’eux. Ceci reste bien sur théorique – il est très difficile pour celui qui tend la main d’imposer sa volonté.

D’ailleurs, le problème de plusieurs pays africains tient davantage au manque d’une bonne gouvernance socio-économique, qui se traduit par cette faible capacité à bien négocier les partenariats, et à un manque de détermination politique.

Gouvernance, afin de traduire les potentialités dont ils disposent en vision de développement et détermination politique pour la prise de décisions fortes (pouvant aller contre les intérêts de certaines personnes ou entités) afin d’assurer la mise en œuvre effective, efficiente et efficace de la vision.

Terangaweb - L'Afrique des Idées

*L’Afrique des Idées est un think-tank indépendant créé en 2011 qui promeut la réflexion et le débat d’idées sur les défis que doit relever l’Afrique, à travers le prisme de l’afro-responsabilité. Implanté à Dakar, Paris, Cotonou, Lomé, Ndjamena et Abidjan,  le think-tank est constitué d’un réseau dejeunes   professionnels, des chercheurs et des étudiants qui produisent des analyses et élaborent des  propositions novatrices sur des sujets liés à L’Afrique. L’Afrique  des  idées  s’appuie  sur un conseil scientifique et des partenaires  académiques  pour réaliser  des  études  autour de  cinq thématiques : la croissance inclusive, l’entreprenariat, les changements institutionnels et l’économie verte. L’Afrique des Idées participe à une démarche citoyenne qui encourage une réappropriation par les  jeunes africains  du  discours  sur L’Afrique.

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